Après Taubira, le tout sécuritaire

Je ne suis pas un fervent admirateur de Christiane Taubira, dont le plus grand tort aura été de ne pas avoir su démontrer aux citoyens que la justice fonctionne sereinement face à une criminalité qui, bien que statistiquement en baisse dans certains domaines, vient rendre de plus en plus difficile le quotidien de monsieur et madame tout le monde.

Le principal problème avec l’ancienne garde des Sceaux, aura été finalement que ses discours, parfois enflammés et souvent très brillants, laissaient beaucoup de place au doute quant à sa façon d’appréhender son rôle et dans quel ordre de priorité elle entendait assurer le bon déroulement de la justice tout en veillant à ce qu’elle soit plus humaine et efficace.

Ceci étant, l’Histoire dira si le bilan de C. Taubira est aussi calamiteux que la droite nous le dit, ce dont on pourrait douter en lisant les statistiques liées à sa politique pénale, sans oublier de se rappeler que la politique d’aménagement des peines est avant tout une initiative de droite.

Au delà donc du départ de C. Taubira, qui était l’une des rares ministres à mettre ses actes en conformité avec ses paroles, ce qu’il faut marquer d’une pierre blanche c’est la nomination de Jean-Jacques Urvoas pour la remplacer.

Jean-Jacques Orvuas représente en effet ce grand virage sécuritaire opéré par la gauche sous l’impulsion de Valls et la pression des attentats parisiens de 2015.

Artisan de la loi de 2015 sur le Renseignement qui visait à légitimer et renforcer les pouvoirs des services de renseignements, l’auteur de 11 propositions chocs pour rétablir la sécurité, est clairement du genre à préférer l’émission COPS à Making a murderer.

Jean-Jacques Orvuas avait ainsi été très déçu de ne pas avoir obtenu le ministère de l’intérieur et avait même proposé, tant qu’on y est, de fusionner les ministères de la justice et de l’intérieur dans un grand ministère de « la règle et du droit » !

Nul doute qu’avec un tel ministre, on en a définitivement terminé à gauche avec les discours sur les libertés individuelles et que le gouvernement est maintenant bien équipé pour une longue chevauchée dans le domaine de La loi et l’ordre.

Une cavalcade qui a tout de la fuite en avant, puisqu’après avoir instauré l’état d’urgence – qui n’a amené qu’une seule saisine du parquet antiterroriste de Paris en plus de 3000 perquisitions – le gouvernement est désormais pris dans l’engrenage du tout sécuritaire dont il n’aura certainement plus le courage de sortir de peur qu’un nouvel attentat ne se produise.

Ne nous méprenons donc pas, ce n’est pas par courage politique qu’un tel durcissement a été engagé et sera poursuivi, mais plutôt par peur que toute mesure qui apparaisse comme « faible » nuise à la carrière politique des membres d’un gouvernement de gauche qui fait actuellement croire aux français que leur sécurité sera assurée par une série de mesures de façade et un nouveau ministre de la justice qui a plus le style d’un shérif que d’un juge de paix.

 

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3 commentaires

  • Gilles Aerts 28 janvier 2016   Répondre →

    Toujours intéressant de vous lire. Merci de cette analyse.

  • Jean-Luc Dion 28 janvier 2016   Répondre →

    Christiane Taubira, dont j’ai quelques fois admiré les interventions et décisions comme observateur extérieur, démissionne à partir d’un faux problème.
    Elle s’opposait à la déchéance de nationalité française de terroristes avérés détenteurs d’une double nationalité.
    Or, ces criminels ne sont exposés qu’à un retour dans leur pays d’origine, ce qui est tout à fait normal pour des gens qui haïssent leur pays d’accueil et assassinent.
    Elle fait une terrible erreur, car ces criminels sont irrécupérables comme plusieurs études le démontrent.

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