Dérapage policier, le cas « isolé »

On se souvient évidemment des images rapportées par une passante au sujet d’un, ou plusieurs, policiers qui se trouvaient dans une position compromettante avec deux jeunes filles dans leur autopatrouille.

L’affaire me semblait devoir être traitée avec prudence à cause du fait qu’aucune des personnes impliquées (la photographe et les jeunes filles) ne semblaient vouloir collaborer avec la police.
Il n’en reste pas moins qu’une faute a été commise – faire entrer des « citoyennes » dans un véhicule pendant son quart de travail – et que des sanctions devaient être données.
Sanction que nous ne pourrons connaître en vertu de certaines règles qui, si elles sont liées aux textes en vigueur, n’ont aucun sens puisqu’il est absolument normal que les actes des policiers soient réglés en toute transparence et leur sanctions connues du public.

Cette fois ci, c’est un policier de Lévis qui vient d’admettre qu’il avait eu des relations sexuelles avec une adolescente de 15 ans, dont une fois dans son autopatrouille.

Dans les deux cas, je me pose la même question, celle de la glissade déontologique qui conduit les policiers à se mettre eux-mêmes « hors-la-loi » dans des situations pour lesquelles ils sont tout à fait aptes à comprendre qu’ils commettent exactement le type d’actes contre lesquels ils sont censés lutter.

Certaines études démontrent assez clairement que le temps conduit à une baisse assez significative du niveau déontologique des policiers et je n’ai pas de réponse toute faite quant aux circonstances précises de cette dérive.

L’encadrement, l’influence corporatiste, la déontologie – ou pas – véhiculée par les anciens, la peur de la sanction sont évidemment les clefs de ces problèmes.

Pourtant, on entend encore un responsable parler de « cas isolé ».

Ici, Yves Charette, le chef de la police de Lévis nous parle du fameux cas isolé en essayant de convaincre les citoyens que ceci est l’erreur d’un seul homme.

Refuser cette excuse ne revient pas à dire que les policiers sont tous malhonnêtes, mais plutôt que les facteurs structurels qui sont responsables de ces errements ne sont pas des éléments isolés, puisque ce sont les règles et les conditions d’emploi de tous les policiers.

Quand on voudra bien admettre dans les corps policiers que ces « cas isolés » sont le fruit de défauts dans l’ensemble du système, on pourra alors commencer à parler de solutions…

– Paru au JdM le 10 juin 2014

Les armes de « chasse »

(Cet article a suscité un lot important de commentaires, pour plus de clarté il a été mis à jour ce 9 juin)

Ne vous en faites pas chers amis des armes, nous aurons l’occasion de reparler plus tard des conditions de détention et du contrôle des armes¹.

Je voulais simplement revenir aujourd’hui sur la notion d’arme de guerre ou de chasse et sur un aspect extrêmement pervers de la législation en la matière.

Pour voir un Norinco M305.

Il s’agit d’un fusil de calibre .308 considéré comme une arme de chasse.
Une arme qui a une cadence de tir au delà d’une munition par seconde.

Et cette arme est autorisée à la détention à la seule et unique condition que son chargeur soit bloqué à 5 minutions.

Au delà de ça, ce n’est plus une arme de chasse.

Je me répète, ce fusil est une arme de chasse en détention libre si l’une des pièces les plus mobiles de sa structure est limitée à cinq munitions…

Vous voyez où je veux en venir ?

Un chargeur supplémentaire, c’est bien difficile à trouver à votre avis ?
Faire sauter le rivet qui bloque le chargeur à 5 munitions, est-ce vraiment difficile à faire² ?

Je n’en ai pas après les chasseurs et les amateurs de tir sportif, je me suis livré aux deux activités et si je n’ai pas de goût pour la première j’ai longtemps pratiqué la seconde… Mais j’étais policier et il ne me serait pas venu à l’idée de détenir un arsenal à la maison. Mon choix me direz-vous. En effet, mais si j’avais voulu détenir un rack complet de fusils ?

N’est-ce pas un choix de société aussi peut-être ?

On limite la vitesse des voitures et on bride les motos³ malgré le fait que les gens aiment la vitesse et qu’ils pourraient rouler sur des circuits mais on doit laisser les gens choisir le type de fusil qu’ils souhaitent posséder ?

Voici le genre d’usage que l’on peut faire d’une arme modifiée.

Capture d’écran 2014-06-07 à 17

 

 

Selon toute vraisemblance, c’est un Norinco M305 qu’avait avec lui Justin Bourque, le tireur présumé de Moncton et voici sa munition…

Bien entendu, une arme ne « tue pas toute seule » mais il est évident que plus il y a d’armes en circulation plus il y a de chances qu’elles tombent entre de mauvaises mains…

Au delà des règlements qui classent les armes sans tenir compte du calibre de leurs munitions, je laisse à chacun le soin de se poser la question : est-ce une arme de chasse ou de guerre ?

¹ ) Évidemment, pour posséder une arme de ce type il faut satisfaire à certaines exigences qui sont – entre autres – de ne pas avoir de dossier criminel et de fournir des attestations de votre « non dangerosité ». Il faut aussi subir une enquête et avoir une formation en sécurité dans le maniement des armes à feu. Voilà pour compléter le propos, ce qui semblait manquer d’après certains commentaires.

² ) Bien entendu, modifier une arme, de façon à en changer la nature ou les capacités techniques est répréhensible. Il en va de même pour un chargeur.

³ ) Certains pays brident la puissance des motos, explication ici : http://lapirogue.free.fr/bridage.htm

PS : on me dit que l’une des deux armes portées par Justin Bourque serait plutôt un FN-49. N’ayant pu vérifier la nature exacte de cette arme autrement par ce qu’on en voit à l’image, il est possible que ce soit cet autre modèle.
Vous constaterez en voyant cet autre arme que cela ne fait guère de différence.
Capture d’écran 2014-06-09 à 09

– Paru au JdM le 7 juin 2014

Moncton : mes photos, tes photos, nos photos…

On va parler de la tuerie de Moncton sous toutes les coutures pendant un long moment encore.

Il y aura mille façons d’en discuter et de décortiquer les faits encore et encore.

Avant d’entrer au fond du sujet, je voulais parler d’une question qui me chicote au sujet de cette affaire, mais que l’on retrouve dans de nombreuses autres : les photos utilisées par les médias.

Nous savons tous que sans images la plupart des médias sont démunis et que l’information semble perdre une grande partie de son attrait, il faut donc nourrir la « bête » en mettant des visages sur des noms et des images sur des mots.

Hier pourtant, j’avoue avoir éprouvé un certain malaise à la vue des photographies de l’un des policiers tués, clichés qui provenaient de sa page Facebook.
Des images où on le voyait seul, mais aussi en compagnie de son épouse, scènes sinon intimes, du moins personnelles de bonheur conjugal.

Un malaise qui est le même quand je vois les images, toujours tirées des comptes Facebook, des parents et enfants disparus dans un accident de la route ou de gens qui se sont ôtés la vie.

On dira évidemment que ces comptes ne sont pas protégés et que les photos, accessibles à tous et toutes, sont donc dans le domaine public…

Pourtant, la photo de ce jeune homme avec sa charmante blonde à côté de lui, était-ce vraiment nécessaire ?
Mettons-nous une seconde à la place de la famille, des amis, des collègues qui découvrent la photo du parent, de l’ami, du confrère ou de la personne décédée.

Aurait-on considéré que des photos laissées dans un cadre sur le bureau d’un papa ou affichées sur un babillard à la vue de tous pouvaient être considérées comme utilisables à la télévision et présentables devant des millions de téléspectateurs ?

Toujours cette question de l’intimité et de la difficulté à poser la barrière entre vie privée et vie publique sur les réseaux sociaux…

Débat qui, à mon sens, mériterait d’être posé du côté des médias traditionnels… du moins ceux qui voudraient conserver des standards déontologiques relativement élevés.

– Paru au JdM le 6 juin 2014

Moncton : un tueur si proche

Ce mercredi à 22h30, le bilan du parcours meurtrier du tireur de Moncton semble être de trois morts.

L’homme court toujours et il est lourdement armé. Réfugié dans un boisé, il sera difficile à débusquer et les policiers qui vont s’y aventurer vont courir de gros risques.
L’idéal serait évidemment de pouvoir attendre et faire intervenir des unités spécialisées avec du matériel plus performant et notamment des visées nocturnes et des détecteurs thermiques.
Mais pendant ce temps là, le risque est grand que l’homme sorte de la zone qui est impossible à sécuriser en entier…
Un dilemme opérationnel d’importance !

Pendant ce temps, les photos qui circulent de l’homme sur les réseaux sociaux montrent un indivividu en tenue militaire avec un fusil à pompe (type calibre 12) et une arme longue visiblement de gros calibre.

D’après les forces de l’ordre, l’homme se nomme Justin Bourque et une rapide recherche sur le web permet de trouver une page Facebook qui semble être celle du tueur.

Il s’agit d’une page sur laquelle deux hommes trônent au milieu d’un amas de munitions avec les armes à la main.
Une page Facebook qui laisse à penser que l’homme évolue dans une idéologie anti-gouvernementale du type défense des droits civils à l’américaine…

Ne pouvant vérifier à cette heure s’il s’agit avec certitude de la bonne page, je préfère ne pas la placer ici, mais voici ce que l’on peut y lire dans le dernier statut mis en ligne dans l’après midi (ce sont les paroles du groupe Mégadeath) :

Capture d’écran 2014-06-04 à 22
Rien de très bienveillant on le comprend assez vite.
Cette page Facebook déborde d’ailleurs de statuts orientés contre les forces de l’ordre, les politiciens ou ceux qui veulent contrôler la détention des armes.

Un exemple ? Cette photo postée au mois d’avril, qui en dit long sur le message porté par le titulaire de cette page.

Capture d’écran 2014-06-04 à 22Évidemment personne ne connait encore les motivations de celui qui habite visiblement Moncton, semblait s’entrainer activement au tir et pratiquait de façon intensive le Paintball, ce jeu de simulation de combat avec des armes qui tirent des billes contenant du colorant.

Demain, les habitants de Moncton vont se réveiller sous le choc et certains se diront qu’ils connaissent très bien ce « tueur si proche ».

Il faudra essayer de comprendre pourquoi ce jeune homme est sorti de chez lui les armes à la main et pourquoi il s’en est pris ainsi à plusieurs policiers.

Parce qu’ils sont les représentants d’un État qu’il considère comme corrompu, parce qu’il voulait se venger d’une injustice, parce qu’il est « malade » ?

Il faudra savoir comment un homme seul a pu tuer trois policiers équipés de gilets pare-balles, qui intervenaient justement sur les lieux de coups de feu.

Il faudra répondre à ces questions.

Mais il faudra – une fois de plus – se poser la question : pourquoi cet homme détenait ces armes et pourquoi nos sociétés qui bannissent partout la violence, tolèrent que chacun puisse, avec un minimum de contrôle, posséder chez lui de quoi tuer plusieurs patrouilles de policiers.

Mise à jour 23h45 : Tout aussi surprenant, quelques heures seulement après le début du drame, plusieurs pages au nom du tireur ont été crées, dont certaines atteignent déjà plus de 350 membres, comme celle-ci :

Capture d’écran 2014-06-04 à 23

– Paru au JdM le 4 juin 2014