Brève : Opération Sentinelle & attaque du Louvre

J’ai bondi cet après-midi en lisant cette entrevue dans L’Obs au sujet de l’attaque du Louvre et de l’efficacité de l’opération Sentinelle.

La nature de certaines attaques me conduit de plus en plus à penser que nous devrions réfléchir sérieusement au sens que nous donnons aux actes d’individus que nous faisons entrer au « panthéon » du terrorisme en qualifiant ainsi immédiatement des actions dont on ne connaît quasiment rien des actes préparatoires et des motivations seulement quelques heures après les faits.

D’autre part, ce n’est pas un acte de ce type – organisation minimale et passage à l’acte plutôt « artisanal » – qui peut nous permettre de dire si oui ou non ce dispositif a prouvé son efficacité.

Vu la nature du déploiement militaire en France et la complexité des enjeux, il faudra un peu plus qu’une attaque à la machette pour faire une analyse sérieuse de l’ensemble du dispositif.

Enfin, le constat fait dans cet article est encore plus surprenant que tout le reste puisqu’il me semble évident qu’il faille s’attendre à ce que, s’interposant entre des terroristes potentiels et leurs cibles (des gens ou des lieux précis), les militaires et policiers s’exposent à devenir eux-mêmes les cibles des attaques.

Bref, voilà qui ne fera guère avancer les réflexions sur le sujet.

Islamophobie : mythe ou réalité ?

L’islamophobie.

Voilà un mot qui déchaîne les passions et génère des discussions pour le moins animées.

Argument rhétorique destiné à empêcher la critique de la religion musulmane ou réalité sociale ?

Pour certains, c’est l’argument des intégristes et autres « inclusifs » qui refusent de reconnaître et critiquer les travers de la religion musulmane tandis que pour d’autres c’est une réalité qui trouve sa source dans un ensemble d’éléments qui construisent une vision caricaturale de la religion musulmane et conduisent donc à sa stigmatisation.

J’ai assisté cette semaine à la conférence donnée sur ce sujet par le professeur Rachad Antonius et j’ai réalisé un enregistrement audio pour vous présenter à la fois ce sujet et cette conférence dont, à mon avis, l’intérêt principal est de poser le problème en dépassant les faits-divers et l’actualité afin de, ainsi qu’il le dit lui-même « clarifier le sens politique des termes du débat ».

 

Pour écouter l’audio, c’est ici : 

 

Et voici une question Twitter sur le sujet (nous nous entendons pour dire qu’une question Twitter n’a rien d’un sondage d’opinion).

 

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs publications dignes d’intérêt existent sur ce sujet comme cet ouvrage, paru aux Puf,  intitulé « Islamophobie : la fabrique d’un nouveau concept. État des lieux de la recherche ».

À signaler aussi cette étude menée sur les réseaux sociaux par le centre de recherche DEMOS dont les chiffres sont pour le moins inquiétants.

Un sujet qui mérite indubitablement plus de recherches et moins d’avis péremptoires dans les pages « Opinion » des journaux.

Où est Charlie (deux ans après) ?

(Version mise à jour du texte publié en janvier 2016)

Il m’a été demandé, un an après Charlie-Hebdo, de réfléchir à ce qu’était pour moi le slogan Je suis Charlie.

J’avoue avoir eu beaucoup mal à mettre des mots sur la réaction populaire qui s’est cristallisée autour de cette phrase, tant elle emporte une bonne dose de contradictions puisque les uns et les autres l’ont adoptée pour des raisons et des motivations souvent bien différentes.

Je crois que, Je suis Charlie a surtout été une catharsis de masse qui a pris de l’ampleur parce que la formule « fonctionnait » et qu’elle « sonnait bien » sans que ceux et celles qui se disaient « être Charlie » ne sachent vraiment quoi faire au delà de cette déclaration de soutien empreinte de belles et bonnes intentions.

La rédaction de Charlie Hebdo correspondait alors tout à fait à l’idée que l’on voulait se faire de cette liberté de penser et ce droit de rire de tout, si particuliers à la culture française, au point que l’on a souvent dit que c’était à la liberté d’expression que s’étaient attaqués les terroristes alors que ce sont des hommes et des femmes de tous milieux, origines, cultures et religions qui ont été visés par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

On réalise d’autant plus combien le concept « d’attaque contre la liberté d’expression » que traduisait le slogan Je suis Charlie a pris le dessus en constatant deux ans après combien la mort de la policière municipale de Montrouge et l’attaque de l’Hyper-Cacher sont passés au second rang dans les médias qui reviennent sur les attaques menées par les frères Kouachi et Coulibaly.

Certes, le nombre de morts dans l’attaque de Charlie-Hebdo et le fait que les victimes soient pour la plupart des artistes connus a joué un rôle important dans l’imaginaire populaire et la mécanique médiatique qui s’est mise en place après les évènements.

C’est pourquoi, aujourd’hui, deux ans après, je cherche toujours où est Charlie.

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Terrorisme hors territoire ?

Plusieurs médias se font l’écho de la découverte, en octobre dernier, d’une munition (vraisemblablement une cartouche de fusil) dans les locaux du consulat de France de Montréal.

Dans cette affaire, traitée plutôt discrètement dans les médias, deux suspects seraient actuellement recherchés.

S’agit-il d’une affaire de « droit commun » (par opposition au terrorisme) ou bien est-ce le résultat d’une situation incongrue au cours de laquelle un homme aurait été amené à se débarrasser de ladite munition dans les locaux du consulat ? C’est possible.

Sans crier à la menace terroriste alors même qu’aucun élément ne vient alimenter cette possibilité, ce « fait-divers » est tout de même l’occasion de rappeler que dans le contexte actuel, il ne serait pas surprenant que les intérêts ou personnalités des principaux pays visés par les terroristes soient attaqués hors de leurs frontières.

Comme l’ont fait de nombreuses organisations terroristes et certains services secrets, frapper « l’ennemi » hors de son territoire permet souvent d’atteindre un objectif que les mesures de sécurité locales rendent bien plus complexe à approcher sur son propre territoire.

Il suffit de voir la longue liste des attentats menés contre des français ou les intérêts du pays hors de l’hexagone pour comprendre que la tentative du gouvernement français de sanctuariser le territoire avec Vigie Pirate, l’état d’urgence prolongée et l’opération sentinelle, conduit forcément à une sorte de transfert d’une part du risque vers ses intérêts extérieurs qui peuvent être considérés comme plus « faciles » à atteindre.

Souvenons-nous entre autres, de l’attentat contre l’immeuble du Drakkar, en octobre 1983 à Beyrouth, du vol 772 d’UTA en 1989 au dessus du Niger, du détournement du vol Air-France Alger – Marseille en 1994, ou encore de l’attentat de Karachi (qui, bien que volontairement orienté pour brouiller les pistes vers le djihadisme terroriste, n’en reste pas moins un attentat dans lequel 11 français ont été tués).

Je ne serais donc pas surpris qu’un jour prochain les émules de Daesh s’adaptent et s’approprient les veilles méthodes du terrorisme traditionnel de ciblage à l’étranger pour les transposer à leurs objectifs actuels qui deviennent d’autant plus prégnants que la réalité du Califat de Bagdhadi s’éloigne un peu plus chaque jour.

 

État d’urgence : le provisoire qui dure

Il y a bientôt un an, je décrivais dans un article l’état d’urgence comme « une rustine sur une chambre à air usée jusqu’à la corde » et j’ai souvent répété depuis que la mesure serait prolongée, non pas pour des raisons objectives de sécurité des français, mais par opportunisme politique.

Ainsi, la mesure sera donc prolongée jusqu’aux prochaines élections présidentielles

On parle de responsabilité face à la menace terroriste et de lucidité…

Pourtant l’état d’urgence n’est rien d’autre qu’un chiffon rouge agité dans les médias par des responsables politiques incapables de prendre la situation à bras-le-corps.

Une situation qui réclame des réponses adaptées, mesurées, précises, en déployant d’importants moyens répressifs mais en ne les utilisant pas n’importe comment et en ne « brûlant » pas ses meilleures ressources en les utilisant 24h/24h pour des missions qui s’avèrent le plus souvent de seconde importance.

L’état d’urgence, c’est une fuite sécuritaire en avant qui n’a pas pu empêcher l’attentat de Nice alors même que peu de temps avant ce drame, le président de la République avait envisagé de ne pas prolonger la mesure.

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Bonjour la police !

On en serait donc à onze journalistes dont les téléphones auraient fait l’objet, pour des raisons et avec des moyens différents, de surveillance de la part de deux corps policiers au Québec.

Surveillances, facturations détaillées, méta-données et plus si affinité

Il y a deux jours, le directeur adjoint du SPVM annonçait qu’un autre journaliste avait été l’objet de surveillances, les appels entrants et sortants de son téléphone ayant été scrutés dans le cadre d’une enquête qui concerne un policier en 2014.

Patrick Lalonde, adjoint du directeur Pichet, annonçait sans rire qu’il ne connaissait pas le nom du journaliste mais pouvait écarter trois autres noms.

Visiblement, la direction du SPVM ne sent pas encore assez sous pression pour se sentir obligée de faire très rapidement toute la lumière sur les surveillances menées sur des journalistes.

Semblant ne pas mesurer la gravité de sa situation, le chef du SPVM avait d’ailleurs lui-même expliqué que son service avait peut-être surveillé d’autres journalistes sans en donner le nombre ni en expliquer le contexte.

Dernier rebondissement en date, La Presse avance qu’en plus d’avoir détaillé les appels entrants et sortants de ses journalistes, le SPVM aurait demandé un mandat d’écoute.

Et les autres techniques de police ? 

À plusieurs occasions avant et après la découverte de ces faits, les corps policiers ont déjà expliqué aux médias que la surveillance des cellulaires des journalistes, et plus encore les écoutes téléphoniques, étaient des solutions réservées aux cas les plus rares et aux situations les plus extrêmes.

Il faut être bien naïf pourtant pour croire que la SQ a demandé les appels entrants et sortants de trois journalistes de Radio-Canada et d’un journaliste du journal de Montréal ainsi que d’André Cédilot sur plusieurs années pour une autre raison que celle de collecter le plus large éventail possible d’informations sur le travail quotidien des intéressés, leurs contacts et surtout leurs sources tout au long des dernières années.

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