Les relationnistes du terrorisme

 

 

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Source Le Monde

Savez-vous qui sont les meilleurs relationnistes du djihad et en particulier d’Al Qaïda ?

Les journaux et les hebdomadaires qui font leurs choux gras depuis plus de dix ans avec des gros titres dignes de la NFL, du genre : «Abou Machin la terreur du maghreb» ou encore cette fois-ci dans le journal Le Monde «Abou Bakr Al-Baghdadi, le nouveau Ben Laden » !

Cela fait plus de dix ans que ça dure, depuis le 11 septembre, et que nous avons droit à des titres dignes de publicité corporatives pour souligner combien les terroristes sont efficaces et redoutables.

Quand Al Qaïda a commencé à installer sa stratégie d’attentats à l’échelle mondiale, il y a avait un élément que les terroristes ne pouvaient maitriser mais sur lequel ils comptaient tout particulièrement : qu’on parle d’eux et que les grands médias se fassent le relais de leur message de haine et de terreur.

Parce que, pour les terroristes, il ne suffit pas de tuer, d’assassiner, piller ou violer… Encore faut-il que ça se sache.

Et sur ce point, on peut dire que les terroristes ont gagné sur toute la ligne et même au delà de leurs rêves les plus fous.

Ben Laden, Ayman al-Zawahiri, Richard Reid ou Mohammed Atta sont aussi connus que Magic Johnson ou Mohamed Ali et ont fait plus souvent les premières pages des journaux que les personnalités les plus en vue de la planète.

Les médias, eux, engrangent des ventes avec des titres racoleurs et flatteurs pour ceux dont le but n’est autre que de faire parler de leur cause.

On se rapproche bientôt d’un deal « donnant donnant » : je tue beaucoup de monde pour que tu puisses faire des gros titres qui me pousseront à tuer encore plus de monde pour qu’on continue d’en parler encore plus…

Et on s’étonne qu’à Montréal, Paris, Milan, Berlin, Londres ou ailleurs, des milliers de jeunes fouillent le web pour suivre les traces de ces nouveaux « modèles » !

– Paru au JdM le 29 mai 2014

Police : quand les dirigeants s’en tirent à bon compte

On y allait dans la joie et la bonne humeur entre guillemets, on jouait sur notre qualité de policiers, on négociait les prix en disant : c’est combien pour la police, tu viens d’où, tu as quel âge ?
Je suis terrifié de passer devant la cour d’assises parce que je ne me considère pas comme un violeur, je me considère comme quelqu’un qui a commis beaucoup d’erreurs (…) J’ai honte d’être considéré comme un violeur, j’ai honte de ce que j’ai fait.

Celui qui dit cela est un policier français d’une trentaine d’années qui a été poursuivi en 2007 pour viol sur plusieurs prostituées, avec la circonstance aggravante que les faits étaient commis en utilisant le statut de policier.
Comme il le raconte dans cet article, il n’était pas seul et, plus troublant, il dit que sa hiérarchie n’ignorait rien de ces agissements.

L’enquête de l’Inspection générale des services (IGS, la police des polices) notait à l’époque « que les faits ne sont pas isolés et exclusivement dus à une consommation d’alcool, mais font partie de pratiques répandues auprès de plusieurs membres de leur section ».

Les questions que posent les déclarations de ce jeune policier sont évidemment inquiétantes : comment des policiers peuvent se laisser aller à commettre de tels actes et comment se fait-il qu’ils ne semblent pas avoir conscience de la gravité de leurs actions, alors même qu’ils sont policiers ?

Au delà de ce que l’on peut imaginer être une ligne de défense, il existe dans ces types de dossiers une composante collective importante puisque l’on comprend bien que le fait que ces hommes agissent en groupe leur laisse à penser que « si les autres aussi le font », ce n’est finalement pas si grave. Surtout si le chef le sait et ne dit rien…

Cette dérive des valeurs morales et déontologiques que l’on rencontre parfois dans certaines affaires mettant en cause des policiers soulève toujours pour moi une question que les enquêtes tant judiciaires qu’administratives ont trop souvent tendance à laisser de côté, à savoir la responsabilité de l’encadrement et de la hiérarchie en général.

En effet, pour qu’un policier en arrive à se comporter ainsi, il faut bien que le système – ou le groupe – dans lequel il évolue en soit arrivé à un niveau tel de perte de repères moraux et légaux que rien ne vienne rappeler aux individus qu’ils font fausse route ou commettent des actes non seulement contraires à la déontologie, mais aussi criminels.

Avec l’expérience qui est la mienne du milieu policier, tant sur le terrain que du point de vue syndical, je suis convaincu que sans la « culture de groupe » qui favorise souvent ces comportements, le nombre de policiers qui se livreraient à de tels actes serait bien plus limité.

Il est en effet simple à comprendre qu’un milieu professionnel ou un groupe « sain » et bien administré rendent plus difficile la déviance de leurs membres, ou en tout cas, limite les choses à quelques cas isolés. À l’inverse, une structure ou une équipe de policiers au sein de laquelle la règle deviendrait justement la violation des règlements et le laisser aller collectif, ne laisse guère la place à un comportement individuel « normal » en son sein… et facilitera les dérapages.

Cela ne doit évidemment pas dédouaner les individus de leurs propres turpitudes, mais il est bon aussi d’aller au delà des simples responsabilités individuelles car c’est ainsi que l’on devrait pouvoir mettre en cause la responsabilité des dirigeants des organisations concernées ce qui est, disons-le, très rare dans ce genre de dossiers.

Dans cette affaire, les trois policiers principalement mis en cause ont été condamnés à 7 ans d’emprisonnement.

Seuls ces policiers ont fait face à un jugement pénal, les responsables de cette unité n’ayant pas été inquiétés par la justice.

Quelques temps après, cette unité (la 7e compagnie de CRS) a de nouveau fait parler d’elle, cette fois pour avoir racketté des chauffeurs de taxis…

– Paru au JdM le 29 avril 2014

On passe au cash avec le « RIP deal »

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La mallette contenant l’argent remis par les escrocs à leur victime en Montérégie

 

En Europe, le RIP deal est pratiqué depuis de longues années et ce sous de très différentes formes.

Le principe de cette escroquerie basée sur un échange d’argent reste toujours le même, quel que soit le moyen employé pour y arriver.
Dans certains cas on vous proposera un prêt de liquidité à un taux défiant toute concurrence ou l’échange de devises, quand ce n’est pas l’achat du bien immobilier que vous désirez vendre, comme dans l’affaire mise à jour par le bureau d’enquête de TVA sur la base d’une information de ma part.

La règle d’or de ce type d’arnaque tient en deux points très précis et qui ne changent jamais : les escrocs sollicitent toujours une remise d’argent sous un prétexte ou un autre et ils remettent toujours des billets qui sont suffisamment différents des vrais pour ne pas pouvoir être accusés de contrefaçon de monnaie.

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Document remis à une victime

Le cas le plus courant est celui de l’arnaque immobilière au cours de laquelle les « acheteurs » demandent une commission en liquide au vendeur qui perdra ainsi toute somme remise aux malfrats.
Ces hommes sont de véritables professionnels qui ne lésinent devant aucun moyen pour mettre leur victime en confiance.
Pour cela tout y passera, des costumes de marque aux voitures de luxe avec chauffeur jusqu’aux rendez-vous dans les endroits les plus prestigieux.

Dans le cas de l’escroquerie racontée par TVA et le Journal de Montréal, les escrocs auront remis de nombreux documents à la victime qui, appâtée par les moyens et les manières des hommes, n’aura rien vu venir du piège qui lui aura été tendu.

En Belgique et en France toutefois, où ce type d’escroquerie est connu, les gens se méfient et n’hésitent pas à prévenir la police qui place un agent dans la transaction et procède alors à l’arrestation des criminels.

Ce sont certainement ces difficultés qui poussent aujourd’hui ces malfaiteurs aguerris à venir déployer leurs efforts sur un terrain de jeu qui doit leur sembler plus facile et donc plus lucratif.

Un conseil tout simple pour finir : dites-vous que – comme disait ma grand-mère – quand ça a la forme, le goût et l’odeur du poisson… c’est sûrement du poisson !

– Paru au JdM le 27 mai 2014

Ça ne tourne pas rond… à La Ronde

Des fois on se demande ce qui peut bien passer par la tête de certaines personnes et d’où sortent des idées aussi stupides que dangereuses.

Cette fois, c’est le parc d’attraction La Ronde qui nous en donne un formidable exemple avec l’idée de relever les empreintes digitales des gens qui entrent dans le parc.

Comme si le « passeport » avec la photo ne suffisait pas, maintenant il faut passer à la phase biométrique !

Il faut dire qu’il y a du secret industriel à protéger solidement à La Ronde pour que les propriétaires imaginent qu’il leur faut mettre en place un système que je n’ai même jamais connu dans les bureaux des services de renseignement pourtant habilités « Secret Défense » !

Sous peu, on nous annoncera que la sécurité des visiteurs aura été renforcée par l’installation d’un grillage électrique de 200 volts autour du site.
Les mines antipersonnel sont pour la phase suivante !

Non mais franchement ? Tout ça est complètement ridicule…

Et cerise sur le gâteau, on nous explique du côté de La Ronde «qu’on va générer une formule mathématique à partir de cette lecture et c’est cette lecture mathématique qu’on va conserver dans nos serveurs locaux seulement»…

Désolé de l’apprendre aux brillants cerveaux de La Ronde, mais c’est exactement le système du relevé dactyloscopique utilisé par la police pour identifier votre empreinte avec un nombre minimum de points de reconnaissance.

Évidemment, ceux qui disent qu’ils n’ont rien à se reprocher diront qu’il n’y a pas de souci à confier ses empreintes digitales pour aller faire un tour de manège…

Et pourquoi pas pour entrer chez IGA aussi ?

– Paru au JdM le 22 mai 2014

Détresse policière

 Vous l’avez certainement lu il y a quelques semaines après le suicide de deux policiers, François Doré, blogueur au journal a raconté avec beaucoup de courage les démons qui l’ont conduit au bord du gouffre et Claude Aubin, blogueur au Huffington, a lui aussi partagé ses états d’âmes sur la question du suicide chez les policiers.

Les textes de ces deux anciens policiers ne sont pas si différents l’un de l’autre, ils parlent tous deux du sentiment de solitude et parfois de la détresse des hommes et des femmes qui œuvrent quotidiennement à la sécurité de leurs concitoyens. Des policiers qui restent, malgré la formation, l’entrainement et la structure qui devrait les entourer, des hommes et des femmes avec tout ce que cela comporte de force et de faiblesse.

L’appel de la mort qui frappe parfois les policiers québécois n’est guère différent de celui qui frappe tous les policiers dans d’autres pays ou corps de police. Vous seriez surpris de voir combien les motifs qui peuvent pousser des policiers anglais, espagnols ou français à commettre l’irréparable sont proches de ceux qui animent les tristes intentions des policiers de la SQ, du SPVQ ou du SPVM, pour ne citer que ces services.

Aux difficultés évoquées par F. Doré et C. Aubin pour ceux et celles qui se veulent être les gardiens de la paix, j’ajouterai un point qui ne me semble pas être assez souvent soulevé, c’est celui d’un profond sentiment d’impuissance parfois ressenti par les policiers dans l’exercice de leurs missions.

Contrairement à ce que peuvent penser certains qui me lisent ici, je suis convaincu qu’une grande partie des policiers et policières qui rejoignent les rangs des forces de l’ordre le font parce qu’ils souhaitent apporter la paix et la justice autour d’eux.

C’est pour cette raison que je l’avais fait moi-même et c’est quand j’ai compris que je n’atteindrais jamais cet idéal que j’ai quitté ce métier.

Car malheureusement le quotidien auquel les policiers sont confrontés est bien différent de ce à quoi ils aspirent.
Les directives aberrantes, les contraintes administratives, le laxisme de certains chefs et, tout simplement, la dure réalité de ce métier font que les choses ne se passent pas toujours comme nous le souhaiterions.

Pour une personne que l’on aide, on en voit sombrer dix.
Et ça, pour ceux qui veulent vraiment protéger et servir, c’est dur à accepter et ça vient frapper solidement vos idéaux. Certains se font très bien à cette idée et deviennent d’excellents « fonctionnaires » qui appliquent à la lettre les normes et les règles.

D’autres parviennent à faire la part des choses entre leurs idéaux et le quotidien du métier.

Mais certains, plus fragiles, plus sensibles à la détresse ou frappés eux-mêmes par la vie, ne parviennent pas à « dealer » avec ça.

Je ne veux pas ici à caricaturer, chaque personne qui se suicide a ses propres raisons et je viens d’un pays où quarante policiers se suicident chaque année…

Je tiens juste à apporter une modeste pierre à l’édifice que l’on devrait construire pour protéger les hommes et les femmes qui nous protègent. Les protéger autant que possible contre ces passages difficiles qui touchent chacun à un moment ou un autre. Ces instants où la tentation de la mort peut prendre le dessus sur l’instinct de survie, surtout quand on porte avec soi en permanence de quoi se la donner en toute simplicité.

J’ai connu plusieurs policiers qui se sont sont suicidés. Beaucoup trop.

Je fais partie de ceux et celles qui sont souvent critiques avec l’institution policière et les policiers ou policières qui se montrent indignes de la mission qui leur est confiée.
Mais je connais cette peine et ces frustrations qui montent en nous et s’accumulent à chaque fois que l’on s’est senti impuissant à aider ou sauver quelqu’un.
Je connais ce poids qui s’accumule un peu plus chaque jour sur les épaules de ceux et celles qui œuvrent sincèrement à aider et sauver les autres.

Je veux leur dire de ne pas lâcher prise quand ils croient que tout est perdu et d’aller chercher de l’aide, du soutien, du secours… d’aller parler à un ami, un collègue, de rejoindre une association.

De ne pas laisser la mort et le silence gagner.

Comme nous sommes parvenus à le faire… François, Claude, moi et tant d’autres qui avons dû, nous-aussi, affronter nos démons.

– Paru au JdM le 25 avril 2014

Le rétro patinage du SPVM sur le P6

La victoire du Canadien sur le Lightning a été l’occasion d’une séance de patinage peu artistique de la part du SPVM au sujet de l’application, ou pas, du règlement P6 à l’issue du match.

En effet, après avoir dans un premier temps affirmé que le règlement P6 serait appliqué en cas de regroupement d’après match, un message envoyé sur Twitter par le compte officiel du SPVM est venu semer le doute et a lancé une rapide polémique sur les médias sociaux quant aux conditions d’application du fameux règlement par le service de police.

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Ainsi, dans le cas de l’investissement de la voie publique par des partisans enflammés, le SPVM informe les citoyens qu’il ne fera pas appel au règlement en question.
Bien entendu cette prise de position qui laisse penser que le SPVM décide quelle manifestation est à empêcher avec le P6 et quelle autre ne l’est pas a soulevé un tollé de la part de citoyens qui dénonçaient le « deux poids et deux mesures » du corps policier.

Peu de temps après ce message, le responsable des relations publiques du SPVM, Ian Lafrenière, expliquait que tous les moyens légaux, y compris le code criminel, seraient employés pour réprimer les débordements.

Ayant déjà abondamment critiqué la possibilité pour un corps policier de décider de sont propre chef d’appliquer un règlement en fonction du type de manifestation, je ne reviendrais pas sur ce point.

La SPVM indique de sont côté que les gens qui se regroupent dans la rue après le match ne forment pas une manifestation proprement dite, personne n’appelant à se retrouver, et comme il ne s’agit pas d’une manifestation et il n’y a pas lieu de demander un itinéraire.

Il me semble pourtant que ce point de vue est mis à mal par le texte même du règlement qui ne fait pas de différence entre les différentes formes de regroupement.

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Mais la question n’est pas là et chacun se fera une idée en lisant le texte…

Le point où je veux en venir est plutôt celui de la responsabilité du centre Bell ou d’un stade quel qu’il soit quand la foule importante qui le compose quitte les lieux pour se retrouver dans la rue.

Ne faudrait-il pas imposer aux lieux qui réunissent une telle foule de participer techniquement, par des vigiles et gens sur le terrain, à une évacuation paisible et ordonnée ?

Après tout, les patrons de bars ou clubs sont bien tenus responsables des débordements commis par leurs clients devant leurs établissements…

Ce ne serait pas si fou non ?

– Paru au JdM le 24 avril 2014