Le rétro patinage du SPVM sur le P6

La victoire du Canadien sur le Lightning a été l’occasion d’une séance de patinage peu artistique de la part du SPVM au sujet de l’application, ou pas, du règlement P6 à l’issue du match.

En effet, après avoir dans un premier temps affirmé que le règlement P6 serait appliqué en cas de regroupement d’après match, un message envoyé sur Twitter par le compte officiel du SPVM est venu semer le doute et a lancé une rapide polémique sur les médias sociaux quant aux conditions d’application du fameux règlement par le service de police.

Capture d’écran 2014-04-23 à 09

Ainsi, dans le cas de l’investissement de la voie publique par des partisans enflammés, le SPVM informe les citoyens qu’il ne fera pas appel au règlement en question.
Bien entendu cette prise de position qui laisse penser que le SPVM décide quelle manifestation est à empêcher avec le P6 et quelle autre ne l’est pas a soulevé un tollé de la part de citoyens qui dénonçaient le « deux poids et deux mesures » du corps policier.

Peu de temps après ce message, le responsable des relations publiques du SPVM, Ian Lafrenière, expliquait que tous les moyens légaux, y compris le code criminel, seraient employés pour réprimer les débordements.

Ayant déjà abondamment critiqué la possibilité pour un corps policier de décider de sont propre chef d’appliquer un règlement en fonction du type de manifestation, je ne reviendrais pas sur ce point.

La SPVM indique de sont côté que les gens qui se regroupent dans la rue après le match ne forment pas une manifestation proprement dite, personne n’appelant à se retrouver, et comme il ne s’agit pas d’une manifestation et il n’y a pas lieu de demander un itinéraire.

Il me semble pourtant que ce point de vue est mis à mal par le texte même du règlement qui ne fait pas de différence entre les différentes formes de regroupement.

Capture d’écran 2014-04-23 à 21

Mais la question n’est pas là et chacun se fera une idée en lisant le texte…

Le point où je veux en venir est plutôt celui de la responsabilité du centre Bell ou d’un stade quel qu’il soit quand la foule importante qui le compose quitte les lieux pour se retrouver dans la rue.

Ne faudrait-il pas imposer aux lieux qui réunissent une telle foule de participer techniquement, par des vigiles et gens sur le terrain, à une évacuation paisible et ordonnée ?

Après tout, les patrons de bars ou clubs sont bien tenus responsables des débordements commis par leurs clients devant leurs établissements…

Ce ne serait pas si fou non ?

– Paru au JdM le 24 avril 2014

La gifle sur Twitter pour #MyNYPD

Certainement que les stratèges du service de communication de la police de la ville de New-York ont du trouver que l’idée était bonne : créer un mot-clef, un hastag, #MyNYPD pour faire diffuser des photos des internautes en compagnie de policiers sur le réseau Twitter.

En quelques heures cette idée s’est transformée en un échec total, le réseau social se couvrant rapidement d’images de brutalités policières accompagnées du fameux #MyNYPD.

Capture d’écran 2014-04-23 à 20
Contrairement à l’effet voulu, ce sont tous les mauvais côtés du service de police qui ont été exposés avec le mot-clef.

Je ne suis pas un spécialiste des médias sociaux, mais quand on veut lancer une stratégie sur ces réseaux pour y valoriser son image, on doit au moins se mettre quelques minutes à la place des utilisateurs pour imaginer quelle image ils ont réellement du corps de police et quel message ils voudront envoyer avec #MyNYPD.

Sur ce point, la police de New-York a sa réponse !

– Paru au JdM le 23 avril 2014

Le policier et son « ami » le Hells Angels

Dans un article qui paraît aujourd’hui dans le journal de Montréal, le journaliste Félix Seguin fait de nouvelles révélations sur le rôle trouble joué par l’ancien policier Benoit Roberge dans la mort d’un informateur, Dany Kane.
Selon les enregistrements dont il a pu avoir connaissance, le policier aurait encouragé l’informateur à se suicider.

Contrairement à ce qui s’est dit au moment où la sentence de Roberge a été connue, le policier était plus proche du Hells qu’il n’a bien voulu le dire.
Ainsi, Benoit Roberge discutait non seulement très régulièrement avec son « ami » Charlebois, mais il s’est aussi rendu au domicile de ce dernier.
Des relations bien plus amicales qu’elles n’y paraissent donc.

Dans un article daté du 10 octobre dernier, je faisais la liste des éléments qui relient le policier Roberge à la mort de plusieurs informateurs dont il était plus ou moins proche.

Claude de Serre, Dany Kane et René « Balloune » Charlebois, tous les trois informateurs de police et tous les trois en lien avec Benoît Roberge sont tous décédés de mort violente.
Pour ajouter au mystère, il faut rappeler que René « Balloune » Charlebois n’est autre que l’assassin de Claude de Serre.
Malgré le fait que sa voix ressorte sur l’enregistrement du « body pack » de Claude de Serre au moment de sa mort, il aura fallu attendre de longs mois avant que Charlebois ne soit finalement identifié.

Était-il si difficile que cela de reconnaitre la voix du Hells Angels pour les policiers et le « spécialiste » Benoit Roberge ?

Autre interrogation : a-t-il été question des circonstances de la mort de certains de ces informateurs lors de la négociation de l’entente conclue entre Benoit Roberge et la poursuite ?

Une réponse à laquelle seules les deux parties concernées seraient en mesure de répondre.

– Paru au JdM le 22 avril 2014

Parution du rapport sur le printemps 2012

Le rapport de la commission Ménard sur les évènements du printemps 2012 est en ligne ICI.

Il est particulièrement incisif et visiblement très critique pour le travail des forces de l’ordre.

De très nombreux passages de mon ouvrage Enquête sur la police sont cités dans ce rapport et plusieurs de mes recommandations sont reprises.

Je ferai un point sur le contenu du rapport après lecture complète… celui-ci fait plus de 450 pages !

Otages français : les dessous d’une libération

Une libération qui tombe bien

Les quatre otages français Édouard Élias, Didier François, Nicolas Hénin et Pierre Torres ont été libérés après 10 mois de détention par les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (ISIS). Une bonne nouvelle qui tombe à point pour le gouvernement français en pleine débandade et son président, en chute libre dans les sondages.

En fait, cette libération ne doit rien au hasard mais plutôt à l’acharnement des agents secrets français et du fameux Service Action de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure.

Travail des services secrets français

Les journalistes n’ont pas été retrouvés par des militaires Turques comme cela a été annoncé, mais plutôt remis aux agents du Service Action et conduits en sécurité sous la protection des militaires Turques.
C’est le résultat d’un long et discret travail des services secrets français qui ont œuvré jour et nuit à la libération des quatre journalistes en coopération avec plusieurs autres agences de renseignement sur le terrain.
D’après mes informations, dans les derniers mois le travail des agents français était du 24h/24h.

Un « honorable correspondant » parmi les journalistes otages ?

Depuis l’enlèvement des journalistes, les services français n’ont jamais perdu leur trace par des contacts indirects qui permettaient de s’assurer que les français étaient en vie.
Il se murmure d’ailleurs que l’un d’eux serait un « correspondant » de la DGSE, ce qui n’est pas rare dans le cas des journalistes de guerre qui sont amenés à se trouver dans des zones où le renseignement est particulièrement utile aux services secrets.
Il arrive parfois qu’au fil des rencontres sur le terrain des contacts se nouent et les échanges de services entre un journaliste qui veut entrer dans une zone de djihad et un service de renseignement sont plutôt simples à envisager.
Ce qui ne veut pas dire évidemment qu’ils soient systématiques…

Une nouvelle donne djihadiste en 2014

Selon plusieurs de mes sources, c’est au tout début de 2014 que les choses se seraient présentées sous un jour favorable pour les otages.
En effet, l’Etat islamique en Irak et au Levant (ISIS), est un mouvement d’une telle cruauté et d’une telle violence qu’il se serait aliéné la plupart des autres organisations djihadistes et en janvier 2014, l’ISIS a du replier ses forces dans le gouvernorat d’al Raqqa qu’il contrôle.
Plusieurs rumeurs circulent dans les agences de renseignement sur le fait que l’ISIS aurait éliminé un envoyé d’Al Qaida, Abu Khalid al-Suri, spécialement mandaté par Ayman al-Zawahiri, l’actuel leader d’Al-Qaïda, pour résoudre les conflits entre les différentes factions djihadistes.
Ce qui est certain c’est qu’au début du mois de janvier, l’ISIS aurait affronté un autre mouvement djihadiste, Jabhat al Nusra, et ce dernier aurait pris un net avantage sur l’ISIS, les obligeant à se replier dans leurs fiefs.

Des otages de plus en plus encombrants

L’expansion de l’ISIS, sa cruauté et sa volonté hégémonique ont conduit ce mouvement à devoir faire face sur plusieurs fronts en même temps.
Non seulement les autres factions souhaitent la détruire, mais l’ensemble des forces opérationnelles occidentales présentes sur le terrain (services britanniques, français et Étasuniens) concentraient leurs efforts à lutter contre ce mouvement.
Ainsi, la détention des otages amenait une pression supplémentaire sur le mouvement et il y a fort à parier que ce rapport de force n’a pas été négligeable dans la décision de la libération.

Une rançon ?

Comme à chaque fois, la question du versement d’une rançon se pose.
Dans ce cas précis, il semble que cela ne se soit pas le cas, bien que l’on ne puisse jamais vraiment écarter cette possibilité.
On parle plutôt de l’hypothèse d’un « arrangement » par l’intermédiaire du Qatar – qui joue un double jeu savamment orchestré -, pour la remise d’armes et de matériel.

À n’en pas douter, c’est  aussi un ensemble de facteurs positifs qui ont conduits à cette libération et même si nous en savons maintenant un peu plus sur les dessous de cette affaire, il reste, comme dans la plupart des opérations des services secrets, encore beaucoup à découvrir !

– Paru en ligne au JdM le 20 avril 2014

Les Hells Angels sans Maurice Boucher

Comme l’a révélé Félix Seguin dans le journal de Montréal cette semaine, Maurice « Mom » Boucher ne fait plus partie des Hells Angels.
Ce dernier a reçu fin mars le message l’informant qu’il était exclu de la fraternité.
Pour tous les observateurs du milieu criminel, la nouvelle est de tout première ampleur.
Difficile en effet de dissocier le nom de Mom Boucher de l’histoire moderne des Hells Angels, tant son destin est lié à celui des motards.

Pour le public, Mom Boucher était le chef des Hells Angels et pour les policiers il était celui qui a contribué, par son tempérament et ses actions, à radicaliser le mouvement et attirer une grande partie de l’attention sur lui.
Mais Mom Boucher n’est pas le leader incontesté que l’on pourrait penser en lisant les journaux ou regardant les informations télévisées,
Certains de ses actes ont conduits à des départs au sein du mouvement et il était détesté par d’autres membres des Hells Angels à cause de sa gestion de la célèbre guerre des motards qui dura près de huit ans et fit plus d’une centaine de morts.

Emprisonné à vie, Mom n’est plus d’un grand secours pour l’organisation qui a besoin d’un chef qui fédère, organise et structure les trafics et les alliances, ce qu’il ne peut plus plus faire efficacement depuis sa prison.
De l’autre côté, il ne faut pas écarter le fait que son statut de membre en règle devait peser lourdement sur la suite de sa détention, surtout en ce qui concerne sa possibilité d’obtenir une libération conditionnelle.
Mom Boucher ne souhaitait peut-être pas que ses conditions de détention soient assouplies, car avec le nombre de ses ennemis cela pourrait mettre sa sécurité en danger, mais par contre il va certainement chercher à sortir dès que possible et dans ce cas, ne plus faire partie de la bande sera un avantage.

Dehors, on assiste à une réorganisation du mouvement, les patches ressortent des placards et les différents groupes de motards se font plus visibles comme lors du Bike and Tattoo Show du mois d’avril dernier.
Or, un mouvement qui veut reprendre forme a besoin d’un chef qui soit présent et qui fédère les sympathisants, ce que Mom Boucher n’est plus en mesure de faire.
Il se dit beaucoup du côté policier que Salavatore Cazzetta est devenu le Hells Angels le plus influent du moment et on se souviendra que ce dernier ne porte pas Mom Boucher dans son coeur.
Cazzetta ne peut-être, à lui seul, responsable de la décision prise contre Boucher, mais tout laisse évidemment à penser qu’elle fait bien son affaire.

Ainsi, entre un vieux chef de bande qui, même si il reste un criminel endurci, voudrait peut-être diminuer son temps de prison et une organisation qui veut se renouveler pour renaître de ses cendres, il y a peut-être une explication toute simple.

Celle d’un pacte gagnant/gagnant pour Mom boucher et les Hells Angels.

À suivre…

– Paru le 19 avril 2014 sur le JdM