Terrorisme hors territoire ?

Plusieurs médias se font l’écho de la découverte, en octobre dernier, d’une munition (vraisemblablement une cartouche de fusil) dans les locaux du consulat de France de Montréal.

Dans cette affaire, traitée plutôt discrètement dans les médias, deux suspects seraient actuellement recherchés.

S’agit-il d’une affaire de « droit commun » (par opposition au terrorisme) ou bien est-ce le résultat d’une situation incongrue au cours de laquelle un homme aurait été amené à se débarrasser de ladite munition dans les locaux du consulat ? C’est possible.

Sans crier à la menace terroriste alors même qu’aucun élément ne vient alimenter cette possibilité, ce « fait-divers » est tout de même l’occasion de rappeler que dans le contexte actuel, il ne serait pas surprenant que les intérêts ou personnalités des principaux pays visés par les terroristes soient attaqués hors de leurs frontières.

Comme l’ont fait de nombreuses organisations terroristes et certains services secrets, frapper « l’ennemi » hors de son territoire permet souvent d’atteindre un objectif que les mesures de sécurité locales rendent bien plus complexe à approcher sur son propre territoire.

Il suffit de voir la longue liste des attentats menés contre des français ou les intérêts du pays hors de l’hexagone pour comprendre que la tentative du gouvernement français de sanctuariser le territoire avec Vigie Pirate, l’état d’urgence prolongée et l’opération sentinelle, conduit forcément à une sorte de transfert d’une part du risque vers ses intérêts extérieurs qui peuvent être considérés comme plus « faciles » à atteindre.

Souvenons-nous entre autres, de l’attentat contre l’immeuble du Drakkar, en octobre 1983 à Beyrouth, du vol 772 d’UTA en 1989 au dessus du Niger, du détournement du vol Air-France Alger – Marseille en 1994, ou encore de l’attentat de Karachi (qui, bien que volontairement orienté pour brouiller les pistes vers le djihadisme terroriste, n’en reste pas moins un attentat dans lequel 11 français ont été tués).

Je ne serais donc pas surpris qu’un jour prochain les émules de Daesh s’adaptent et s’approprient les veilles méthodes du terrorisme traditionnel de ciblage à l’étranger pour les transposer à leurs objectifs actuels qui deviennent d’autant plus prégnants que la réalité du Califat de Bagdhadi s’éloigne un peu plus chaque jour.

 

État d’urgence : le provisoire qui dure

Il y a bientôt un an, je décrivais dans un article l’état d’urgence comme « une rustine sur une chambre à air usée jusqu’à la corde » et j’ai souvent répété depuis que la mesure serait prolongée, non pas pour des raisons objectives de sécurité des français, mais par opportunisme politique.

Ainsi, la mesure sera donc prolongée jusqu’aux prochaines élections présidentielles

On parle de responsabilité face à la menace terroriste et de lucidité…

Pourtant l’état d’urgence n’est rien d’autre qu’un chiffon rouge agité dans les médias par des responsables politiques incapables de prendre la situation à bras-le-corps.

Une situation qui réclame des réponses adaptées, mesurées, précises, en déployant d’importants moyens répressifs mais en ne les utilisant pas n’importe comment et en ne « brûlant » pas ses meilleures ressources en les utilisant 24h/24h pour des missions qui s’avèrent le plus souvent de seconde importance.

L’état d’urgence, c’est une fuite sécuritaire en avant qui n’a pas pu empêcher l’attentat de Nice alors même que peu de temps avant ce drame, le président de la République avait envisagé de ne pas prolonger la mesure.

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Bonjour la police !

On en serait donc à onze journalistes dont les téléphones auraient fait l’objet, pour des raisons et avec des moyens différents, de surveillance de la part de deux corps policiers au Québec.

Surveillances, facturations détaillées, méta-données et plus si affinité

Il y a deux jours, le directeur adjoint du SPVM annonçait qu’un autre journaliste avait été l’objet de surveillances, les appels entrants et sortants de son téléphone ayant été scrutés dans le cadre d’une enquête qui concerne un policier en 2014.

Patrick Lalonde, adjoint du directeur Pichet, annonçait sans rire qu’il ne connaissait pas le nom du journaliste mais pouvait écarter trois autres noms.

Visiblement, la direction du SPVM ne sent pas encore assez sous pression pour se sentir obligée de faire très rapidement toute la lumière sur les surveillances menées sur des journalistes.

Semblant ne pas mesurer la gravité de sa situation, le chef du SPVM avait d’ailleurs lui-même expliqué que son service avait peut-être surveillé d’autres journalistes sans en donner le nombre ni en expliquer le contexte.

Dernier rebondissement en date, La Presse avance qu’en plus d’avoir détaillé les appels entrants et sortants de ses journalistes, le SPVM aurait demandé un mandat d’écoute.

Et les autres techniques de police ? 

À plusieurs occasions avant et après la découverte de ces faits, les corps policiers ont déjà expliqué aux médias que la surveillance des cellulaires des journalistes, et plus encore les écoutes téléphoniques, étaient des solutions réservées aux cas les plus rares et aux situations les plus extrêmes.

Il faut être bien naïf pourtant pour croire que la SQ a demandé les appels entrants et sortants de trois journalistes de Radio-Canada et d’un journaliste du journal de Montréal ainsi que d’André Cédilot sur plusieurs années pour une autre raison que celle de collecter le plus large éventail possible d’informations sur le travail quotidien des intéressés, leurs contacts et surtout leurs sources tout au long des dernières années.

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La paix sociale ne s’achète pas, elle se construit

[Ce texte a été publié cette semaine dans les pages « Opinion » de La Presse.] 
[http://plus.lapresse.ca/screens/0ede7495-744d-4b63-bcf0-a39388683447%7C_0.html]

Depuis une semaine, les policiers français descendent dans les rues de plusieurs villes pour manifester leurs inquiétudes par rapport aux conditions dans lesquelles ils interviennent et aux dangers auxquels ils font face depuis des années.

Au même moment, chez nous, on lisait sous la plume de Daniel Renaud qu’à Montréal, l’arrestation d’un individu armé aurait été annulée à la dernière minute à la suite des instructions du numéro deux du SPVM. Enfin, en avril dernier, toujours selon La Presse, la direction du SPVM aurait, je cite, « interdit à des enquêteurs des stupéfiants de procéder à des arrestations à Montréal-Nord pour ne pas attiser les tensions raciales ».

Il est important de comprendre la nécessité, pour les corps policiers, de valider le maximum d’informations avant de passer à l’action et on ne saurait reprocher aux enquêteurs et aux groupes d’intervention de s’entourer de toutes les précautions possibles.

Montréal n’a en effet pas besoin d’une police de matamores. Mais elle n’a pas non plus besoin d’une police dont la hiérarchie ferait le choix de retenir l’intervention de ses hommes en fonction de considérations politiques, tandis qu’un individu armé et dangereux se promène dans la rue.

Si tel était le cas, il y aurait alors lieu de s’inquiéter sérieusement et l’on pourrait alors faire le parallèle avec la mobilisation des policiers français.

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Vers un échec de la « déradicalisation » ?

Depuis quelques semaines, les articles de presse qui font l’écho des problèmes et échecs rencontrés par les centres de radicalisation dans le monde se multiplient.

En France, les échecs se suivent et se ressemblent, à commencer par l’annonce cette semaine de l’abandon des unités spécialisées pour détenus radicalisés dans les prisons.

Face à la problématique grandissante des cas de radicalisation dans les prisons françaises, ces unités semblaient être un peu la solution de la dernière chance pour trouver des solutions, malgré les critiques dont elles ont rapidement fait l’objet tant sur le manque de moyens financiers que sur les méthodes mises en oeuvre.

Toujours en France, Dounia Bouzar, la pionnière dans le domaine de la « déradicalisation » dans le cadre d’un projet gouvernemental, a commencé à recevoir un flot de critiques il y a de nombreux mois.

Comme un signe révélateur des difficultés à mener à bien cette tâche , Léa, une jeune fille radicalisée qui avait livré un témoignage vidéo contre la radicalisation, avait dans le même temps où elle collaborait avec le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’Islam, pris contact avec un recruteur en Syrie où elle comptait se rendre.

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Terrorisme: l’aspect religieux n’est plus qu’un prétexte

Je replace intégralement ici l’article du journaliste Yves Casgrain, car il constitue l’une des meilleures synthèses en entrevue de mes constatations récentes sur le sujet du terrorisme et des processus qui y conduisent.
(L’original se trouve ICI.)

  • Yves casgrain pour la revue Présence, information religieuse. 

Derrière la figure médiatique du soldat djihadiste se cache un cancre en matière de religion. Voilà ce qu’observe Stéphane Berthomet, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent (OSR) et auteur du livre La Fabrique du djihad : radicalisation et terrorisme au Canada.

Selon le spécialiste des questions policières et sécuritaires, en Occident, le rôle de la religion dans les actions terroristes liées à des organisations comme Daech et Al-Qaïda a évolué avec le temps, se simplifiant au point de ne devenir qu’un prétexte.

«Aujourd’hui, nous constatons que l’aspect religieux et la connaissance religieuse sont extrêmement minimes chez les terroristes. Il y a une véritable évolution quant à la place de la religion comme motivateur d’un passage à l’acte en Occident. C’est un énorme changement.»

L’expert avance que les réseaux sociaux apportent la preuve de cette évolution.

«Finalement, la religion ne devient qu’une excuse, qu’une simple motivation,
exactement comme dans certaines organisations politiques à l’idéologie raciste ou suprémaciste.»

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