Les victimes du terrorisme, la censure et le respect

« You want censorship »

C’est la réponse qui a été faite à mon message sur Twitter dans lequel je disais que partager des photos de victimes de l’attentat de Stockholm, démembrées et baignant dans leur sang, était non seulement une atteinte à leur dignité mais allait en plus servir la propagande de Daesh qui utilise ces attaques individuelles pour construire son image d’ennemi public mondial numéro un.

Cette réponse est particulièrement reprise et partagée par une clique fachosphérique qui y ajoute, suivant l’humeur, insultes ou accusations de complicité avec les terroristes.

Ce n’est bien entendu pas un hasard si ces images sont essentiellement utilisées par les milieux d’extrême-droite et par ceux et celles qui considèrent que tout ce qui ressemble de près ou de loin à un musulman(e) doit est relié d’une façon ou d’une autre aux actes des terroristes.

Car, pour ceux et celles qui les partagent, les images, quasiment insupportables des victimes seraient le meilleur moyen de montrer l’horreur et la barbarie des actes des terroristes.

Le reste ne serait que de la censure.

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Le terrorisme d’opportunité

« Attentat de Nice, huit mois d’enquête et toujours pas de trace de l’État islamique »

C’est le titre, cette semaine, d’un article de Libération qui, après avoir pris soin de préciser que l’enquête n’a peut-être pas tout mis à jour, explique que les enquêteurs antiterroristes n’ont pu trouver aucun lien entre l’auteur de l’attentat et l’organisation qui l’a revendiqué.

À ce jour donc, Daesh n’aurait pas aidé à la préparation de cet attentat et ne l’aurait pas directement ordonné…

Au milieu des attentats les plus meurtriers en Europe – qui sont reliés non seulement à Daesh ou Al qaida mais aussi à d’anciens réseaux djihadistes restés opérationnels sur le territoire européen – on remarque clairement l’émergence d’une nouvelle forme de terrorisme dont les auteurs agissent souvent sans liens structurels directs avec des organisations terroristes.

Ces attaques, souvent individuelles, (Un homme attaque trois militaires à Nice en janvier 2015, l’attaque contre les locaux de Air-Products à Saint-Quentin-Fallavier en juin 2015, L’attaque de militaires à Valence en janvier 2016l’attaque de Saint-Jean-Sur-Richelieu en novembre 2014, attaque d’Orlando en juin 2016… entre autres) laissent derrière elles beaucoup de questions quant aux motivations et l’état mental des auteurs de ces crimes souvent commis avec un minimum de préparatifs et des moyens rudimentaires.

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Se faire peur avec le racisme systémique

Un comité-conseil étudie actuellement les modalités de la mise en place au Québec d’une consultation ou d’une commission sur le racisme systémique.

Il y a fort à parier que ce qu’on leur demandera en premier sera de préciser ce qu’on entend par « racisme systémique » puisque visiblement nous sommes loin du consensus à ce sujet.

En effet, depuis des années déjà plusieurs déchirent leurs chemises en disant que le fait d’évoquer la question du racisme systémique revient à dire que les québécois sont racistes et qu’un débat qui démarre sur une telle accusation n’est pas acceptable.

Pourtant, s’interroger sur la notion de racisme systémique semble bien loin de l’idée de suspecter chaque québécois de racisme.

Le barreau du Québec propose justement une définition qui semble assez claire sur la question :

« Nous entendons par racisme systémique la production sociale d’une inégalité fondée sur la race dans les décisions dont les gens font l’objet et les traitements qui leur sont dispensés. L’inégalité raciale est le résultat de l’organisation de la vie économique, culturelle et politique d’une société »

La Commission sur le racisme systémique au sein du système de justice pénale en Ontario, place cette question au coeur des processus de prise de décisions qui introduisent :

« la racialisation dans les systèmes quand les normes ou les critères sur lesquels reposent les décisions reflètent ou tolèrent certains préjugés contre les personnes racialisées. Les critères et les normes font partie des normes d’exécution d’un système et peuvent être officiels et explicites comme lorsqu’ils sont énoncés dans des lois, des politiques et des procédures. Ils peuvent aussi ne pas être énoncés dans des lois, des politiques et des procédures. Ils peuvent aussi ne pas être énoncés officiellement et découler des façons acceptées de faire les choses. »

Ainsi, dans la plupart des définitions qui en sont données, il est très clair que l’on parle d’un phénomène produit par un système social qui est le fruit des règles et des mécanismes de fonctionnement de nos sociétés.

C’est donc bien un système de normes et de règles sociales et politiques qui doit-être interrogé et non les québécois qui seront suspectés d’être systématiquement racistes.

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Le SPVM et la confiance des citoyens

J’ai lu le plan d’action du directeur Pichet intitulé :
« rassurer et améliorer le lien de confiance des citoyens envers le SPVM ».
Plutôt que de me livrer à une analyse de ce texte, j’ai choisi la solution de facilité qui consiste à ressortir ce que j’avais écris en novembre 2013 dans le livre :
« Enquête sur la police ».

 

EN VOICI LE CONTENU DANS LE CHAPITRE « CONCLUSION »…

« L’enquête par un service de police sur un autre est une faillite complète. 

Il est grand temps de passer à un tout autre système, qui soit plus transparent et efficace tout en demeurant respectueux des droits des policiers.

Désormais, il faut non seulement regagner la confiance d’une partie des citoyens, mais aussi mettre en place un système qui ne puisse plus reproduire les erreurs du passé.

En conservant l’idée d’un bureau des enquêtes indépendantes, il faut aller bien au-delà d’une réformette…

  • Placé sous l’autorité directe du ministre de la Sécurité publique ou, mieux, du ministre de la Justice, un bureau des enquêtes spéciales devrait regrouper, sous deux pôles, criminel et déontologique, l’ensemble des procédures qui seraient menées pour juger l’action des policiers au Québec.
  • Le Commissaire à la déontologie et ses enquêteurs seraient ainsi rattachés à ce bureau, sous l’autorité du directeur, lui-même placé sous l’autorité du ministre.
  • Le Commissaire doit avoir le pouvoir d’obliger les policiers à comparaître lors de son enquête, car il est aberrant que ce ne soit pas le cas actuellement.
  • Tout comme cela se pratique aujourd’hui, les dossiers seraient acheminés par le Commissaire au Comité de déontologie.
  • Il faudrait veiller, bien entendu, à modifier le système en place afin que le plaignant ait le choix du type de procédure à suivre et ne se fasse pas imposer une conciliation s’il ne le désire pas.
  • Les services de police conserveraient la gestion des mesures et des enquêtes disciplinaires, c’est-à-dire relatives au commandement et à l’observation des règles quotidiennes de gestion des services.
  • Tous les autres faits, déontologiques ou criminels, commis par des policiers, en devoir ou non, tomberaient alors sous la compétence du bureau des enquêtes spéciales, qui serait ainsi à même de centraliser toutes les plaintes des citoyens concernant des policiers soupçonnés d’actions criminelles ou de manquements déontologiques et de mener à bien les enquêtes.
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Islamophobie : mythe ou réalité ?

L’islamophobie.

Voilà un mot qui déchaîne les passions et génère des discussions pour le moins animées.

Argument rhétorique destiné à empêcher la critique de la religion musulmane ou réalité sociale ?

Pour certains, c’est l’argument des intégristes et autres « inclusifs » qui refusent de reconnaître et critiquer les travers de la religion musulmane tandis que pour d’autres c’est une réalité qui trouve sa source dans un ensemble d’éléments qui construisent une vision caricaturale de la religion musulmane et conduisent donc à sa stigmatisation.

J’ai assisté cette semaine à la conférence donnée sur ce sujet par le professeur Rachad Antonius et j’ai réalisé un enregistrement audio pour vous présenter à la fois ce sujet et cette conférence dont, à mon avis, l’intérêt principal est de poser le problème en dépassant les faits-divers et l’actualité afin de, ainsi qu’il le dit lui-même « clarifier le sens politique des termes du débat ».

 

Pour écouter l’audio, c’est ici : 

 

Et voici une question Twitter sur le sujet (nous nous entendons pour dire qu’une question Twitter n’a rien d’un sondage d’opinion).

 

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs publications dignes d’intérêt existent sur ce sujet comme cet ouvrage, paru aux Puf,  intitulé « Islamophobie : la fabrique d’un nouveau concept. État des lieux de la recherche ».

À signaler aussi cette étude menée sur les réseaux sociaux par le centre de recherche DEMOS dont les chiffres sont pour le moins inquiétants.

Un sujet qui mérite indubitablement plus de recherches et moins d’avis péremptoires dans les pages « Opinion » des journaux.

Où est Charlie (deux ans après) ?

(Version mise à jour du texte publié en janvier 2016)

Il m’a été demandé, un an après Charlie-Hebdo, de réfléchir à ce qu’était pour moi le slogan Je suis Charlie.

J’avoue avoir eu beaucoup mal à mettre des mots sur la réaction populaire qui s’est cristallisée autour de cette phrase, tant elle emporte une bonne dose de contradictions puisque les uns et les autres l’ont adoptée pour des raisons et des motivations souvent bien différentes.

Je crois que, Je suis Charlie a surtout été une catharsis de masse qui a pris de l’ampleur parce que la formule « fonctionnait » et qu’elle « sonnait bien » sans que ceux et celles qui se disaient « être Charlie » ne sachent vraiment quoi faire au delà de cette déclaration de soutien empreinte de belles et bonnes intentions.

La rédaction de Charlie Hebdo correspondait alors tout à fait à l’idée que l’on voulait se faire de cette liberté de penser et ce droit de rire de tout, si particuliers à la culture française, au point que l’on a souvent dit que c’était à la liberté d’expression que s’étaient attaqués les terroristes alors que ce sont des hommes et des femmes de tous milieux, origines, cultures et religions qui ont été visés par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

On réalise d’autant plus combien le concept « d’attaque contre la liberté d’expression » que traduisait le slogan Je suis Charlie a pris le dessus en constatant deux ans après combien la mort de la policière municipale de Montrouge et l’attaque de l’Hyper-Cacher sont passés au second rang dans les médias qui reviennent sur les attaques menées par les frères Kouachi et Coulibaly.

Certes, le nombre de morts dans l’attaque de Charlie-Hebdo et le fait que les victimes soient pour la plupart des artistes connus a joué un rôle important dans l’imaginaire populaire et la mécanique médiatique qui s’est mise en place après les évènements.

C’est pourquoi, aujourd’hui, deux ans après, je cherche toujours où est Charlie.

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