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Super Bowl, le piège se referme… sur les citoyens

À la veille du Super Bowl, les États-Unis se préparent à une alerte maximale, car après les attentats de Boston, la crainte d’une attaque contre un évènement sportif est montée d’un cran au pays de l’oncle Sam.

Des dizaines d’agences gouvernementales et tout ce que la région compte de forces policières font l’objet d’une mobilisation totale, avec le renfort de l’armée à l’approche du match entre les Panthers et les Broncos.

Tous les moyens technologiques possibles sont bien entendu mis en place avec les portiques détecteurs de métal, la reconnaissance faciale associée à la vidéo surveillance, l’identification automatisée des plaques d’immatriculation et l’interception en temps réel des communications téléphoniques, entre autres gadgets…

Au fond, comment reprocher aux américains un tel déploiement de moyens si l’on pense à l’attentat de Boston ou celui du Bataclan.

Des actions qui nous feraient presque oublier une règle fondamentale de le vie en démocratie, la protection de la vie privée qui, elle, prend franchement le bord dans ce type de situation.

Une situation dont nous sommes désormais tous les otages à cause de cette idée qui s’est imposée au fil des attentats : nous n’avons plus d’autre choix que de réduire nos libertés individuelles pour pouvoir conserver un peu de notre sécurité.

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Plus le vote approche, plus la menace est grande

Je ne sais pas si vous avez remarqué cet étrange parallélisme entre la montée de la menace terroriste, annoncée dans les médias par les responsables politiques, et l’approche du vote de certains textes législatifs justement destinés à lutter contre le terrorisme.

Vous me direz que j’ai l’esprit mal placé et que, quand monte la menace il est normal de prendre les mesures adéquates, et c’est vrai.

Cependant, pour avoir assisté à quelques mises en scènes médiatiques de responsables policiers et ministres de l’intérieur quand je travaillais dans l’antiterrorisme, j’ai développé une fâcheuse tendance à penser que certains n’hésitent pas à surfer sur ladite menace pour sauver leurs carrières et préparer le passage de textes répressifs qui nécessitent une bonne préparation de l’opinion publique.

Quand l’heure est grave et que la menace n’est plus à nos portes mais sur notre sol, qui oserait en effet contester la nécessité de telles mesures, même si elles sont privatives de libertés et que leur efficacité s’avère plus que relative ?

Le bilan plus que mitigé de l’état d’urgence (plus de 3000 perquisitions pour 4 affaires de terrorisme dont une seule traitée par le parquet antiterroriste de Paris) et ses lourdes conséquences sur les libertés individuelles en France n’empêchent pas 79% des français de se déclarer « très favorables » à sa prolongation.

Comment le leur reprocher, puisque le gouvernement berne les français en leur vendant l’image d’un état d’urgence qui protège mieux contre la menace terroriste.

Mais si tel n’est pas le cas ?

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Quand Daesh fait du neuf avec du vieux

On parle beaucoup ces derniers jours de la possibilité en Europe d’un attentat de grande ampleur et en particulier en France où les réseaux djihadistes sévissent depuis suffisamment longtemps et bénéficient de liens assez forts avec la criminalité organisée pour se fournir en armes et en faux papiers en Europe sans avoir désormais besoin d’autre soutien.

La dernière vidéo en date de l’organisation terroriste Daesh – qui, grâce à ses récents attentats et la couverture médiatique qui en résulte, est désormais le groupe qui représente la voie à suivre pour quiconque désire rejoindre le chemin du terrorisme djihadiste – atteste de cette intention de frapper encore plus durement la France que ce ne fut le cas avec les attentats précédents.

Cette vidéo du groupe terroriste, outre les habituelles menaces de nouveaux attentats, met d’ailleurs en scène la chute de la tour Eiffel, vieux fantasme du djihadisme terroriste, et pas seulement celui venu d’irak ou de Syrie.

J’expliquais dans un article sur les stratégies du terrorisme, que les organisations terroristes djihadistes tentent régulièrement de rejouer les scénarios non réalisés dans les tentatives précédentes tout en maintenant au quotidien un niveau de menace aussi élevé que possible.

Comme le disait le sociologue et philosophe Raymond Aron :

« Le terroriste ne veut pas que beaucoup de gens meurent, il veut que beaucoup de gens écoutent. »

Ainsi, en maintenant dans les médias une présence quasi quotidienne par une multitude d’actes de « bas niveau » à réaliser et en cherchant à frapper un « grand coup » par une action qui assurera la visibilité du mouvement pour une décennie comme ce fut le cas avec le 11/9 pour Al qaida, le terrorisme assure pleinement l’objectif qui est le sien.

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Bureau des enquêtes (in)dépendantes

Cette semaine, le quotidien Le Devoir faisait état de l’intervention du ministre de la sécurité publique suppléant, Pierre Moreau, dans le processus de nomination de trois civils à des postes d’enquêteurs, mettant ainsi entre parenthèses la notion primordiale d’indépendance de ce nouvel organisme.
Toujours selon Le Devoir, le ministre aurait enjoint au BEI (Bureau des Enquêtes Indépendantes) de lui proposer « d’autres policiers de la Sureté du Québec [et] autochtones », ce que dément le cabinet du ministre.
Mais cela n’est pas le plus inquiétant.

Pour bien comprendre ce qui est actuellement en train de se jouer, il faut reprendre les choses depuis le début.

Les résultats des enquêtes de la police sur la police

Sur la base d’une recherche que j’avais menée en octobre 2013, j’ai pu établir que sur 416 enquêtes « indépendantes » menées par un corps policier sur un autre corps policier entre 1999 et juin 2013 :

  • 379 n’avaient débouché sur aucune mise en accusation,
  • 34 enquêtes n’avaient pas été complétées,
  • 3 mises en accusation avaient été effectuées.

Ceci nous donnant un taux de mise en accusation de 0,72% sur le nombre d’enquêtes réalisées.

Bien entendu, aucune statistique de mise en accusation des policiers ne peut être comparée à celles des cas « courants », mais le chiffre de 99,28% de dossiers d’enquêtes de policiers sur des policiers qui ne mènent à aucune suite judiciaire, a tout de même de quoi nous interpeller.

Deux projets de loi, deux visions différentes

À la fin de l’année 2011, le gouvernement libéral propose le projet de loi 46 qui veut instaurer une sorte de comité de surveillance civil des enquêtes menées par les corps policiers sur les actes commis par d’autres policiers. Il faut dire que la pression de l’opinion se fait sentir après plusieurs cas médiatisés comme ceux des décès sous les balles policières de Patrick Saulnier (décédé le 5 février 2010, Mario Hamel (décédé le 7 juin 2011) et Patrick Limoges (décédé le 7 juin 2011), pour ne citer que ceux là.

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Après Taubira, le tout sécuritaire

Je ne suis pas un fervent admirateur de Christiane Taubira, dont le plus grand tort aura été de ne pas avoir su démontrer aux citoyens que la justice fonctionne sereinement face à une criminalité qui, bien que statistiquement en baisse dans certains domaines, vient rendre de plus en plus difficile le quotidien de monsieur et madame tout le monde.

Le principal problème avec l’ancienne garde des Sceaux, aura été finalement que ses discours, parfois enflammés et souvent très brillants, laissaient beaucoup de place au doute quant à sa façon d’appréhender son rôle et dans quel ordre de priorité elle entendait assurer le bon déroulement de la justice tout en veillant à ce qu’elle soit plus humaine et efficace.

Ceci étant, l’Histoire dira si le bilan de C. Taubira est aussi calamiteux que la droite nous le dit, ce dont on pourrait douter en lisant les statistiques liées à sa politique pénale, sans oublier de se rappeler que la politique d’aménagement des peines est avant tout une initiative de droite.

Au delà donc du départ de C. Taubira, qui était l’une des rares ministres à mettre ses actes en conformité avec ses paroles, ce qu’il faut marquer d’une pierre blanche c’est la nomination de Jean-Jacques Urvoas pour la remplacer.

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Où est Charlie ?

Il m’a été demandé, un an après Charlie-Hebdo, de réfléchir à ce qu’était pour moi le slogan Je suis Charlie.

J’avoue avoir eu beaucoup mal à mettre des mots sur la réaction populaire qui s’est cristallisée autour de cette phrase, tant elle emporte une bonne dose de contradictions puisque les uns et les autres l’ont adoptée pour des raisons et des motivations souvent bien différentes.

Je crois que, Je suis Charlie a surtout été une catharsis de masse qui a pris de l’ampleur parce que la formule « fonctionnait » et qu’elle « sonnait bien » sans que ceux et celles qui se disaient « être Charlie » ne sachent vraiment quoi faire au delà de cette déclaration de soutien empreinte de belles et bonnes intentions.

La rédaction de Charlie Hebdo correspondait alors bien à l’idée que l’on voulait se faire de cette liberté de penser et ce droit de rire de tout, si particuliers à la culture française, au point que l’on a souvent dit que c’était à la liberté d’expression que s’étaient attaqués les terroristes alors que ce sont des hommes et des femmes de tous milieux, origines, cultures et religions qui ont été visés par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

C’est pourquoi, aujourd’hui, un an après, je cherche encore où est Charlie.

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