Moncton : un tueur si proche

Ce mercredi à 22h30, le bilan du parcours meurtrier du tireur de Moncton semble être de trois morts.

L’homme court toujours et il est lourdement armé. Réfugié dans un boisé, il sera difficile à débusquer et les policiers qui vont s’y aventurer vont courir de gros risques.
L’idéal serait évidemment de pouvoir attendre et faire intervenir des unités spécialisées avec du matériel plus performant et notamment des visées nocturnes et des détecteurs thermiques.
Mais pendant ce temps là, le risque est grand que l’homme sorte de la zone qui est impossible à sécuriser en entier…
Un dilemme opérationnel d’importance !

Pendant ce temps, les photos qui circulent de l’homme sur les réseaux sociaux montrent un indivividu en tenue militaire avec un fusil à pompe (type calibre 12) et une arme longue visiblement de gros calibre.

D’après les forces de l’ordre, l’homme se nomme Justin Bourque et une rapide recherche sur le web permet de trouver une page Facebook qui semble être celle du tueur.

Il s’agit d’une page sur laquelle deux hommes trônent au milieu d’un amas de munitions avec les armes à la main.
Une page Facebook qui laisse à penser que l’homme évolue dans une idéologie anti-gouvernementale du type défense des droits civils à l’américaine…

Ne pouvant vérifier à cette heure s’il s’agit avec certitude de la bonne page, je préfère ne pas la placer ici, mais voici ce que l’on peut y lire dans le dernier statut mis en ligne dans l’après midi (ce sont les paroles du groupe Mégadeath) :

Capture d’écran 2014-06-04 à 22
Rien de très bienveillant on le comprend assez vite.
Cette page Facebook déborde d’ailleurs de statuts orientés contre les forces de l’ordre, les politiciens ou ceux qui veulent contrôler la détention des armes.

Un exemple ? Cette photo postée au mois d’avril, qui en dit long sur le message porté par le titulaire de cette page.

Capture d’écran 2014-06-04 à 22Évidemment personne ne connait encore les motivations de celui qui habite visiblement Moncton, semblait s’entrainer activement au tir et pratiquait de façon intensive le Paintball, ce jeu de simulation de combat avec des armes qui tirent des billes contenant du colorant.

Demain, les habitants de Moncton vont se réveiller sous le choc et certains se diront qu’ils connaissent très bien ce « tueur si proche ».

Il faudra essayer de comprendre pourquoi ce jeune homme est sorti de chez lui les armes à la main et pourquoi il s’en est pris ainsi à plusieurs policiers.

Parce qu’ils sont les représentants d’un État qu’il considère comme corrompu, parce qu’il voulait se venger d’une injustice, parce qu’il est « malade » ?

Il faudra savoir comment un homme seul a pu tuer trois policiers équipés de gilets pare-balles, qui intervenaient justement sur les lieux de coups de feu.

Il faudra répondre à ces questions.

Mais il faudra – une fois de plus – se poser la question : pourquoi cet homme détenait ces armes et pourquoi nos sociétés qui bannissent partout la violence, tolèrent que chacun puisse, avec un minimum de contrôle, posséder chez lui de quoi tuer plusieurs patrouilles de policiers.

Mise à jour 23h45 : Tout aussi surprenant, quelques heures seulement après le début du drame, plusieurs pages au nom du tireur ont été crées, dont certaines atteignent déjà plus de 350 membres, comme celle-ci :

Capture d’écran 2014-06-04 à 23

– Paru au JdM le 4 juin 2014

Il faut un registre des armes à feu pour le Québec

Finalement, le Québec a peut-être encore une chance d’avoir un jour un registre des armes à feu. Même mince, cette chance doit être tentée car un registre des armes à feu est un outil utile à plus d’un motif.

Un tel registre n’est pas plus contraignant que celui des permis de conduire et l’argument de l’atteinte aux libertés individuelles n’a aucun sens si nous considérons le nombre de fois où nous acceptons d’être fichés pour des motifs bien moins importants que celui de détenir une arme.

Si ce fichier est coûteux, c’est certainement plus parce qu’il est mal conçu qu’autre chose. Tous les pays disposent de fichiers de toutes sortes qui vont des permis de conduire jusqu’à l’ADN et personne n’a jamais entendu parler de problèmes de coûts pour ceux là. Pourquoi celui-ci serait alors spécifiquement coûteux ?

On dit que le registre des armes à feux n’empêchera pas quelqu’un de tuer avec son arme.
C’est en partie vrai, en partie seulement car si ce fichier permet d’identifier rapidement le détenteur d’une arme, cela peut s’avérer très utile pour l’empêcher de nuire à nouveau en donnant de précieux éléments pour les policiers.

Pour les policiers justement. C’est le plus souvent lors des visites à domicile que les policiers sont blessés ou victimes de tirs par des citoyens et il est donc primordial pour leur sécurité qu’ils puissent interroger un fichier – qui soit convenablement tenu – pour savoir dans quel type d’intervention ils s’engagent et en adapter éventuellement le niveau en appelant les groupes d’intervention s’il apparait que le propriétaire des lieux possède une arme à feu.

En France, j’ai assisté dans les années 90 à la disparition du fichier qui était alors détenu par chaque poste de police pour les résidents du quartier. Cet outil permettait aux policiers de faire un suivi précis des armes à feu et a souvent aidé à identifier rapidement l’utilisateur d’une arme avant qu’il ne récidive. Après son démantèlement, on aurait dit que les armes avaient « disparues dans la nature » phénomène plutôt inquiétant pour qui se préoccupe de la sécurité de ses concitoyens.

Bien entendu, cela ne change rien pour les criminels qui se servent d’armes acquises sous le manteau. Cependant, il s’agit là d’un argument fallacieux, car si on considère qu’il y a un danger à voir circuler des armes sous le manteau il n’y a donc aucune raison que l’on ne souhaite pas essayer de réglementer, autant que possible, la circulation de celles légalement achetées pour éviter justement qu’elles ne rejoignent un jour le trafic.

– Paru au JdM le 21 novembre 2013