Boko Haram, faut-il tous les tuer ?

 

Finalement les gouvernements ont donné suite au mouvement médiatique #BringBackourgirls, ce mot-clef utilisé sur les réseaux sociaux pour soutenir une action en vue de la libération des écolières nigérianes.

Je dis une suite « médiatique », parce que sur le terrain les agents des services secrets des principales puissances s’agitaient déjà afin de préparer des actions ou un soutien au gouvernement Nigérian qui ne s’était pas jusque là montré très enthousiaste à l’idée de voir les forces spéciales américaines ou françaises venir jouer ouvertement dans sa cour.

Aujourd’hui on apprend que Boko Haram veut négocier la libération des jeunes filles (combien ?) contre des prisonniers.

La question qui se pose une fois de plus est : doit-on négocier avec les terroristes ?

Celle qui suit évidemment est : pourquoi ne pas en éliminer autant que possible et récupérer les jeunes filles ?

Outre les questions techniques et opérationnelles (localiser le maximum d’écolières), il ne faut pas craindre les représailles sur les autres jeunes filles en cas d’attaque.

Au delà de ça, il s’agit évidemment d’une question morale.

La lutte contre le terrorisme ou la barbarie autorise t-elle les démocraties à utiliser des « commandos de la mort » ?

Les américains ont, depuis le 11 septembre 2001, répondu à cette question avec le Joint Spécial Opération Command (JSOC) qui est un corps « militaire » formé de soldats et de mercenaires qui dispose d’une autorisation quasi permanente de tuer au Pakistan, au Yemen ou encore en Afghanistan.

Alors, faut-il tuer ces « salopards » comme le pensent – et le font – les américains ?

La question n’est pas seulement opérationnelle ou stratégique comme le prétend le gouvernement des États-Unis, elle est aussi politique et philosophique.

Vous comprendrez-donc que je n’ai pas l’intention d’essayer d’y répondre ici, mais après avoir passé des années à courir après des terroristes aux quatre coins de l’Europe, je trouve que cette question doit être posée en tant que débat de société et non pas comme une réponse opérationnelle à l’horreur du terrorisme.

Une réflexion pour terminer.

La peine de mort pour les assassins de « droit commun » fait l’objet d’un tel débat et se règle entre parlementaires qui votent, ou pas, pour son abolition.

Pourquoi n’en est-il pas de même quand il s’agit d’aller tuer des dizaines d’hommes et de femmes à l’autre bout de la planète ?

Il faudrait poser la question au gouvernement américain…

– Paru au JdM le 12 mai 2014

Nous payons pour la collusion

Deux nouvelles lues ce matin dans le journal viennent se télescoper pour cette chronique.

D’abord la MTQ qui a haussé les montants de ses contrats pour s’ajuster à la collusion qui sévissait dans le domaine de la construction.

Quand le système en vient à ce point à intégrer si bien les mécanismes crapuleux, ceux-ci deviennent eux-mêmes le système !

L’autre nouvelle est celle de la fin de non-recevoir de la cour supérieure au recours collectif de citoyens qui réclamaient – en tant que contribuables – le droit de recouvrer les sommes trop perçues à cause des manœuvres de collusion mises à jour par la commission Charbonneau.

Le juge ayant entendu la cause a repoussé ce recours au motif que le lien entre les malversations (et donc les hausses) et les citoyens était trop faible et que c’était surtout la ville de Montréal qui avait été victime…

Ce juge devrait peut-être lire la première de ces deux nouvelles et nous expliquer qui paye pour les dépassements dans les travaux publics si ce n’est pas le citoyen ?

Allez, je referme le journal sinon je vais devenir désagréable en vous parlant de la lieutenante-gouverneure qui, elle, se faisait payer deux fois son loyer !

– Paru le 9 mai 2014

Photo de l’autopatrouille : prudence et mesure.

Je ne suis pas le dernier à relever les dysfonctionnements ou les errements des corps policiers quand cela arrive.

Cette fois-ci je suis de ceux qui disent qu’il faut mettre un frein à l’emballement, ou en tout cas attendre que les choses s’éclaircissent avant de réclamer la sentence la plus lourde pour les policiers mis en cause dans le dossier de la semaine.

Je m’explique : on parle ici de l’affaire qui a fait le tour des réseaux sociaux avant d’atteindre rapidement la presse « traditionnelle », à savoir la photo du policier dans son autopatrouille avec une fille probablement assise sur ses genoux.

Certes, la photo est sans équivoque sur le fait qu’une jeune femme se trouve bel et bien dans une autopatrouille assise à l’avant, sur les genoux ou très très proche d’un policier qui semble particulièrement « attentionné ».
Rien que cela, sans s’avancer sur ce que faisait son équipier durant ce temps là, est constitutif d’une attitude fautive qui mérite une sanction.

Cependant, trop de zones d’ombre persistent à cette heure pour que l’on puisse vouer ces policiers aux poursuites pénales de grossière indécence ou d’attentat à la pudeur comme on a pu le lire ici ou là sur le web.
Rien ne prouve en effet que la jeune femme était plus déshabillée qu’une simple épaule dénudée et que la rencontre se soit réellement achevée par des actes sexuels comme certains le prétendent.

Pourquoi une telle prudence de ma part ?

Tout simplement parce que trop de versions contradictoires ont été avancées par les personnes impliquées, soit la personne ayant prise cette photo et la jeune femme sur la photo.
Il semble qu’aucune de ces deux femmes ne souhaite parler à la police et répondre à leurs questions. Pourquoi ? Ont-elles quelque chose à cacher ?
Si elles manquent de confiance dans les autorités, pourquoi ne disent-elles pas quelles en sont les raisons…

Je soutiens qu’il faut plus de transparence et d’imputabilité dans les rangs des forces de l’ordre au Québec, mais pas à n’importe quel prix et pas à celui d’accusations anonymes.

On nous dit, de plus, que les deux femmes se connaissaient.
Si oui, pourquoi avoir mis son amie dans l’embarras alors ?

Bref, mon instinct me dit qu’il y a anguille sous roche, ou en tout cas que tout n’est pas clair.

Soulignons, cette fois-ci, que la ministre de la sécurité publique s’est exprimée pour souligner la mauvaise conduite des policiers, la Fraternité lui en fera sûrement le reproche !
Je dis bravo, même si le propos est très mesuré, il est important d’envoyer un message de droiture aux policiers.

Reste donc qu’au moins un policier s’est rendu responsable d’un comportement totalement inapproprié pour quelqu’un qui porte un uniforme.

Et oui, cela peut arriver à tout le monde, mais quand on est policier ça amène des sanctions… C’est la règle du jeu !

Ne comptez pas non plus sur moi pour éluder ça pour autant.

– Paru au JdM le 30 mai 2014

1186 politiciens assassinés en 30 ans au Canada

Imaginez : tous les ans, près de quarante politiciens sont assassinés à travers le Canada.

Certains disparaissent tout simplement sans que l’on entende plus jamais parler d’eux, tandis qu’ici ou là, on retrouve de temps en temps le corps d’un autre.
Quelques uns ont été violés, d’autres mutilés par des meurtriers qui restent pour la plupart dans l’ombre d’enquêtes policières qui n’ont pas abouties…

Depuis des années, des groupes de pression tentent d’alerter l’opinion publique sur cette horreur et surtout d’initier une commission d’enquête parlementaire qui permettrait certainement de mettre à jour les interstices des enquêtes menées par les différents corps de police dans lesquels se sont glissés les assassins de ces hommes et ces femmes politiques.

Tout ceci n’est que de la fiction bien entendu.

Évidemment, vous avez entendu dans les médias aujourd’hui qu’il s’agissait du recensement par la GRC du nombre de femmes ou filles autochtones assassinées ou disparues depuis 30 ans.
Un chiffre encore plus élevé que celui avancé par les nombreuses associations qui demandent depuis des années que l’on s’intéresse à cet actes criminels qui touchent en particulier les femmes d’une communauté.

En faisant une rapide recherche, je n’ai trouvé aucune trace d’un phénomène criminel de ce genre touchant une autre catégorie de personnes à une telle échelle.

Des enquêtes ont été menées dans de nombreux cas bien entendu, mais les rapports qui soulèvent le laxisme des autorités sont trop nombreux pour être ignorés, quand on ne parle pas d’une responsabilité directe de certains services policiers et en particulier de la GRC qui est elle-même pointée du doigt.

Est-ce la raison pour laquelle le rapport parlementaire récemment déposé ne recommandait pas l’instauration d’une commission parlementaire, au grand regret de l’Association des femmes autochtones du Canada ?

Ou est-ce parce que, contrairement au titre de cet article qui vous a incité à le lire, il ne s’agissait « que » de filles et femmes autochtones et non pas de politiciens, docteurs, chercheurs ou journalistes ?

– Paru dans le JdM le 2 mai 2014

Les relationnistes du terrorisme

 

 

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Source Le Monde

Savez-vous qui sont les meilleurs relationnistes du djihad et en particulier d’Al Qaïda ?

Les journaux et les hebdomadaires qui font leurs choux gras depuis plus de dix ans avec des gros titres dignes de la NFL, du genre : «Abou Machin la terreur du maghreb» ou encore cette fois-ci dans le journal Le Monde «Abou Bakr Al-Baghdadi, le nouveau Ben Laden » !

Cela fait plus de dix ans que ça dure, depuis le 11 septembre, et que nous avons droit à des titres dignes de publicité corporatives pour souligner combien les terroristes sont efficaces et redoutables.

Quand Al Qaïda a commencé à installer sa stratégie d’attentats à l’échelle mondiale, il y a avait un élément que les terroristes ne pouvaient maitriser mais sur lequel ils comptaient tout particulièrement : qu’on parle d’eux et que les grands médias se fassent le relais de leur message de haine et de terreur.

Parce que, pour les terroristes, il ne suffit pas de tuer, d’assassiner, piller ou violer… Encore faut-il que ça se sache.

Et sur ce point, on peut dire que les terroristes ont gagné sur toute la ligne et même au delà de leurs rêves les plus fous.

Ben Laden, Ayman al-Zawahiri, Richard Reid ou Mohammed Atta sont aussi connus que Magic Johnson ou Mohamed Ali et ont fait plus souvent les premières pages des journaux que les personnalités les plus en vue de la planète.

Les médias, eux, engrangent des ventes avec des titres racoleurs et flatteurs pour ceux dont le but n’est autre que de faire parler de leur cause.

On se rapproche bientôt d’un deal « donnant donnant » : je tue beaucoup de monde pour que tu puisses faire des gros titres qui me pousseront à tuer encore plus de monde pour qu’on continue d’en parler encore plus…

Et on s’étonne qu’à Montréal, Paris, Milan, Berlin, Londres ou ailleurs, des milliers de jeunes fouillent le web pour suivre les traces de ces nouveaux « modèles » !

– Paru au JdM le 29 mai 2014

Police : quand les dirigeants s’en tirent à bon compte

On y allait dans la joie et la bonne humeur entre guillemets, on jouait sur notre qualité de policiers, on négociait les prix en disant : c’est combien pour la police, tu viens d’où, tu as quel âge ?
Je suis terrifié de passer devant la cour d’assises parce que je ne me considère pas comme un violeur, je me considère comme quelqu’un qui a commis beaucoup d’erreurs (…) J’ai honte d’être considéré comme un violeur, j’ai honte de ce que j’ai fait.

Celui qui dit cela est un policier français d’une trentaine d’années qui a été poursuivi en 2007 pour viol sur plusieurs prostituées, avec la circonstance aggravante que les faits étaient commis en utilisant le statut de policier.
Comme il le raconte dans cet article, il n’était pas seul et, plus troublant, il dit que sa hiérarchie n’ignorait rien de ces agissements.

L’enquête de l’Inspection générale des services (IGS, la police des polices) notait à l’époque « que les faits ne sont pas isolés et exclusivement dus à une consommation d’alcool, mais font partie de pratiques répandues auprès de plusieurs membres de leur section ».

Les questions que posent les déclarations de ce jeune policier sont évidemment inquiétantes : comment des policiers peuvent se laisser aller à commettre de tels actes et comment se fait-il qu’ils ne semblent pas avoir conscience de la gravité de leurs actions, alors même qu’ils sont policiers ?

Au delà de ce que l’on peut imaginer être une ligne de défense, il existe dans ces types de dossiers une composante collective importante puisque l’on comprend bien que le fait que ces hommes agissent en groupe leur laisse à penser que « si les autres aussi le font », ce n’est finalement pas si grave. Surtout si le chef le sait et ne dit rien…

Cette dérive des valeurs morales et déontologiques que l’on rencontre parfois dans certaines affaires mettant en cause des policiers soulève toujours pour moi une question que les enquêtes tant judiciaires qu’administratives ont trop souvent tendance à laisser de côté, à savoir la responsabilité de l’encadrement et de la hiérarchie en général.

En effet, pour qu’un policier en arrive à se comporter ainsi, il faut bien que le système – ou le groupe – dans lequel il évolue en soit arrivé à un niveau tel de perte de repères moraux et légaux que rien ne vienne rappeler aux individus qu’ils font fausse route ou commettent des actes non seulement contraires à la déontologie, mais aussi criminels.

Avec l’expérience qui est la mienne du milieu policier, tant sur le terrain que du point de vue syndical, je suis convaincu que sans la « culture de groupe » qui favorise souvent ces comportements, le nombre de policiers qui se livreraient à de tels actes serait bien plus limité.

Il est en effet simple à comprendre qu’un milieu professionnel ou un groupe « sain » et bien administré rendent plus difficile la déviance de leurs membres, ou en tout cas, limite les choses à quelques cas isolés. À l’inverse, une structure ou une équipe de policiers au sein de laquelle la règle deviendrait justement la violation des règlements et le laisser aller collectif, ne laisse guère la place à un comportement individuel « normal » en son sein… et facilitera les dérapages.

Cela ne doit évidemment pas dédouaner les individus de leurs propres turpitudes, mais il est bon aussi d’aller au delà des simples responsabilités individuelles car c’est ainsi que l’on devrait pouvoir mettre en cause la responsabilité des dirigeants des organisations concernées ce qui est, disons-le, très rare dans ce genre de dossiers.

Dans cette affaire, les trois policiers principalement mis en cause ont été condamnés à 7 ans d’emprisonnement.

Seuls ces policiers ont fait face à un jugement pénal, les responsables de cette unité n’ayant pas été inquiétés par la justice.

Quelques temps après, cette unité (la 7e compagnie de CRS) a de nouveau fait parler d’elle, cette fois pour avoir racketté des chauffeurs de taxis…

– Paru au JdM le 29 avril 2014