MH370, perdu en plein ciel

VOLATILISÉ EN PLEIN CIEL

C’est la question qui tourne en rond dans les médias, comment un avion peut-il ainsi se « perdre » en plein ciel ?
Voilà plus 48h que le vol MH370 a disparu et l’impatience gagne le gouvernement Chinois qui presse les autorités Malaisiennes de faire plus pour retrouver cet avion qui a disparu des radars vendredi dernier.
Ce qui intrigue le plus évidemment, c’est l’absence de message de la part des pilotes de ce vol, qui laisse supposer un accident soudain et de grande envergure.

QUITTER LE RADAR

Contrairement à ce que l’on peut penser, les avions ne sont pas suivis à la minute près par les radars durant tout le vol, ils ne le sont avec précision que dans les zones à forte concentration d’avions afin d’éviter les collisions.
Au moment de quitter cette zone, le pilote reçoit les coordonnées de sa route et des points de contrôles auxquels il doit prendre contact par radio haute fréquence avec les contrôleurs aériens.
En dehors de ces zones, au dessus d’un désert ou d’un océan par exemple, l’avion fait sa route en envoyant des données de vol avec une régularité qui varie en fonction des équipements à son bord.
Le vol MH370 a soudainement quitté les radars civils ce qui explique les difficultés à le localiser avec précision, comme ce fut le cas avec le vol d’Air France Rio-Paris, qui avait disparu en 2009 dans ces circonstances un peu similaires.

LES DONNÉES ACARS

Cependant l’avion n’est pas totalement « muet » puisqu’il existe un système de transmission des données en vol, appelé ACARS.
Il s’agit d’un flot d’informations de maintenance, transmises au fil du vol par satellite, à une fréquence d’une dizaine de minutes.
Cet avion de Malaysia Airlines était-il équipé de ce système ?
Les autorité Malaisiennes se sont refusées à commenter ce point, ce qui irrite le gouvernement Chinois dont les ressortissants composent l’immense majorité des passagers de ce vol.
En l’absence de ce type de données, on s’en remettra au dernier contact radio.
Avec le vitesse de croisière d’un avion de ce type, plusieurs centaines de kilomètres auront été parcourus entre les contacts ACARS toutes les dix minutes et plus encore entre les messages radio qui interviennent autour des 30 minutes.
Ceci peut donc expliquer ce délai avant localisation de l’épave.

AUCUN MESSAGE DE DÉTRESSE

Un point intriguant, que celui de l’absence de message par radio ou de message de S.O.S. par le vol MH370.
Pour le premier point, on peut imaginer que les pilotes ont été empêchés de passer un tel message, soit par manque de temps – explosion soudaine – soit parce que l’avion était sous le contrôle de terroristes.
Pour le second il faut savoir que les balises de détresse émettent en en très haute fréquence (VHF) et ont une portée inférieure à 300kms.
Sans système pour recevoir le message dans ce rayon, un bateau ou un autre avion, celui-ci se sera perdu.
Évidemment, on peut aussi penser que les balises ont été instantanément détruites en plein vol, empêchant la transmission de quelque message que ce soit.

LA PISTE TERRORISTE

Ajoutons à ces éléments ceux des passeports déclarés perdus ou volés (ce n’est pas clair car tous les services de police ne font pas forcément la différence lors d’une déclaration du propriétaire) au même endroit, Phuket, à dix-huit mois d’intervalle et le fait que les deux hommes qui utilisent ces passeports auraient acheté leurs billets ensemble et nous voilà face à la piste de l’acte terroriste.
Une piste qui ne doit pas nous écarter de l’hypothèse, très improbable tout de même selon les spécialistes en aéronautique, d’une explosion en plein vol qui ne soit pas consécutive à un acte terroriste.
Ceci dit, le Boeing 777 est réputé pour sa fiabilité et moins de 10% des accidents arrivent durant une phase de vol.
Il serait enfin extrêmement surprenant que dans de telles circonstances, aucun membre d’équipage n’ait pu contacter les contrôleurs par radio, même si la priorité en cas d’incident à bord reste de tenter de conserver la maitrise de l’avion avant d’entreprendre un contact radio.

LES HYPOTHÈSES TERRORISTES

Restent alors trois autres hypothèses :

– Celle d’un acte volontaire, du pilote ou du copilote, qui aurait décidé de jeter l’avion dans l’océan.
C’est la cause retenue par les autorités américaines dans le cas du vol 990 d’Egypte Air en 1999, tandis que les Égyptiens attribuent l’écrasement de cet avion à une défaillance technique.

– L’explosion d’une bombe en plein vol, détruisant l’avion instantanément.
Comme dans le cas de l’attentat contre le vol 103 de la Pan Am en 1988 qui s’est désintégré en plein vol au dessus de la ville de Lockerbie, causant près de 300 morts.
On peut facilement penser que les deux passagers ayant embarqué sous une fausse identité aient pu faire monter une bombe à bord de l’avion, que ce soit en cabine ou en soute.
Ceci expliquerait peut-être le choix de l’aéroport de départ en fonction de règles de sécurité moins sévères qu’en Europe ou aux USA par exemple.

– La prise de contrôle du vol par des terroristes.
On revient ici sur le scénario bien connu du 11 septembre 2001 et même si nous ne sommes plus du tout dans les mêmes conditions de sécurité, puisque de nombreux systèmes ont été mis en place à bord des vols depuis, cette hypothèse reste très plausible.
Le 11 septembre 2001 n’est pas le seul cas de scénario de détournement d’avion et plusieurs autres tentatives ont été empêchées avant et après.

Des suppositions qui vont rapidement se confirmer ou s’infirmer, principalement en fonction de l’identification des deux passagers suspects, mais aussi de la découverte des débris et de l’épave de l’avion avec sa boite noire.

À suivre donc…

* L’auteur de cette chronique a exercé plus de dix ans dans le domaine des enquêtes antiterroristes et participé à plusieurs dossiers liés à des détournements d’avions.

– Paru au JdM le 10 mars 2014

L’ex policier Roberge veut-il une entente ?

DÈS LE DÉBUT…

L’ex policier Benoît Roberge est-il en train de se magasiner une entente ?
Dès son arrestation, on m’a rapporté qu’il avait évoqué l’idée d’une entente mais que les policiers étaient tellement furieux de ce qu’ils venaient de découvrir, que le sujet avait été mis de côté.
Malgré tout, l’implication de Benoît Roberge dans un nombre important de dossiers clefs en font un homme désormais devenu dangereux pour le système.
La « sainte colère » de ses confrères et de quelques membres du système de justice au moment de son arrestation est-elle en train de céder la place au pragmatisme et à la gestion de crise ?

DES ACTES CRIMINELS AVANT 2010 ?

On nous dit aujourd’hui que les activités criminelles de Roberge remontent à 2010…
Pourquoi pas avant ?
Imaginez que Benoît Roberge soit impliqué dans d’autres dossiers bien avant cette date.
En quoi cela serait-il surprenant ?
Benoît Roberge aurait-il noué des liens aussi étroits avec le milieu qu’il était censé combattre en seulement deux ans avant son départ à la retraite ?
Beaucoup trop d’indices penchent dans le sens d’une implication bien plus ancienne dans le milieu criminel. Pour les curieux, relisez le billet que j’avais écris au sujet des dossiers « étranges » auxquels Benoît Roberge avait été mêlé.
Il ne serait pas surprenant que l’on soit plus proche de 2000 que de 2013 !

DE VIEUX DOSSIERS

Et si Benoît Roberge déballait des années de corruption et de compromission avec le monde criminel, quels seraient les dégâts pour la police et la justice ?
Ils seraient terribles !
Car Roberge n’est malheureusement pas le « cas isolé » dont on nous parle et il existe d’autres dossiers de policiers corrompus qui œuvraient dans les Équipes Régionales Mixtes de l’époque, qui se sont réglés sous le manteau.
Avant les années 2000 même, des délateurs se sont plaints des pratiques criminelles de certains policiers en charge de leur gestion et surtout de malversations au sujet des fameuses « primes » qui leur étaient remises… partiellement. Je parle ici de dossiers dans lesquels des policiers tels que Roberge, ceux des mêmes unités étaient impliqués.
On dira alors que ces informateurs ne sont pas fiables et qu’ils veulent se venger. Ce ne sont que des voyous !
Des voyous qui sont pourtant assez bons pour envoyer en prison des wagons entiers de Hells Angels lorsqu’ils témoignent dans les méga-procès !

PAS D’ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE

En renonçant à son enquête préliminaire, Benoît Roberge donne maintenant le signal d’une entente à venir.
Il n’avait pas intérêt à voir défiler les éléments à charge et s’offre par la même occasion un outil de négociation.
Les procureurs ne souhaitent pas non plus voir s’ouvrir la boite de Pandore d’où sortiraient des noms, des faits et des jugements qu’il vaut certainement mieux laisser là où ils sont.
Ce serait, finalement, un deal gagnant pour tout le monde.

DIRE LE DROIT OU LA VÉRITÉ ?

Dire le droit est une chose, mais cela ne revient pas toujours à dire l’entière vérité qui se cache parfois derrière le paravent des décisions négociées.
Car, contrairement à ce que le système dans lequel nous sommes à tendance à nous le laisser croire, il n’y a pas que deux parties à la justice.
Les citoyens aussi sont les acteurs de ce système et ils ont le droit de savoir.
La justice a le devoir de faire la lumière et nous éclairer sur ces situations.
Refuser d’aller au fond du problème et de gratter la plaie, même si cela fait mal, c’est accepter de laisser certains faire perdurer le système.
La compromis n’est-il pas l’ennemi de la vérité ?

Il est temps que la justice fasse preuve d’un peu d’aveuglement plutôt que de trop de lucidité molle, afin que nous connaissions enfin la nature et la profondeur réelle du mal qui a gangréné des années durant des groupes entiers de policiers.

– Paru au JdM le 24 février 2014

Police : repenser l’intervention

AVIS SUR TROIS MORTS À TORONTO

La nouvelle est presque passée inaperçue.
À Toronto une enquête du coroner vient de mener à des conclusions relatives aux interventions policières après la mort de trois personnes tuées par des policiers alors qu’elles étaient en possession d’armes blanches.
Voilà qui devrait faire écho à ce que nous rencontrons à Montréal depuis quelques années.
Ce que dit le jury affecté à cette enquête, c’est que les policiers doivent être mieux formés aux interventions avec des personnes souffrant de troubles mentaux.
Plus précisément, ce que les articles qui en faisaient mention ont traduit de façon erronée – à mon sens – par une meilleure formation en santé mentale, le jury préconise une autre approche que celle de l’intervention « classique » en tenant compte de l’état psychologique de celui ou celle qui fait l’objet de l’action policière.

LES CAS QUI DÉRAPENT

À mon avis, les policiers appliquent trop souvent de façon mécanique les procédures d’intervention et les protocoles de défense, sans se préoccuper de la psychologie des gens qu’ils ont face à eux.
Bien entendu un grand nombre d’interventions « difficiles » se terminent bien, mais il faut s’intéresser à celles qui dérapent et finissent par des tirs policiers car il est maintenant plus qu’évident que quelque chose dysfonctionne de façon identique dans ces dernières.
Ainsi, ce qu’indique ce jury en Ontario tombe sous le sens : équiper les policiers de boucliers ou utiliser en priorité les armes intermédiaires.

TROP DE TECHNIQUE ET PAS ASSEZ DE PSYCHOLOGIE

Mais aussi, tenir compte de la psychologie du « sujet » de l’intervention.
Et c’est sur ce point, à mon avis, que se cristallise le risque de voir l’intervention mal se terminer.
Vous pouvez appliquer les meilleurs protocoles du monde et donner autant d’avertissements que vous voulez à un individu en lui demandant de poser son arme, mais si il ne comprend pas, ou n’est pas en mesure « d’entendre » ce que vous dites, vous aurez perdu un temps précieux à appliquer vos recettes tactiques et aurez gâché à peu près toute chance d’entrer en communication avec lui.
Il ne faut pourtant pas s’attendre en effet à ce que quelqu’un qui entend des voix et qui croit que les extraterrestres veulent le tuer (ce délire est plus courant qu’on ne le pense) se mette à suivre les consignes de gens habillés en noir qui s’agitent autour de lui en criant avec des armes à la main…
Inutile de vous dire ce qu’il en est quand la personne a préalablement été frappée par un véhicule de police.

REVOIR TOUTE L’APPROCHE DE L’INTERVENTION

Bref, c’est toute l’approche de l’intervention et même son organisation tactique qui est à revoir dans ce cas.
Par exemple que le policier qui connait l’individu ou son nom (ce qui arrive souvent) tente d’établir le contact, tandis que ses coéquipiers se positionnent en protection avec leurs armes mais de façon plus discrète qu’habituellement.
En effet, ce qui dissuaderait un citoyen momentanément énervé, une arme pointée sur le torse, est plutôt susceptible de mettre en mode panique un homme en pleine crise.
Ceci ne veut pas dire que les policiers doivent agir de façon inconsidérée, mais qu’il leur faut tenir compte de l’état et de la nature du délire de la personne en face d’eux, en cherchant à désamorcer cette crise plutôt que l’aggraver par un comportement qui passera obligatoirement pour agressif.

PAS DES SPÉCIALISTES EN SANTÉ MENTALE

Il ne s’agit pas de faire des policiers des spécialistes en santé mentale, loin de là.
Simplement de leur faire comprendre que l’aspect psychologique de l’intervention est au moins aussi important que son côté tactique.
Et je ne doute pas que certains policiers le fassent couramment.
Ce sont d’ailleurs ceux-là qui rentrent chez eux le soir sans avoir tiré un coup de feu.

Pour les autres, le message est simple : utilisez votre cerveau et votre imagination avant votre arme.
Vous n’aurez ainsi pas à porter toute votre vie le fardeau d’une vie enlevée en vous demandant si vous n’auriez pas pu faire autrement.

– Paru au JdM le 18 février 2014

Les sous-hommes

Au Mc Donald qui se trouve Angle Notre Dame et St-Laurent.
Un sans-abri descend l’escalier suivi par le gérant du « restaurant » qui lui dit de quitter les lieux.
Le sans abri tient un gobelet de café du Mc Do qu’il a payé.
Il dit poliment et à voix basse qu’il ne veut pas sortir.
L’autre insiste, parlant de plus en plus fort.
Il montre la porte en claquant des doigts comme on le ferait pour faire obéir son chien.
Les sacres ponctuent les phrases agressives.
L’homme dit qu’il veut rester à l’intérieur, il met sa main dans sa poche pour prendre des pièces en disant qu’il va payer quelque chose.
Le gérant hausse encore le ton en criant à quelques centimètres du visage de l’itinérant qui reste parfaitement calme.
Les gens autour observent la scène, personne ne dit rien, personne ne bouge.

Je m’approche pour demander au gérant pourquoi il veut mettre l’homme dehors et il me répond que le gars a été surpris en train de fouiller dans les poubelles.
Évidement j’imagine que que ce n’est pas le premier a faire cela et je comprends que le gérant doit être excédé de devoir « faire la loi » dans son restaurant.
Mais cela n’autorise personne à parler ainsi à quelqu’un.
Qu’on ne me dise pas « Ils ne comprennent que ça », les itinérants ne sont pas devenus des animaux en vivant dans la rue.

Entre temps, le sans abri sort et se tient à l’extérieur, devant la porte.
Le gérant le suit en lui disant de dégager et d’aller plus loin.
Je dis au gérant que le gars est dehors, qu’il ne gêne personne et peut très bien rester dehors, il n’a pas à le chasser.
« Ça suffit maintenant » lui dis-je aussi calme qu’il est possible de l’être.
L’autre, un peu mal à l’aise d’un coup, se tait.
Tandis que lui et moi rentrons dans le Mc Donald, je lui dis qu’il ne m’aurait certainement pas parlé de la même façon qu’à l’itinérant s’il m’avait surpris en train de fouiller dans ses poubelles.
L’homme me répond que non, en effet, il ne m’aurait pas parlé ainsi.
On dirait que ça tombe sous le sens pour lui.
Ce qui me surprend dans sa réponse, c’est cette évidence : le sans-abri et moi ne sommes pas à traiter de la même façon.
Mon manteau en cashmere et mon allure soignée me donnent donc plus de droits que le vieux blouson et la barbe sale de l’itinérant.

À moi le respect. À lui l’agressivité en plus de la misère.

Je pense à Alain Magloire.
Je me demande combien de fois Alain Magloire, le sans abri tué par la police lors d’une intervention, s’est fait traiter de la sorte.
Combien de fois a-t-il vécu l’humiliation d’être rejeté et repoussé ?
Que la maladie, l’alcool ou les drogues soient à l’origine de son état est une chose, mais devenir un sous-homme, qui peut supporter ça ?

Le cas d’Alain Magloire semble avoir touché plus de monde que les précédents.
À cause du fait que beaucoup de gens se sont exprimés dans les médias pour dire combien il était intelligent et bon avant de sombrer dans la démence.
Certainement parce que plus de gens s’imaginent que Magloire leur ressemble plus que Farshad Mohammadi ou Mario Hamel. Magloire, ce chercheur brillant, ami fidèle et père de famille attentionné.
Dans son cas on se souvient qu’il était un homme – comme nous – avant de devenir un paria.

Dehors, le sans-abri s’en va tranquillement.
Il restait devant le Mc Donald tant que le gérant lui criait dessus, il part maintenant que plus personne ne l’agresse verbalement.
Peut-être pensait-il lui aussi que l’on n’avait pas le droit de le traiter comme un moins que rien. Il s’est peut-être tenu devant la porte juste pour cela, montrer qu’il avait encore le droit d’être traité comme un homme.

Je repense à l’intervention policière avec Alain Magloire.
A-t-il vraiment été frappé par une autopatrouille comme le disent certains témoins ?
A-t-il paniqué quand les policiers lui ont crié l’ordre de poser son marteau ?
Est-ce qu’au moins il comprenait ce qui arrivait ?
Il ne savait peut-être même plus qu’il était face à des policiers.
Une de ses amies disait à la radio qu’il entendait des voix et se sentait surveillé.
Face aux policiers sa folie a peut-être pris soudainement forme réelle.
Il s’est senti menacé, en danger peut-être. Et les policiers aussi.
Spirale infernale…
De leur côté, les policiers ont appliqué la procédure, respecté les protocoles, ils sont restés dans le cadre de la loi.

Mais un homme en délire a fini par recevoir plusieurs balles dans le corps.

L’enquête dira probablement qu’au moment du tir policier la défense était légitime et ce sera certainement exact.

Au moment précis du tir oui, mais avant ?

Bien avant… les cris, les invectives, les humiliations pendant des mois, des années…
Et quelques minutes avant le tir, les ordres, les cris, les armes aux poings des policiers….

Tout cela, était-ce vraiment légitime ?

PS : Au Starbuck qui fait face au Mc Donald quelques minutes plus tard.
Une jeune femme achète un café et une viennoiserie qu’elle offre à un
autre itinérant qui attend dehors.

Tout n’est peut-être pas perdu.

– Paru au JdM le 8 février 2014

Itinérants : des indésirables ? [Exclu]

LES BONNES INTENTIONS DU MAIRE

Cette semaine, après l’incident entre le policier et l’itinérant – mais soyez assuré que cela n’a aucun rapport –  le maire Coderre expliquait qu’il avait l’intention de rechercher des solutions pour essayer de régler la délicate problématique des itinérants à Montréal.

À écouter le maire de Montréal nous dire qu’il n’est pas question de les repousser hors de la ville comme certains le souhaiteraient, on perçoit une louable intention de chercher de réelles et durables solutions à la délicate problématique des sans-abri dans la ville.

LA VISION DES ARRONDISSEMENTS ET DU SPVM

Cependant, à lire certains documents, on constate que le nouveau maire va avoir du pain sur la planche et qu’il devra commencer par se mettre d’accord sur sa vision de l’itinérance avec ses arrondissements et le SPVM.

Comme le démontrent certains documents qui m’ont été remis et qui proviennent d’une demande faite par la biais de la loi d’accès à l’information, les sans-abri ne sont pas traités avec le même intérêt, ni le même respect que semble le souhaiter le nouveau maire de Montréal.

Pour preuve, dans un document du Poste de Quartier 22 du SPVM intitulé Bilan de piétonnisation 2010 – Rapport Final, le statut des sans-abri est clair : il sont des indésirables !

Indésirables
Un document dans lequel il ne faut chercher aucune autre solution que des aménagements des parcs destinés à éloigner les itinérants, repoussant évidement le problème ailleurs, sans jamais lui apporter la moindre solution de fond.

LES SANS-ABRI CONTRE LA PIÉTONNISATION DE STE-CATHERINE

On comprend évidemment que les sans-abri sont les « indésirables » de cette partie du quartier Ville-Marie dans lequel la ville caresse depuis longtemps le projet, qui refait surface aujourd’hui, de rendre la rue Ste-Catherine piétonnière de façon durable, idée qui semble avoir les faveurs de M. Coderre.

En 2012, plusieurs médias (Métro et La Presse entre autres) reprennent en cœur le même discours : la piétonnisation de la rue Ste-Catherine est mise en danger par la petite criminalité et les incivilités.

Qui sont donc les premiers visés : sans aucun doute possible les sans-abri qui semblent créer suffisamment de trouble pour empêcher ce dossier d’être mené à terme.

LES MÉCHANTS ITINÉRANTS ET LA RÉALITÉ DES CHIFFRES

À en croire les médias à l’époque, qui reprennent la soupe qui leur a été servie sur un plateau, ce serait les méchants sans-abri qui causeraient suffisamment de trouble pour que l’on ne puisse pas mener à bien la piétonnisation, même temporaire, de la rue au niveau du parc Émilie-Gamelin.

Pourtant, les rapport du PDQ 22 de 2010 et 2011 disent tout simplement qu’il n’y a aucune hausse du nombre d’incivilités. (ci-dessous celui de 2011)

nombre incivilités

SOLUTION : PLUS DE RÉPRESSION ?

Malgré cela, quelles sont les propositions qui ont été faites par le SPVM ?

Adopter réglement

Édicter un règlement qui n’a d’autre but que de pousser les itinérants hors du secteur.

Tout ceci démontre une fois de plus qu’il y a beaucoup de chemin à faire avant de pouvoir considérer la question des sans-abri autrement que sous l’angle sécuritaire.

Mais ne soyons pas injustes, il ne faut pas se surprendre non plus, lorsqu’on laisse la gestion de ce genre de questions entre les mains des forces de l’ordre, qu’ils tentent de les régler avec les moyens qu’ils connaissent…

ET SI ON PENSAIT À AUTRE CHOSE ?

Montréal n’est pas la seule ville à faire face à cette question difficile et M. Coderre lui-même soulignait que certaines solutions doivent certainement se trouver très en amont du travail des policiers.

Car il s’agit d’un vaste problème qui recouvre de nombreuses aspects et s’il est clair qu’il n’existe pas une seule solution à une problématique aussi complexe, il serait peut-être temps de se rendre compte que celle de la répression est bien la dernière à mettre en œuvre.

Reste plus, M. Coderre, qu’à le dire à vos arrondissements et au SPVM.

–  Paru au JdM le 14 janvier 2014

L’histoire complète du policier et l’itinérant par un témoin

image

©Adis Simidzija

Depuis une journée déjà, cette histoire fait le tour des médias et certains parlent de lynchage médiatique d’un policier qui a fait son travail tandis que d’autres – dont je fait partie – évoquent les interrogations légitimes soulevées par une telle affaire.

Pour mieux comprendre et surtout pour avoir un point de vue complet sur le déroulement des faits, je me suis entretenu avec l’auteur de la vidéo, Adis Simidzija qui est étudiant en sociologie et ne cache ni ses idées, ni ses affinités idéologiques plutôt à gauche. Voilà pour que les choses soient claires.

RÉCIT DES FAITS

Adis Simidzija m’explique qu’il était présent dans les débuts de l’intervention et que ce n’est qu’après avoir entendu le policier dire deux fois au sans-abri qu’il allait l’attacher à un poteau qu’il s’est décidé à filmer la scène dans laquelle le policier répète à nouveau deux fois cette phrase.

Lorsque la vidéo se termine, l’intervention policière, elle, n’est pas achevée et ce que l’on ne voit pas à l’image c’est que, d’après Adis, les policiers ont finalement quitté les lieux en laissant le sans-abri sur place. Cette version est d’ailleurs validée par le fait que ce n’est que plus tard dans la soirée que l’homme sera finalement pris en charge par d’autres policiers.

De même, contrairement à ce qu’indiquent beaucoup de commentateurs, ainsi que le blogueur du journal de Montréal et ex policier François Doré, Adis Simidzija a bel et bien aidé l’homme en lui fournissant des vêtements et en tentant de faire appel à un service d’assistance spécialisé.

Le vidéaste me mentionne enfin que le coéquipier du policier lui aurait dit une phrase, au moment du départ de l’auto patrouille, qui soutenait plutôt fermement la position de son collègue en faisant allusion au fait que c’était derrière les barreaux que le sans-abri aurait dû terminer…

LE BUT DE L’INTERVENTION

Dans mes précédents billets sur ce blogue, j’ai déjà dit que la question importante était de savoir surtout si ces propos correspondaient à l’état d’esprit de certains policiers.

Au grand dam de ceux qui crient à la généralisation facile, j’ai rappelé que le SPVM n’en était pas à ses premiers déboires avec les sans-domicile et que le plus marquant des derniers « incidents » s’était tout de même soldé par la mort d’un itinérant, Mario Hamel, et d’un passant.

Au fur et à mesure que filtrent des détails sur cette affaire, et il m’apparaît clair désormais que cette intervention n’était finalement pas destinée à mettre le sans-abri en sécurité, mais plutôt à le contraindre à se calmer pour éviter que de nouveaux appels ne viennent déranger les policiers.

UN POLICIER EXCÉDÉ

Malgré les déclarations de ceux qui pensent que la menace d’attacher l’homme au poteau était une façon de prendre le contrôle de la situation face à un individu perturbé, je crois au contraire que le lien que fait le policier entre les appels répétés causés par le comportement du sans-abri et la menace démontre plutôt que celui-ci est excédé et qu’il cherche avant tout à ce que cet homme ne fasse plus de trouble pour que la police ne reçoive plus de nouvel appel à ce sujet.

Écoutez bien la vidéo et vous verrez que la menace de l’attacher au poteau ne vient pas seule.

Elle est conditionnée au fait que les policiers ne reçoivent plus un nouvel appel à cause de l’homme…

BILAN DE L’INTERVENTION ?

À L’appui de cette analyse, il me semble évident que si l’intervention avait été menée dans le but de préserver cet homme du risque mortel auquel il faisait face, les policiers ne l’auraient pas laissé seul dans la rue et l’auraient finalement contraint à venir avec eux.
Or, Adis Simidzija m’explique qu’à aucun moment il n’a été convenu entre les policiers et les citoyens présents que ceux-ci prendraient soin de l’itinérant – ce qu’ils ont fait pourtant finalement.

Cependant, quand les policiers sont répartis, l’homme se trouvait exactement dans la même situation qu’avant leur arrivée.

Sauf, évidement, qu’il venait de se faire dire que si quelqu’un signalait à nouveau son cas il serait attaché une heure à un poteau…

(Les médias signaleront ensuite que l’homme a été conduit par le SPVM dans un centre de soin, c’est bel et bien parce qu’il se trouvait encore à errer que ce fut le cas)

ATTACHÉ AU POTEAU

Je ne reviendrais pas sur le cas – malheureusement véridique – de l’homme attaché en pleine nuit par moins trente à un poteau par un policier et son chef de police. Voir mon précédent billet pour les curieux.
je signale tout de même que de nombreuses histoires circulent, en particulier concernant des autochtones, sur des individus attachés dehors par grand froid par des policiers. Légendes urbaines diront encore certains.

Ce qui s’est produit une fois ne pourrait donc s’être produit ailleurs d’autres fois ?

Est-il totalement inenvisageable que ce policier fasse état au sans-abri d’une pratique qu’il connaît pour l’effrayer suffisamment afin que celui-ci se tienne tranquille ?

LES SOUS CITOYENS

On peut se l’imaginer quand on constate que, malgré les efforts louables du SPVM pour mettre en avant les actions menées auprès des sans-abri, l’actualité nous apporte un autre exemple assez édifiant du comportement d’un policier envers un itinérant.

Il s’agit d’une décision du comité de déontologie prise au mois de décembre dernier, qui sanctionne un policier ayant arrêté illégalement en plein rue un sans-abri pour ensuite le conduire de force à l’autre bout de son secteur.

La décision visible ici, qui en dit long sur l’estime que certains policiers peuvent avoir pour des hommes et des femmes en détresse.

Elle en dit d’ailleurs tout aussi long sur les risques encourus par un policier pour un comportement aussi grave, soit, dans ce cas, une journée de suspension sans salaire…

Je m’interroge, à partir de combien de cas va-t-on arrêter de dire que mettre de tels exemples en perspective revient à généraliser ?

DES SPÉCIALISTES AUX ABONNES ABSENTS

Autre point important, le SPVM dispose d’un service spécialisé dans le soutien aux sans-abri justement : l’Equipe Mobile de Référence et d’Intervention en Itinérance (EMRII) qu’Adis Simidzija a essayé par deux fois de contacter au téléphone après le départ des policiers.
Or, un message sur le répondeur de la coordonnatrice lui a fait savoir que celle-ci se trouvait… en congés !

On comprend mieux peut-être pourquoi le policier filmé, ne pouvant faire appel en ces temps de froidure glaciale à des spécialistes, aurait finalement pu préférer régler les choses à sa manière !

REGLER ÇA À SA FAÇON

À ce propos, il n’est pas inutile de rappeler cette étude qui ne peut être mise en cause puisque menée directement avec l’ENPQ par le professeur Marc Alain, qui a suivi une cohorte pendant six années après sa sortie de l’ENPQ, étude que je cite dans le détail dans mon livre mais qui souligne ce fait intéressant : après 6 années de terrain, 56,6% des policiers estiment qu’il est parfois « nécessaire d’utiliser un langage irrespectueux ou des insultes envers une personne quand c’est la seule façon de la faire collaborer ».

PAS DE MATRICULE

Enfin, un dernier élément et non des moindres : le vidéaste me dit qu’il est absolument certain du fait que le policier intervenant, qui a décliné son nom hors caméra, ne portait pas son numéro de matricule sur son uniforme. Vous doutez de cela ? Alors regardez bien le cliché ci-dessus, pris lors de l’intervention par Adis Simidzija et dites-moi donc où se trouve le matricule que les policiers doivent obligatoirement porter pour s’identifier en vertu du code de déontologie.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais prenons un exemple qui va faire grincer quelques dents : quand un manifestant arrive dans la foule avec une cagoule sur le sommet du crâne et un foulard sur le nez on peut raisonnablement penser qu’il vient plus pour faire du trouble que pour manifester paisiblement…

Alors que doit-on penser quand un policier arrive sur les lieux de son intervention en ayant retiré son numéro de matricule de son uniforme ?

✔︎ Précision : l’obligation d’apposer un signe d’identification s’entend dans le sens où ce policier n’a – comme on le voit sur la photo – ni son badge avec son nom, ni son numéro de matricule. Or, l’un ou l’autre devrait être visible sur son uniforme et ainsi qu’on a pu le voir au printemps 2012, il n’est pas rare que des policiers ne portent ni l’un ni l’autre, quand ils ne dissimulent pas le numéro avec du raban adhésif.

– Paru au JdM le 4 janvier 2014