État d’urgence : le provisoire qui dure

Il y a bientôt un an, je décrivais dans un article l’état d’urgence comme « une rustine sur une chambre à air usée jusqu’à la corde » et j’ai souvent répété depuis que la mesure serait prolongée, non pas pour des raisons objectives de sécurité des français, mais par opportunisme politique.

Ainsi, la mesure sera donc prolongée jusqu’aux prochaines élections présidentielles

On parle de responsabilité face à la menace terroriste et de lucidité…

Pourtant l’état d’urgence n’est rien d’autre qu’un chiffon rouge agité dans les médias par des responsables politiques incapables de prendre la situation à bras-le-corps.

Une situation qui réclame des réponses adaptées, mesurées, précises, en déployant d’importants moyens répressifs mais en ne les utilisant pas n’importe comment et en ne « brûlant » pas ses meilleures ressources en les utilisant 24h/24h pour des missions qui s’avèrent le plus souvent de seconde importance.

L’état d’urgence, c’est une fuite sécuritaire en avant qui n’a pas pu empêcher l’attentat de Nice alors même que peu de temps avant ce drame, le président de la République avait envisagé de ne pas prolonger la mesure.

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Vaincre Daesh avec les « fiches S »

Depuis les attentats de Charlie-Hebdo, les fameuses « fiches S », pour sûreté de l’État, ont fait leur entrée sur le devant de la scène médiatique et sont devenues en quelques semaines un argument politico-marketing récurent dans la campagne menée tambour battant par les défenseurs du « Faites n’importe quoi, mais faites quelque chose ».

Dans le peloton de tête des activistes de la fiche S, on retrouve le valeureux Éric Ciotti (député Les Républicains dans les Alpes-Maritimes) qui, après avoir commencé par le placement en centre de rétention ou sous bracelet électronique des personnes visées par une fiche sûreté de l’État, propose maintenant leur expulsion  « sans délai ».

Voilà au moins, diront certains, une mesure qui a le mérite d’éloigner les méchants terroristes potentiels, tellement méchants et si « potentiels » qu’on les retrouve dans la plupart des attentats commis ces derniers mois en France.

Précisons au passage que là où certains voient le point faible du système antiterroriste français : « si les auteurs ont des fiches S, c’est que la police fait mal son travail », d’autres, dont je fais partie, voient la marque d’un manque cruel de moyens pour poursuivre le travail policier après un décèlement plutôt efficace de la menace.

Mais revenons sur les chantres de la fiche S et sa transformation en billet d’avion ou ticket d’entrée pour un camp de détention administrative.

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L’Histoire jugera

Du premier jour où j’ai mis les pieds à l’école supérieure des inspecteurs de la police nationale, jusqu’à mon dernier jour dans le corps des officiers de police, tous les actes que je rédigeais et toutes les enquêtes auxquelles j’ai participé s’appuyaient sur un principe fondamental : l’application rigoureuse, voire pointilleuse, du code de procédure pénale qui garantit le respect des droits individuels des citoyens.

Toutes ces années le respect de ce strict protocole et de ces règles souvent complexes et parfois difficiles a appliquer au cours d’enquêtes où nous manquions de temps et de moyens étaient pour nous la garantie que nous opérions dans les limites acceptables de cet équilibre entre moyens policiers et droits des citoyens.

Certes, nous avons eu de nombreuses occasions de regretter que nos moyens juridiques ne soient pas plus étendus ou ne permettent pas d’opérer sans le contrôle parfois lourd des juges ou des procureurs.

Comme tous les policiers j’ai pesté contre la durée trop courte d’une garde à vue (bien qu’à l’époque elle était de 96 heures en matière de terrorisme) alors que notre enquête nous menait aux quatre coins de France ou l’impossibilité de procéder à une perquisition faute d’éléments pouvant nous le permettre.

Comme beaucoup de mes collègues convaincus de la nécessité de mener à bien leurs enquêtes, j’ai joué quand c’était nécessaire avec les zones grises du droit ou les petites astuces procédurales qui sont à la limite des possibilités du système.

Et toujours j’ai été conscient que les libertés individuelles de mes concitoyens venaient contrebalancer ce que la nature profonde du policier veut le pousser à faire, c’est-à-dire résoudre son enquête quels que soient les moyens.

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Gouverner c’est prévoir

« Nous croyons que lorsque nous coupons vos têtes, déchiquetons vos corps et vous dispersons, nous faisons œuvre de dévotion qui nous rapproche de dieu et nous obtempérons à ses paroles. »
[Antar Zouabri, chef du GIA au moment des attentats de 1995/96 en France]

Quiconque était présent à Paris ces années là se souvient de la vague d’attentats qui secoua la capitale entre juillet et octobre 1995 et du dernier attentat commis en décembre 1996, le tout faisant 12 morts et plus de 250 blessés.

À part une série de braquages et une  tentative d’attentat par un groupe djihadiste terroriste dit « Gang de Roubaix » en mars 1996, la France ne connaitra plus aucun attentat provenant du terrorisme islamiste pendant de nombreuses années.

Ce sera ensuite l’avènement d’une nouvelle menace terroriste qui ira d’actions isolées à des actes organisés et préparés par plusieurs individus, dont certains s’étaient d’ailleurs rapprochés des participants à la vague d’attentat de 1995, reliant ainsi – comme dans un étrange retour aux racines du mal – les émules d’Al-Qaïda et de daesh aux mentors des groupes islamiques armés algériens.

Successivement les services policiers assisterons aux départs et aux retours de certains jeunes, dès les années 90, de la Bosnie à l’Afghanistan, puis de l’Irak à la Syrie, qui iront successivement sur ces terrains d’entrainement pour les futurs recruteurs djihadistes, modèles et inspirateurs de leurs compatriotes qui s’auto radicalisent dans le même temps sur le territoire français.

Le danger n’est donc pas nouveau, il a muté et s’est transformé au fil des années sans que jamais vraiment la France ne sorte de l’objectif des différents réseaux djihadistes terroristes jusqu’à l’arrivée en force de Daesh.

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