La tenue de salafiste

Au détour d’un article du journal de Montréal, une phrase attire mon attention :

« Selon plusieurs voisins, un groupe de jeunes hommes arabes, dont plusieurs en tenue salafiste, avaient aussi l’habitude de fréquenter l’immeuble d’Imad Eddine Rafai à l’été et l’automne 2014. »

Mais, quelle est donc cette fameuse tenue de salafiste dont on nous parle ?

©el watan

Selon El Watan, la « tenue de salafiste »
ressemble à ce que l’on peut voir ci-contre.

 

 

 

 

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Omar Kadhr, blogue de Stéphane Berthomet

Omar Khadr, le retour de l’enfant soldat

Omar Khadr est libre.
On peine à imaginer ce que cela peut représenter pour cet homme que l’on voit parler paisiblement sur le perron de la maison de son avocat.
Un homme qui doit se sentir bien loin du jeune garçon embrigadé par un père membre d’Al-Qaïda qui l’a entrainé dans le bourbier afghan pour se battre contre les soldats américains.
Omar Khadr dit qu’il est une meilleure personne qu’on ne le pense.

La question que je me pose est : qui sait donc qui est vraiment Omar Khadr ?
Certainement pas les autorités américaines qui lui ont dénié le statut d’enfant soldat en l’emprisonnant dans les conditions inhumaines que l’on connait au camp de Guantanamo.
Certainement pas ceux qui l’ont « interrogé » sous la torture et la menace des pires sévices.
Certainement pas les juges qui l’ont condamné après qu’il eut été obligé de plaider coupable pour troquer plusieurs peines à la perpétuité contre une condamnation qui lui laissait une petite chance de se retrouver un jour libre.
Certainement pas non plus les autorités Canadiennes qui se sont battues pour que Khadr demeure au fond de sa cellule ainsi qu’ils avaient dû s’y engager auprès des amis américains.

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F1 : Bernie soit qui mal y pense

L’heure est au grand coup de balai, on nettoie devant les portes des ministères et si la question des magouilles est loin d’être réglée, officiellement on essaye de faire bonne figure et de nous montrer que les entrepreneurs corrompus n’auront plus leur place dans le milieu des affaires municipales.

On ne demande qu’à le croire n’est-ce pas !

Dans le même temps cependant on vient de nous annoncer fièrement que la ville de Montréal a fait une très bonne affaire dans une entente avec le grand patron de la Formule 1, Bernie Ecclestone.

Un homme qui est actuellement en procès pour une affaire de pot-de-vins d’un peu plus de 40 millions de dollars.

Certes, on ne fait pas affaire qu’avec l’homme quand on signe un tel contrat.

On pourrait alors dans ce cas continuer à faire des affaires avec Tony Accurso, puisqu’on est à peu près certains que ce n’est pas lui qui ira construire les immeubles de ses propres mains…

Dans le cas de Ecclestone, qui ne semble pas plus ami des démocraties qu’il ne l’est des lois comme on peut l’apprendre en lisant cet article du journal Le Monde, on peut découvrir que le sympathique Bernie aime bien les hommes forts et trouve que Hitler «était efficace».

Un homme d’un sens moral d’une grande profondeur, puisqu’il semble penser que ce même Hitler n’était pas si bon dictateur que cela car, dit-il : « C’est terrible à dire je suppose, mais à part le fait qu’Hitler s’est laissé emporter et persuader de faire des choses dont j’ignore s’il voulait les faire ou pas, il était en position de commander beaucoup de gens et d’être efficace ». « A la fin il s’est perdu, donc il n’était pas un très bon dictateur ».

On notera au passage que Ecclestone s’interroge sur le fait qu’Hitler voulait ou pas faire certaines choses…

Il faut dire que dans le milieu du sport on a l’habitude de faire des choses à «l’insu de son plein gré» comme l’a dit un jour un sportif de haut niveau en parlant de dopage.

Bref, l’aimable Bernie, qui trouve nos démocraties bien mollassonnes, vient quand même d’empocher un beau chèque de 220 millions de dollars d’une ville qui tient en ce moment même entre ses murs une commission sur la corruption.

Évidemment, on me prêtera l’esprit bien mal placé et on me trouvera bien pointilleux de chercher des poux  dans la tête d’un tel chantre de la rentabilité.

C’est à ce demander à qui on devrait prêter de l’argent finalement, à des sans-abris (10 millions pour leur cause) démocrates ou à un milliardaire (220 millions) qui aime les dictateurs et qui est poursuivi pour une affaire de pot-de-vins…

– Paru au JdM le 11 juin 2014

Justice spectacle pour Lac-Mégantic ? & Show de boucane à Mégantic

Que les choses soient dites : il existe à n’en pas douter toutes les raisons et certainement les preuves pour que des mises en accusation soient faites dans le dossier de Lac-Mégantic.

Je ne conteste ni ces faits ni le besoin des victimes et de la justice d’avancer dans ce dossier et de rechercher des coupables éventuels de cette terrible catastrophe.

Par contre, je m’interroge sérieusement sur la mise en scène qui entoure ce premier acte judiciaire d’un spectacle qui promet d’être long.

Quarante-sept chefs d’accusation, avouez que cela impressionne.

En réalité on parle de quarante-sept fois le même chef d’accusation, un par victime, ce qui finalement revient à dire qu’il y a un chef d’accusation pour des faits qui ont conduits à la mort de quarante-sept personnes.

Désolé, mais médiatiquement – quand on connait le goût des médias pour ce genre de chiffres – ce n’est pas la même chose.

Toujours pour la mise en scène, arrestation la veille pour une comparution cet après-midi à 14h avec passage devant les flashs des journalistes, menottes aux poignets.

Entre hier et cet après-midi, on est certain que la nouvelle aura assez fait le tour des médias.

Mais au cas où, on aura arrêté le chauffeur du train avec sirènes hurlantes et SWAT à l’appui !

On me dit que l’homme aurait des armes chez lui, ce qui explique le SWAT.

Pourtant la question n’est pas celle de la méthode au moment de l’arrestation, mais plutôt du choix d’aller arrêter ces gens à leurs domiciles comme des pilleurs de banque.

Thomas Harding, Jean Demaître, Richard Labrie – les employés de la MMA arrêtés – savaient tous que des charges allaient venir un moment ou un autre, ils s’y attendaient.

Alors pourquoi ne pas les avoir convoqués pour leur signifier leurs mises en accusations ?

Pas assez spectaculaire ?

Le DPCP pensait que des gars qui attendent bien sagement que la foudre judiciaire leur tombe sur la tête depuis près d’un an, se seraient soudainement enfuis au Mexique ?

Bref, voilà un coup d’éclat bien inutile dans un dossier dont la nature terriblement sensible aurait certainement justifié de la mesure et le calme qui sied, normalement si bien à la justice.

Attendons la suite donc, pour voir si le spectacle va continuer ou si il ne s’agissait juste que d’un petit « sons et lumières » pour épater la foule…

Voyons si cette justice, si pressée de faire dormir les ouvriers en prison, ira avec tous les renforts de police nécessaires arrêter le patron de la MMA et les responsables politiques de cette catastrophe.

À suivre donc.
– Paru au JdM le 13 mai 2014

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Show de boucane à Mégantic

– Paru au JdM le 14 mai 2014

Je me suis interrogé, hier, sur les arrestations lourdement médiatisées des trois employés de la MMA.

Le soir même de son arrestation, des informations « sortent » à point nommé pour venir justifier l’arrestation en force de Tom Harding qui possédait des armes. Des informations d’une source proche du dossier – qui d’autre que les policiers ou la poursuite – qui laissent aussi entendre qu’il serait suicidaire et qu’un « pacte de suicide » aurait été conclu entre Harding et son fils.
Autant d’informations que l’avocat de Tom Harding a démenti ce matin expliquant que si le chauffeur avait bien été en possession d’armes, ce n’étais plus le cas depuis un moment, ce que les policiers ne pouvaient ignorer.
Évidemment, la possession d’armes par le conducteur de train est un point essentiel dans la nature de l’intervention avec le maximum de précaution en faisant appel au SWAT.

Là où le bât blesse, ou là où le jupon dépasse comme vous voulez, c’est que si l’homme était fragile, il existait certainement d’autres façons de faire que de venir le chercher au petit matin à son domicile. La plupart des policiers savent en effet qu’une arrestation au domicile d’un suspect est toujours plus risquée que de le cueillir tranquillement quand il va chercher son pain au boulanger du coin.

Pourquoi la méthode douce n’a t-elle pas été retenue pour un homme considéré comme étant déjà en état de stress ?

D’autre part, l’avocat de Harding expliquait ce matin sur les ondes du 98.5 qu’il avait lui même écrit à la Couronne pour informer les procureurs que son client se rendrait de son plein gré à toute future convocation, ce qu’il avait déjà fait de lui-même juste après les faits…

Qui ment dans cette histoire ?

Mais sortons un peu du show de boucane de ce mardi pour nous poser quelques questions plus « stratégiques ».

Je précise, plusieurs d’entre vous le savent, que je ne suis pas avocat ni juriste spécialisé et que c’est en tant que participant et observateur de la scène judiciaire depuis de nombreuses années que je m’exprime sur ce sujet pointu du point de vue procédural.

Outre la mise en scène des arrestations, avec présentation des «accusés» menottes aux poings sur les lieux mêmes de leur présumé forfait, on est en droit de s’interroger sur la stratégie du directeur des poursuites criminelles et des peines (DPCP) dans la conduite de ce dossier…

On apprenait en effet aujourd’hui, alors que de nombreux observateurs s’étonnaient du fait que le patron de la MMA ne fasse pas partie de la charrette des accusés, que le procureur a demandé aux enquêteurs un complément d’information, tout en nous martelant qu’à ce stade il y avait assez de preuves pour procéder aux mises en accusations réalisées cet après-midi.

Je ne sais pas vous, mais moi je crois comprendre entre les lignes que l’on est en train de nous dire que la Couronne ne désespère pas de réunir des charges suffisantes contre Edward Burkhardt, le patron de la MMA.

Si une telle option reste ouverte, ce dont doutent plusieurs juristes, pourquoi alors s’être précipité pour jeter en pâture les noms des trois employés dans l’arène médiatique ?

Fallait-il à ce point nourrir la bête médiatique ? À moins qu’un agenda médiatico-judiciaire nous soit encore inconnu…

J’y reviens donc : si des investigations restent à faire, pourquoi avoir précipité les choses pour des hommes dont on nous dit qu’ils n’ont fait qu’appliquer des règles en place depuis au moins une décennie ?

D’autant que, dans le même souffle, le représentant du DPCP nous dit que ces hommes seront peut-être acquittés et la MMA condamnée…

Je repense à ces trois employés de la MMA, face à une poursuite qui, après les avoir fait défiler comme des bêtes de foire avec le poids de la peine à perpétuité sur les épaules, nous laisse entendre qu’ils ne seront peut-être pas condamnés !

Excusez-moi, c’est du poker ou de la Justice ?

Décidément, il y a quelque chose que je ne comprends pas dans ce dossier…

Fallait-il «coincer» les exécutants pour remonter plus haut, ou le temps était-il simplement venu de s’agiter un peu pour donner signe de vie ?

Il faudra bien en effet que nous sachions si ces hommes ont réellement – de leur propre initiative – enfreint les règles évidentes de prudence ou si ils n’ont fait qu’appliquer celles convenues et acceptées par les autorités et la direction de la MMA.

Dans cette seconde hypothèse, il serait totalement illogique que ces trois ouvriers soient les seuls à payer pour un système laxiste et dangereux pour la sécurité de tous.

Et là je ne parle pas du code criminel ou de la procédure criminelle, mais de la Justice, celle que ces outils devraient normalement servir et non l’inverse…

1186 politiciens assassinés en 30 ans au Canada

Imaginez : tous les ans, près de quarante politiciens sont assassinés à travers le Canada.

Certains disparaissent tout simplement sans que l’on entende plus jamais parler d’eux, tandis qu’ici ou là, on retrouve de temps en temps le corps d’un autre.
Quelques uns ont été violés, d’autres mutilés par des meurtriers qui restent pour la plupart dans l’ombre d’enquêtes policières qui n’ont pas abouties…

Depuis des années, des groupes de pression tentent d’alerter l’opinion publique sur cette horreur et surtout d’initier une commission d’enquête parlementaire qui permettrait certainement de mettre à jour les interstices des enquêtes menées par les différents corps de police dans lesquels se sont glissés les assassins de ces hommes et ces femmes politiques.

Tout ceci n’est que de la fiction bien entendu.

Évidemment, vous avez entendu dans les médias aujourd’hui qu’il s’agissait du recensement par la GRC du nombre de femmes ou filles autochtones assassinées ou disparues depuis 30 ans.
Un chiffre encore plus élevé que celui avancé par les nombreuses associations qui demandent depuis des années que l’on s’intéresse à cet actes criminels qui touchent en particulier les femmes d’une communauté.

En faisant une rapide recherche, je n’ai trouvé aucune trace d’un phénomène criminel de ce genre touchant une autre catégorie de personnes à une telle échelle.

Des enquêtes ont été menées dans de nombreux cas bien entendu, mais les rapports qui soulèvent le laxisme des autorités sont trop nombreux pour être ignorés, quand on ne parle pas d’une responsabilité directe de certains services policiers et en particulier de la GRC qui est elle-même pointée du doigt.

Est-ce la raison pour laquelle le rapport parlementaire récemment déposé ne recommandait pas l’instauration d’une commission parlementaire, au grand regret de l’Association des femmes autochtones du Canada ?

Ou est-ce parce que, contrairement au titre de cet article qui vous a incité à le lire, il ne s’agissait « que » de filles et femmes autochtones et non pas de politiciens, docteurs, chercheurs ou journalistes ?

– Paru dans le JdM le 2 mai 2014

Un homme « armé » abattu

Quand une nouvelle est relatée par les médias, il y a parfois quelques approximations qui me font frémir.

Avant hier, c’était l’affaire de cet homme qui a été tué par les policiers alors qu’il venait de dévaliser une bijouterie sous la menace d’une arbalète.
Plusieurs journaux ont titré « Un homme armé a été abattu par la police ».
Dans l’esprit ce n’est pas faux, l’homme était armé et a été abattu par des policiers.

Cependant, le choix des mots a son importance.
Si l’homme avait en effet une arme avec lui, l’arbalète avec laquelle il venait de cambrioler le commerce, l’impression laissée par les gros titres est surtout que l’homme avait son arme à la main lorsqu’il a été tué par les policiers.
Un écart de sens que n’a pas commis le journal de Montréal qui titrait prudemment « Vol dans une bijouterie à Saint-Jean-sur-Richelieu: les policiers ouvrent le feu et tuent un homme »

J’en imagine déjà certains derrière leurs écrans se dire : « Voilà le gauchiste Berthomet qui défend encore les voyous… ».
Ce n’est évidemment pas le cas, car défendre la précision des titres des articles de presse est simplement chercher à défendre la vérité au détriment d’une approximation qui se fait parfois trop souvent à l’avantage des policiers qui semblent avoir alors tiré de façon tout à fait justifiée.
Il y a en effet une différence entre « Les policiers tirent sur un homme armé » et « les policiers tirent sur une homme qui les menacent d’une arme ».
Dans le premier cas, il n’est pas du tout certain que la légitime défense soit valable car porter une arme ne justifie – normalement – pas de se faire tirer si l’on ne menace pas les policiers avec.

Si le travail du journaliste est de rendre fidèlement compte de la nouvelle dans son article – notez qu’ici vous êtes chez un chroniqueur qui, bien que s’appuyant sur des faits, donne son opinion – il arrive trop souvent que le titre de ce même article « teinte » dès les premiers mots l’image que l’on peut se faire de la situation.
Il faut, à ce sujet, savoir que le journaliste ne fait pas les titres de ses articles, une personne en particulier se charge de cela, et celui qui s’occupe de cette délicate mission doit faire une bonne phrase d’accroche dans un minimum de mots…

Une question sémantique donc qui a son importance et sur laquelle certains relationnistes policiers savent jouer finement.
Je me souviens en effet d’une conversation à ce sujet avec un service de police hors de Montréal au cours de laquelle le relationniste m’expliquait que les policiers avaient fait feu sur des hommes et qu’une arme avait été retrouvée sur les lieux de l’échange de tir.
Quand j’avais poussé plus loin mes questions, à savoir si l’arme était simplement sur les lieux ou si les hommes avaient pu l’avoir en main au moment de l’échange de coups de feu, on m’avait alors répondu qu’il s’agissait d’une enquête en cours sur laquelle on ne pouvait pas me donner de détails.

On pouvait donc me laisser penser que des hommes blessés par un tir policier avaient des armes à la main, mais pas éclaircir la question pour m’expliquer plutôt – ce qui était le cas – que ces armes étaient dans des véhicules hors de portée des voyous au moment des tirs policiers.

Je suis pour la justice et la vertu, mais cela sous-entend aussi qu’on n’essaye pas de me faire avaler des couleuvres !

– Paru sur le blogue du JdM le 11 avril 2014

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