©Patrick Chappatte

La fugueuse et le djihadiste

La disparition de la fugueuse fait l’objet de milliers de messages sur les réseaux sociaux avec sa photo et une série de reportages qui racontent dans le détail la détresse des familles et la douleur de la disparition d’un enfant. La disparition du djihadiste fait l’objet de reportages avec des scènes de combats, des rappels d’attentats terroristes commis sur notre sol et quasiment personne ne s’intéresse aux parents qui viennent de perdre un enfant qu’ils  chérissaient autrement que pour chercher s’ils ne sont pas en partie responsables de la situation.

On dira que la première est une « vraie » victime, manipulée et entraînée dans le mauvais chemin par des criminels qui savent utiliser ses sentiments et se jouer d’elle pour servir leurs intérêts criminels.
On dit du second qu’il s’est radicalisé, qu’il est devenu une menace pour la société et on met en place à son intention des lois qui criminalisent ses tous premiers actes, même s’ils ne nuisent encore à personne d’autre qu’à lui-même, comme de chercher à rejoindre une organisation terroriste à l’étranger.

Les parents de la fugueuse ou du fugueur ont l’attention des médias, tandis que les parents du second auront droit à l’attention toute particulière de la police et la suspicion du grand public.

Pourtant, les deux fuguent pour rejoindre des organisations criminelles et, contrairement aux idées reçues, celles liées au terrorisme sur le sol Canadien font moins de victimes et de dégâts sociaux que les gangs et les organisations du crime organisé qui se livrent à la traite des personnes.

La première comme le second peuvent se rendre coupables d’actes criminels que l’on doit apprécier au regard de leur jeune âge et de l’état psychologique dans lequel ils se trouvent tout autant que de l’influence qu’ont sur eux des organisations criminelles ou des individus mal intentionnés.

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Nous payons pour la collusion

Deux nouvelles lues ce matin dans le journal viennent se télescoper pour cette chronique.

D’abord la MTQ qui a haussé les montants de ses contrats pour s’ajuster à la collusion qui sévissait dans le domaine de la construction.

Quand le système en vient à ce point à intégrer si bien les mécanismes crapuleux, ceux-ci deviennent eux-mêmes le système !

L’autre nouvelle est celle de la fin de non-recevoir de la cour supérieure au recours collectif de citoyens qui réclamaient – en tant que contribuables – le droit de recouvrer les sommes trop perçues à cause des manœuvres de collusion mises à jour par la commission Charbonneau.

Le juge ayant entendu la cause a repoussé ce recours au motif que le lien entre les malversations (et donc les hausses) et les citoyens était trop faible et que c’était surtout la ville de Montréal qui avait été victime…

Ce juge devrait peut-être lire la première de ces deux nouvelles et nous expliquer qui paye pour les dépassements dans les travaux publics si ce n’est pas le citoyen ?

Allez, je referme le journal sinon je vais devenir désagréable en vous parlant de la lieutenante-gouverneure qui, elle, se faisait payer deux fois son loyer !

– Paru le 9 mai 2014

On passe au cash avec le « RIP deal »

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La mallette contenant l’argent remis par les escrocs à leur victime en Montérégie

 

En Europe, le RIP deal est pratiqué depuis de longues années et ce sous de très différentes formes.

Le principe de cette escroquerie basée sur un échange d’argent reste toujours le même, quel que soit le moyen employé pour y arriver.
Dans certains cas on vous proposera un prêt de liquidité à un taux défiant toute concurrence ou l’échange de devises, quand ce n’est pas l’achat du bien immobilier que vous désirez vendre, comme dans l’affaire mise à jour par le bureau d’enquête de TVA sur la base d’une information de ma part.

La règle d’or de ce type d’arnaque tient en deux points très précis et qui ne changent jamais : les escrocs sollicitent toujours une remise d’argent sous un prétexte ou un autre et ils remettent toujours des billets qui sont suffisamment différents des vrais pour ne pas pouvoir être accusés de contrefaçon de monnaie.

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Document remis à une victime

Le cas le plus courant est celui de l’arnaque immobilière au cours de laquelle les « acheteurs » demandent une commission en liquide au vendeur qui perdra ainsi toute somme remise aux malfrats.
Ces hommes sont de véritables professionnels qui ne lésinent devant aucun moyen pour mettre leur victime en confiance.
Pour cela tout y passera, des costumes de marque aux voitures de luxe avec chauffeur jusqu’aux rendez-vous dans les endroits les plus prestigieux.

Dans le cas de l’escroquerie racontée par TVA et le Journal de Montréal, les escrocs auront remis de nombreux documents à la victime qui, appâtée par les moyens et les manières des hommes, n’aura rien vu venir du piège qui lui aura été tendu.

En Belgique et en France toutefois, où ce type d’escroquerie est connu, les gens se méfient et n’hésitent pas à prévenir la police qui place un agent dans la transaction et procède alors à l’arrestation des criminels.

Ce sont certainement ces difficultés qui poussent aujourd’hui ces malfaiteurs aguerris à venir déployer leurs efforts sur un terrain de jeu qui doit leur sembler plus facile et donc plus lucratif.

Un conseil tout simple pour finir : dites-vous que – comme disait ma grand-mère – quand ça a la forme, le goût et l’odeur du poisson… c’est sûrement du poisson !

– Paru au JdM le 27 mai 2014

Le policier et son « ami » le Hells Angels

Dans un article qui paraît aujourd’hui dans le journal de Montréal, le journaliste Félix Seguin fait de nouvelles révélations sur le rôle trouble joué par l’ancien policier Benoit Roberge dans la mort d’un informateur, Dany Kane.
Selon les enregistrements dont il a pu avoir connaissance, le policier aurait encouragé l’informateur à se suicider.

Contrairement à ce qui s’est dit au moment où la sentence de Roberge a été connue, le policier était plus proche du Hells qu’il n’a bien voulu le dire.
Ainsi, Benoit Roberge discutait non seulement très régulièrement avec son « ami » Charlebois, mais il s’est aussi rendu au domicile de ce dernier.
Des relations bien plus amicales qu’elles n’y paraissent donc.

Dans un article daté du 10 octobre dernier, je faisais la liste des éléments qui relient le policier Roberge à la mort de plusieurs informateurs dont il était plus ou moins proche.

Claude de Serre, Dany Kane et René « Balloune » Charlebois, tous les trois informateurs de police et tous les trois en lien avec Benoît Roberge sont tous décédés de mort violente.
Pour ajouter au mystère, il faut rappeler que René « Balloune » Charlebois n’est autre que l’assassin de Claude de Serre.
Malgré le fait que sa voix ressorte sur l’enregistrement du « body pack » de Claude de Serre au moment de sa mort, il aura fallu attendre de longs mois avant que Charlebois ne soit finalement identifié.

Était-il si difficile que cela de reconnaitre la voix du Hells Angels pour les policiers et le « spécialiste » Benoit Roberge ?

Autre interrogation : a-t-il été question des circonstances de la mort de certains de ces informateurs lors de la négociation de l’entente conclue entre Benoit Roberge et la poursuite ?

Une réponse à laquelle seules les deux parties concernées seraient en mesure de répondre.

– Paru au JdM le 22 avril 2014

Les Hells Angels sans Maurice Boucher

Comme l’a révélé Félix Seguin dans le journal de Montréal cette semaine, Maurice « Mom » Boucher ne fait plus partie des Hells Angels.
Ce dernier a reçu fin mars le message l’informant qu’il était exclu de la fraternité.
Pour tous les observateurs du milieu criminel, la nouvelle est de tout première ampleur.
Difficile en effet de dissocier le nom de Mom Boucher de l’histoire moderne des Hells Angels, tant son destin est lié à celui des motards.

Pour le public, Mom Boucher était le chef des Hells Angels et pour les policiers il était celui qui a contribué, par son tempérament et ses actions, à radicaliser le mouvement et attirer une grande partie de l’attention sur lui.
Mais Mom Boucher n’est pas le leader incontesté que l’on pourrait penser en lisant les journaux ou regardant les informations télévisées,
Certains de ses actes ont conduits à des départs au sein du mouvement et il était détesté par d’autres membres des Hells Angels à cause de sa gestion de la célèbre guerre des motards qui dura près de huit ans et fit plus d’une centaine de morts.

Emprisonné à vie, Mom n’est plus d’un grand secours pour l’organisation qui a besoin d’un chef qui fédère, organise et structure les trafics et les alliances, ce qu’il ne peut plus plus faire efficacement depuis sa prison.
De l’autre côté, il ne faut pas écarter le fait que son statut de membre en règle devait peser lourdement sur la suite de sa détention, surtout en ce qui concerne sa possibilité d’obtenir une libération conditionnelle.
Mom Boucher ne souhaitait peut-être pas que ses conditions de détention soient assouplies, car avec le nombre de ses ennemis cela pourrait mettre sa sécurité en danger, mais par contre il va certainement chercher à sortir dès que possible et dans ce cas, ne plus faire partie de la bande sera un avantage.

Dehors, on assiste à une réorganisation du mouvement, les patches ressortent des placards et les différents groupes de motards se font plus visibles comme lors du Bike and Tattoo Show du mois d’avril dernier.
Or, un mouvement qui veut reprendre forme a besoin d’un chef qui soit présent et qui fédère les sympathisants, ce que Mom Boucher n’est plus en mesure de faire.
Il se dit beaucoup du côté policier que Salavatore Cazzetta est devenu le Hells Angels le plus influent du moment et on se souviendra que ce dernier ne porte pas Mom Boucher dans son coeur.
Cazzetta ne peut-être, à lui seul, responsable de la décision prise contre Boucher, mais tout laisse évidemment à penser qu’elle fait bien son affaire.

Ainsi, entre un vieux chef de bande qui, même si il reste un criminel endurci, voudrait peut-être diminuer son temps de prison et une organisation qui veut se renouveler pour renaître de ses cendres, il y a peut-être une explication toute simple.

Celle d’un pacte gagnant/gagnant pour Mom boucher et les Hells Angels.

À suivre…

– Paru le 19 avril 2014 sur le JdM

Des fausses factures pour les travailleurs à la FTQ-Construction

Pauvre Jocelyn Dupuis, le voici inquiété parce qu’il a fait des fausses factures pour le bien des travailleurs de la FTQ-Construction.
Comme le dit si bien l’ex-secrétaire de la FTQ-Construction, Alain Pigeon, Dupuis participait à un système généralisé au sein de la FTQ-Construction.

Ce même Pigeon qui dit que le gentil Dupuis ne prenait rien pour lui mais que ces détournements de fonds ne servaient qu’à aider les membres du syndicat à payer leurs repas ou autres menues dépenses.
Franchement on croit rêver !

Il faudrait d’abord commencer par oublier que les lunchs à plus de 1000$ avec des grands crus étaient évidement une forme d’enrichissement personnel et qu’il n’y a guère de différence entre se mettre de l’argent dans les poches et mener la grande vie de façon disproportionnée sur le compte de la FTQ-Construction.

Il faudrait ensuite croire que Dupuis, proche des Hells Angels, vivant dans un univers de corruption, n’aurait jamais profité personnellement de cet argent facile et qu’il tenait une comptabilité rigoureuse de ce qu’il détournait pour le remettre en totalité aux honnêtes travailleurs e la construction.

Il faudrait enfin croire que dans un système que l’un des  anciens secrétaires (Alain Pigeon) décrit comme «…la structure établie et qui était connue de tous les directeurs» le modèle de détournement de fonds et de corruption n’aurait en rien affecté la moralité des participants au point que certains tentent d’en profiter à des fins personnelles.

Partout où l’argent circule illégalement à flot il n’y a pas de limites aux malversations et magouilles.
C’est ainsi que fonctionne la société, une fois la barrière sautée, aucune raison de s’arrêter à des considérations morales ou à l’intérêt collectif.

C’est pour cela que l’on considère la corruption comme un mal endémique qu’il faut totalement éradiquer si on ne veut pas qu’elle détruise entièrement les systèmes dans lesquels elle se propage.

Alain Pigeon, l’ancien secrétaire de la FTQ-Construction qui vient de témoigner pour Jocelyn Dupuis, peut essayer de nous faire croire le contraire.

Il ne fait que renforcer le sentiment que cette corruption est tellement bien ancrée dans le fonctionnement de la FTQ-Construction que tous la considère comme une règle normale de gestion.

Vite, un coup de balai !

– Pari sur le blogue du JdM le 17 avril 2014

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