Bonjour la police !

On en serait donc à onze journalistes dont les téléphones auraient fait l’objet, pour des raisons et avec des moyens différents, de surveillance de la part de deux corps policiers au Québec.

Surveillances, facturations détaillées, méta-données et plus si affinité

Il y a deux jours, le directeur adjoint du SPVM annonçait qu’un autre journaliste avait été l’objet de surveillances, les appels entrants et sortants de son téléphone ayant été scrutés dans le cadre d’une enquête qui concerne un policier en 2014.

Patrick Lalonde, adjoint du directeur Pichet, annonçait sans rire qu’il ne connaissait pas le nom du journaliste mais pouvait écarter trois autres noms.

Visiblement, la direction du SPVM ne sent pas encore assez sous pression pour se sentir obligée de faire très rapidement toute la lumière sur les surveillances menées sur des journalistes.

Semblant ne pas mesurer la gravité de sa situation, le chef du SPVM avait d’ailleurs lui-même expliqué que son service avait peut-être surveillé d’autres journalistes sans en donner le nombre ni en expliquer le contexte.

Dernier rebondissement en date, La Presse avance qu’en plus d’avoir détaillé les appels entrants et sortants de ses journalistes, le SPVM aurait demandé un mandat d’écoute.

Et les autres techniques de police ? 

À plusieurs occasions avant et après la découverte de ces faits, les corps policiers ont déjà expliqué aux médias que la surveillance des cellulaires des journalistes, et plus encore les écoutes téléphoniques, étaient des solutions réservées aux cas les plus rares et aux situations les plus extrêmes.

Il faut être bien naïf pourtant pour croire que la SQ a demandé les appels entrants et sortants de trois journalistes de Radio-Canada et d’un journaliste du journal de Montréal ainsi que d’André Cédilot sur plusieurs années pour une autre raison que celle de collecter le plus large éventail possible d’informations sur le travail quotidien des intéressés, leurs contacts et surtout leurs sources tout au long des dernières années.

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Aux États-Unis la cible est noire…

Michael Brown, Tamir Rice, Justus Howel et mardi Walter Scott sont les dernières victimes noires des tirs des policiers américains.

Est-il permis de penser qu’il existe réellement aux États-Unis une culture qui conduit les individus de race noire à être plus ciblés que les blancs ?

Oui répondrons sans hésiter certains, il suffit de voir la liste des cas qui se succèdent.

Or, il existe peu de statistiques officielles qui prennent en compte les caractéristiques raciales des personnes tuées par les corps policiers et une analyse globale à l’échelle du pays semble donc impossible.

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Cependant, certaines organisations recensent les données ouvertes à ce sujet et la revue Mother Jones a collecté des données très intéressantes sur le sujet, comme le démontre le tableau ci-dessus.

Toujours selon ce site, ce sont 4813 personnes qui sont mortes entre 2003 et 2009 lors d’une intervention policière ou lorsqu’elles étaient sous la responsabilité de la police.

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Police américaine, Walter Scott devait mourir.

La vidéo fait le tour des médias et des réseaux sociaux.
On y voit un policier tirer à huit reprises sur un homme noir qui prend la fuite.

Même si les premières images laissent voir un contact entre Walter Scott (l’homme au t-shirt vert) et le policier, il apparaît clairement qu’à aucun moment la vie de ce dernier n’est en danger alors qu’il déclenche son tir.

Plusieurs moments de cette vidéo me semblent spécialement révélateurs de la gravité de la situation :

– Le policier fait feu à huit reprises, le huitième tir étant fait après un court laps de temps qui a servi à ajuster le tir sur l’homme qui courait de dos.
– Après son tir, le policier se rend tranquillement auprès de l’homme qui est au sol, vraisemblablement agonisant.
– Au lieu de se dépêcher de procéder aux gestes de premiers secours, le policiers lui passe les menottes.
– L’homme reste de longues minutes, face contre terre sans même que le policier ne tente de le placer dans une position de premier secours ou d’évaluer ses blessures.

Que dire de cela, si ce n’est que Walter Scott devait mourir ?

Après avoir fait feu sur un homme désarmé le policier fait sciemment le choix de laisser Walter Scott mourir face contre terre.

Cette vidéo représente à elle seule tout ce qui est reproché au système policier américain, l’application de la peine de mort dans la rue et l’impunité dans la plupart des cas.

Sans la vidéo d’un passant le policier, qui bénéficiait d’une campagne de soutien, s’en serait tiré à bon compte.

Et la question revient, lancinante… Combien d’autres Walter Scott passés sous silence ?

Discipliner la discipline

Le dernier dossier en date impliquant un policier du PDQ38 met une nouvelle fois en lumière la dérive déontologique qui frappe certains policiers et plus particulièrement certains postes de police.

En mars 2013, Alain Gagnon, alors nouveau chef du PDQ38, évoquait dans une entrevue l’ère post matricule 728 en disant qu’il souhaitait rétablir le dialogue avec le public.

Dans l’entrevue qu’il donnait, il ne parlait à aucun moment de la responsabilité ou de l’imputabilité des policiers et des mesures disciplinaires qui devaient inévitablement les encadrer pour que l’épisode de l’agente 728 ne se reproduise pas. Au contraire, regrettant l’attention médiatique causée par l’agente 728 – et non le comportement de cette dernière -, il disait :

«Mon mandat, pour les prochains mois, c’est de mieux faire connaître le travail des policiers et, par le fait même, les responsabilités des citoyens. Souvent, ceux-ci ne comprennent pas notre fonction. Ils s’immiscent [dans nos interventions] et critiquent notre travail, alors que les agents sont légitimés dans leurs actions. Il ne faut pas toujours se fier aux perceptions que l’on peut avoir ».

Il n’est pas difficile de comprendre le message entre les lignes…
Si vous êtes citoyens, sachez que vous comprenez mal le travail des policiers.
Si vous êtes policiers, sachez que vous êtes «légitimés dans vos actions» et que ce sont les citoyens qui ne vous comprennent pas.

Avec un tel discours dans la presse, à quoi doit-on s’attendre dans le huis clos du poste de police ?

L’agente 728 a mal agi plusieurs fois à la vue de tous les autres policiers qui étaient présents au moment du gazage en pleine rue, puis de ceux qui sont venus lui prêter assistance dans son arrestation musclée de « gratteux de guitare ».

L’agent Harris était le coéquipier de l’agent Paquette lors de l’intervention musclée de 2011 qui a menée une citoyenne à trois années de procédure pour enfin être acquittée de voies de faits que l’on peut qualifier d’injustifiées.
Cette journée là, plusieurs policiers sont venus en renfort et on participé à cette intervention.

L’agent Harris et sa collègue ont reçu l’assistance de près d’une douzaine d’autopatrouilles lors de l’arrestation musclée de l’école Au pied de la montagne et le policier est aussi impliqué dans un cas de brutalité filmé et visionné plus de 120.000 fois sur Youtube.

Où sont les sanctions ? Où sont les avertissements pour ne pas que cela se reproduise ?
Quelles sont les garanties pour les citoyens et les bons policiers que les brebis galeuses soient définitivement écartées de ce métier qui demande patience, intelligence, bon sens et bon nombre d’autres qualités.

La réponse est : déontologie et discipline interne.

Deux systèmes qui ont désormais clairement montré leur inefficacité, le premier parce que moins de 3% des plaintes arrivent devant un comité qui donne une peine bonbon aux quelques cas isolés qui arrivent au bout du processus et le second parce qu’il n’est pas transparent et n’offre aucune garantie d’indépendance.

La solution est pourtant simple : retirer des mains des policiers la discipline et la déontologie comme les enquêtes indépendantes pour placer toutes ces investigations sous la direction d’un bureau indépendant.

Tant que l’on continuera de croire qu’un système disciplinaire morcelé, muselé et opaque constitue la bonne réponse aux dérives des policiers qui perdent le fil déontologique, il faudra s’habituer à voir des vidéos comme celle dans laquelle on voit en action le policier Dimitry Harris.

– Paru au JdM le 14 juin 2014

Arrestation violente devant une école

Un policier du SPVM et sa coéquipière risquent de se retrouver prochainement dans l’eau chaude après une arrestation qui s’est déroulée dans des conditions plutôt discutables.

Hier soir, vers 17h la fête des élèves battait son plein à l’école Au pied de la montagne, où les enfants, parents et professeurs s’étaient retrouvés.
Devant l’école, le concierge et une enseignante prennent une courte pause et des parents entrent et sortent des locaux avec leurs enfants.

La suite m’a été racontée par le concierge, Carl Cadieux, et l’enseignante, Nadia Lessard, à qui je viens de parler au téléphone.

Leurs deux témoignages s’accordent sur la version suivante : une autopatrouille serait passée devant eux en franchissant le feu au rouge sans avoir activé ses lumières ni sa sirène.
Le concierge aurait alors dit au policier «Hey, mon chum, t’es passé sur la rouge» alors que le véhicule poursuivait sa route.
Le policier aurait alors fait demi-tour un peu plus loin et le constable se serait adressé au concierge de façon très agressive en lui disant : «T’as dit quoi mon criss de baveux ?» et, toujours selon le concierge, aurait ajouté : «Tu vas fermer ta gueule, j’étais sur un call important».

Selon eux, la situation aurait dégénérée lorsque le concierge, qui dit s’être senti intimidé par le policier, a sorti son téléphone pour filmer la scène parce que le patrouilleur cherchait à dissimuler son matricule.
Le policier décrit comme « un gars bien bâti qui pèse au moins deux cent livres avec des tatouages sur les avant-bras » aurait d’abord pris le concierge par le bras en lui disant qu’il l’arrêtait pour « Intimidation de policier », le plaquant ensuite contre la voiture de patrouille.

L’enseignante dit s’être alors interposée pour essayer de calmer les choses.

La coéquipière du policier se serait alors jointe à lui pour arrêter Carl Cadieux tandis que le policier retenait madame Lessard par le bras, lui occasionnant un bleu en lui disant : «Ferme ta gueule petite conne».

Une fois monsieur Cadieux menotté, ils disent avoir été attrapés à la gorge par le policier et le concierge aurait été frappé la tête contre le véhicule avant que les deux ne soient aspergés de poivre de Cayenne.

Une scène plutôt cauchemardesque qui s’est produite devant des dizaines de témoins, dont des enfants qui se sont mis à pleurer.

Des témoins qui disent que près d’une douzaine de véhicules de police sont arrivés en renfort sur place, faisant craindre à certains parents qu’une fusillade s’était déroulée dans l’école.

L’enseignante a été relâchée un coin de rue plus loin par les policiers après avoir reçu une promesse de comparaître pour les faits d’entrave.

Conduit au centre opérationnel nord, monsieur Cadieux raconte que le policier s’amusait à freiner et accélérer violemment pour le brasser en se moquant de lui dans le véhicule.

Quatre heures plus tard il était relâché après avoir été informé que les accusations d’intimidation avaient été retirées et que celles d’avoir résisté à son arrestation étaient «sous enquête».

Carl Cadieux n’a pas rencontré d’enquêteur et sa déposition n’a pas non plus été prise.
Il se plaint en outre d’avoir été traumatisé par les conditions de son arrestation et blessé au poignet par les menottes mises très serrées.

Le représentant du SPVM m’a indiqué qu’ils attendaient la version des policiers et que la directrice de l’école était en communication avec eux sur ces faits.
Aucune enquête n’était ouverte et il se gardait de tirer des conclusions à ce stade du dossier.

Monsieur Cadieux et madame Lessard indiquent tous les deux qu’ils ne souhaitent pas en rester là.

Voilà une nouvelle affaire mettant en cause le comportement des policiers du SPVM, dont on se souviendra qu’elle n’est pas la première avec, entre autres, l’arrestation «des gratteux de guitare», qui avait causé la suspension de l’agente 728.
Souvenez-vous aussi cette vidéo, devenue virale, du policier menaçant d’attacher un sans-abri à un poteau, dont j’avais fait état dans un article en janvier dernier.

Les problèmes de comportement de certains policiers du SPVM ont été maintes et maintes fois dénoncés et sous réserve de confirmation des faits tels que monsieur Cadieux et madame Lessard les racontent, il y a fort à parier que nous nous trouvons ici face à un nouvel épisode du genre.

Le policier impliqué, Dimitry H., apparaît sur le calendrier des convocations au comité de déontologie en date du 10 février dernier et une décision serait donc en attente le concernant.

Une affaire qui rappelle étrangement celle impliquant un autre policier d’une petite ville du Québec qui s’est, selon les termes du comité de déontologie, «rendu coupable d’un abus d’autorité» après avoir arrêté, menotté et détenu dans son autopatrouille une jeune femme dont il avait jeté les affaires au sol devant l’école où elle se trouvait.
Une affaire qui avait conduit le policier à une simple suspension de 6 jours sans traitement.

Ceci explique peut-être la répétition de cela !

Mise à jour – 21h57 – un témoin raconte : «En arrivant au coin de la rue Henri-Julien, j’ai vu un policier qui immobilisait un jeune homme et qui le poussait brusquement sur la voiture de police assez fort pour que ça fasse mal. J’ai également vu une femme se faire pousser assez violemment par le policier. Au début, je n’ai pas reconnu le concierge et l’enseignante et je pensais que c’était des personnes itinérantes ou en crise qu’il fallait maitriser mais quand j’ai reconnu Nadia et Carl que je connais un peu, je n’en revenais pas. J’ai également vu le jeune homme parler au policier mais il ne semblait aucunement agressif, pas plus que Nadia d’ailleurs. Nadia avait plutôt l’air estomaquée par le comportement du policier.»

–  Paru sur le JdM le 12 juin 2014

Dérapage policier, le cas « isolé »

On se souvient évidemment des images rapportées par une passante au sujet d’un, ou plusieurs, policiers qui se trouvaient dans une position compromettante avec deux jeunes filles dans leur autopatrouille.

L’affaire me semblait devoir être traitée avec prudence à cause du fait qu’aucune des personnes impliquées (la photographe et les jeunes filles) ne semblaient vouloir collaborer avec la police.
Il n’en reste pas moins qu’une faute a été commise – faire entrer des « citoyennes » dans un véhicule pendant son quart de travail – et que des sanctions devaient être données.
Sanction que nous ne pourrons connaître en vertu de certaines règles qui, si elles sont liées aux textes en vigueur, n’ont aucun sens puisqu’il est absolument normal que les actes des policiers soient réglés en toute transparence et leur sanctions connues du public.

Cette fois ci, c’est un policier de Lévis qui vient d’admettre qu’il avait eu des relations sexuelles avec une adolescente de 15 ans, dont une fois dans son autopatrouille.

Dans les deux cas, je me pose la même question, celle de la glissade déontologique qui conduit les policiers à se mettre eux-mêmes « hors-la-loi » dans des situations pour lesquelles ils sont tout à fait aptes à comprendre qu’ils commettent exactement le type d’actes contre lesquels ils sont censés lutter.

Certaines études démontrent assez clairement que le temps conduit à une baisse assez significative du niveau déontologique des policiers et je n’ai pas de réponse toute faite quant aux circonstances précises de cette dérive.

L’encadrement, l’influence corporatiste, la déontologie – ou pas – véhiculée par les anciens, la peur de la sanction sont évidemment les clefs de ces problèmes.

Pourtant, on entend encore un responsable parler de « cas isolé ».

Ici, Yves Charette, le chef de la police de Lévis nous parle du fameux cas isolé en essayant de convaincre les citoyens que ceci est l’erreur d’un seul homme.

Refuser cette excuse ne revient pas à dire que les policiers sont tous malhonnêtes, mais plutôt que les facteurs structurels qui sont responsables de ces errements ne sont pas des éléments isolés, puisque ce sont les règles et les conditions d’emploi de tous les policiers.

Quand on voudra bien admettre dans les corps policiers que ces « cas isolés » sont le fruit de défauts dans l’ensemble du système, on pourra alors commencer à parler de solutions…

– Paru au JdM le 10 juin 2014

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