Police et Onco Pétroleum, qui protège qui ?

L’affaire Onco Petroleum

Le 7 novembre dernier, une information est diffusée par la société de diffusion de communiqués de presse CNW : Le Groupe de la criminalité financière de la RGT de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), avec l’aide du Federal Bureau of Investigations (FBI), a porté des accusations contre l’ancien président et contre l’ancienne trésorière d’Onco Petroleum Inc.

Robert vannier, délateur de la SQ sous contrat

L’homme arrêté et accusé de faux et de parjure est Robert Vannier, de son vrai nom Carl Gagnon. C’est sous cette véritable identité qu’il a été condamné à de nombreuses reprises et qu’il a été délateur pour la Sûreté du Québec. Sa nouvelle identité lui a été donnée par ce service dans le cadre de son contrat de délateur, un contrat qui oblige la SQ à exercer un contrôle permanent des activités de ce criminel repenti. Ce qui semble loin d’être le cas…

L’inspecteur-chef Louis Raïche, caution morale de Robert Vannier

L’inspecteur-chef Louis Raïche était à l’époque responsable des services de soutien aux enquêtes de la SQ, c’est à dire qu’il était à la tête du comité qui contrôlait les délateurs sous contrat et responsable des fonds secrets réservés aux opérations spéciales. Un poste extrêmement sensible qui n’empêche pas Louis Raïche de se présenter aux côtés de Robert Vannier lors des assemblées annuelles d’Onco Petroleum au cours desquelles Vannier collectait les investissements pour sa compagnie. D’après certains des actionnaires auxquels j’ai parlé ces derniers jours, la présence de Louis Raïche, qui leur était présenté comme le « numéro deux de la SQ », était impressionnante et servait de caution morale à Robert Vannier. Plusieurs actionnaires se sont donc engagés pour des centaines de milliers de dollars sur la base de la confiance que Vannier était parvenu à leur inspirer par différentes manœuvres, mais aussi en se recommandant de prestigieuses relations.

Le policier et le délateur 

Que vient donc faire Louis Raïche, haut gradé de la SQ en charge du programme des délateurs avec un délateur dirigeant une entreprise sous une fausse identité en Ontario ? Comment Raïche est-il entré en possession de 100.000 actions d’Onco Petroleum ? Impossible de ne pas penser au moins au conflit d’intérêt, pour ne pas dire plus. Des questions que se posent plusieurs actionnaires dont certains ont déposé des plaintes au comité de déontologie ou à la police pour dénoncer une escroquerie. Des plaintes qui se concluent de façon on ne peut plus surprenante.

Des plaintes mais pas de poursuites

Ci-dessous, une plainte déposée auprès du commissaire à la déontologie :
Dossier plainte

Et les motivations du refus de poursuivre, malgré le fait que le commissaire soulève des éléments plus que troublants.
Déonto 2

Une plainte déposée au SPVM connaîtra le même sort après étude par les substituts du procureur général du Québec.
Plainte crim

Des actionnaires rencontrent des policiers

En juillet 2008, des actionnaires rencontrent notamment deux policiers de la GRC, « RC » et « ML » – ce sont leurs initiales – qui savent qui est Vannier. Les deux policiers expliquent aux actionnaires que cette affaire est d’ordre civil et ne concerne pas la police.

Suspendu avec solde

Pourtant, en 2010, Louis Raïche sera suspendu de ses fonctions avec solde justement en raison de sa proximité avec Vannier.
Louis Raïche fera d’ailleurs l’objet d’une enquête interne dont le résultat reste encore inconnu à ce jour(1). À la lumière des déclarations des actionnaires d’Onco Petroleum, qui ont été mis en confiance par les relations entre Vannier et celui qui leur était présenté comme « le numéro deux de la SQ », comment peut-on imaginer qu’aucune enquête de la GRC, de la SQ n’ait pu aboutir à des poursuites ?

Le scandale d’Onco Petroleum n’en est qu’à ses débuts.

Avec 1400 actionnaires floués dans plusieurs provinces Canadiennes et aux États-Unis et 30 millions de dollars disparus dans la nature, cette affaire à tout d’un mini Norbourg. Tout indique que sans les plaintes aux USA et l’intervention du FBI, l’enquête qui végétait au Canada depuis des années n’en serait guère plus loin aujourd’hui…

Une affaire dans laquelle les différents corps policiers du Québec ne semblent guère pressés de mettre à jour les agissements de l’ancien délateur de la SQ, ni de préciser exactement le rôle de l’ancien inspecteur-chef Louis Raïche.

(1) Ce lundi 11 novembre, le relationniste de la SQ a fait suite à me demande concernant cette enquête interne en me disant qu’il ne pouvait me répondre car Louis Raïche avait quitté la SQ. L’enquête datant de 2010, j’ai insisté au motif que celle-ci devait être terminée au départ de l’inspecteur-chef Raïche de ce service. Le relationniste ne veut pas m’en dire plus et me renvoie à la Loi d’accès à l’information.

– Paru au JdM le 11 novembre 2013