Information et enquête indépendante

Un homme a été tué aujourd’hui lors d’une intervention policière dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

André Benjamin aurait été atteint par plusieurs tirs policiers et est décédé des suites de ses blessures.

LE RÉCIT DES FAITS DANS LES MÉDIAS

Il est intéressant de constater que les médias ne relatent pas les faits de la même façon.

En effet, La Presse livre un compte rendu assez court des faits avec une photo des policiers sur les lieux, en faisant état du témoignage d’un voisin qui dit :« Je dormais et j’ai entendu bang, bang, bang » en ajoutant : « C’est un très bon gars ».

Selon Radio-Canada :« Arrivés sur place, les policiers auraient constaté qu’il tenait un couteau à la main. Le jugeant menaçant, ils auraient alors ouvert le feu, le touchant au moins une fois. »

Selon le Journal de Montréal, « […] les policiers de Montréal se sont présentés sur les lieux et son entrés à l’intérieur de l’immeuble. À un certain moment, les agents et M. Benjamin se sont retrouvés dans la cage d’escalier. On ignore si les agents ont eu le temps de discuter avec l’homme ou si la situation a immédiatement dégénéré. C’est à cet endroit que l’homme se serait avancé vers les policiers avec son couteau et qu’il aurait été abattu. »

Le Journal de Montréal est celui qui, de loin, présente le compte rendu le plus détaillé de la situation, faisant lui aussi référence à un témoin qui dit avoir entendu trois coups de feu.

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Jenique Dalcourt - Blog de Stéphane Berthomet

Jenique Dalcourt : le doute de Longueuil

Meurtre de Jenique Dalcourt, le mauvais départ de l’enquête.

Dans les jours qui ont suivis l’assassinat de Jenique Dalcourt, j’avais émis de sérieuses réserves sur la façon dont le service de police de Longueuil avait pu mener ce dossier.
L’enquête criminelle est un processus qui fonctionne avant tout sur une méthodologie précise et sur le respect de certaines étapes fondamentales.
On sait, pratiquement depuis le début du dossier, que pour des raisons qui échappent à toute logique, le service de police de la ville de Longueuil n’a pas respecté ces étapes dans le cas de Jenique Dalcourt.

Enquête Jenique Dalcourt : Manque de pratique

Tous les policiers qui enquêtent sur des crimes savent que la préservation du lieu d’un crime, les premières constatations et prélèvements sont les éléments clefs d’une enquête.

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Déontologie, beaucoup de plaintes peu de décisions.

Une affaire impliquant un policier de la SQ qui aurait tenu des propos racistes envers un individu arrêté met en avant un des particularismes du système déontologique Québécois et rappelle dans le même temps une constante du système policier.

On nous informe en effet que, pour une fois et compte tenu de la gravité des propos, le commissaire à la déontologie s’est abstenu d’utiliser la procédure de conciliation qui est habituellement présentée aux plaignants comme quasiment obligatoire.

Lorsque, en 2013, j’ai travaillé sur ce sujet et étudié des centaines de dossiers de plaintes, j’ai relevé que pour 2008-2009 (dernière année statistique complète du comité), près de 39% des dossiers étaient traités par le commissaire au moyen de la procédure de conciliation.

Pour tous les plaignants avec qui j’ai pu parler, cette mesure constituait un passage obligé et celui ou celle qui refusait de s’y soumettre pouvait voir son dossier classé par le commissaire.

Une avocate spécialiste du droit disciplinaire que j’avais alors consultée avait été très étonnée de ce recours systématique à une telle procédure qu’elle n’avait jamais vu être appliquée avec autant de zèle dans les ordres professionnels où elle opère.

Ainsi, le citoyen qui dépose une plainte contre un policier se présentera le plus souvent seul à une rencontre où le policier sera accompagné de son avocat ou d’un représentant de son syndicat.

Une situation qui conduit à une entente dans 80% des cas et donc à un règlement « amiable » qui ne conduira à aucune sanction ni trace au dossier disciplinaire du policier.

Quand on sait que pour 2008/2009 ce sont 54,4% des dossiers qui ont été classés par le commissaire après enquête préliminaire, on comprend que ce 80% de « réussite » en conciliation conduit à ce que l’immense majorité des dossiers ne terminent pas au comité de déontologie.

En fait, ce sont plus de 90% de ces dossiers qui s’arrêtent au bureau du commissaire sans jamais aller au comité et donc, ne font l’objet d’aucun jugement.

Un pourcentage prudent puisque pour 2012/2013 ce sont seulement 61 dossiers sur 2159 plaintes qui sont arrivés sur le bureau du comité. Je vous laisse faire le calcul !

Un chiffre qu’il faut peut-être corréler avec celui des 80% à 90% de policiers qui refusent de collaborer – ils en ont le droit – avec le commissaire à la déontologie, ainsi que me l’avait confirmé sa responsable des communications.

De quoi s’interroger sur l’efficacité de ce système vers lequel on nous renvoie à chaque incident mettant en cause un policier.

Détecter les tueurs de masse ?

« Dans vingt-six heures et demie, le Jugement va commencer. Difficile, mais pas impossible, nécessaire, excitant et drôle […] Plus qu’un jour. Et le début ? La fin. Ha ha ha. Inversé, mais vrai. Dans vingt-six heures et demie, le Jugement va commencer. Difficile, mais pas impossible, nécessaire, excitant et drôle.
La vie serait-elle amusante sans une pincée de mort ? »
(Extrait du journal de Dylan Klebold à la veille du massacre de Columbine)

Ils ont tué environ 800 personnes ces dernières années.
Qui sont-ils ? Employé de banque discret, élève timide ou voisin insignifiant, un jour ils sont entrés dans un commerce, une école ou sont tout simplement descendus dans la rue une arme à la main pour tuer tous ceux qu’ils rencontraient.
Un comportement qui, hors du cadre de l’expertise médicale, défi toute forme de bon sens et ressemble à un acte de folie.

Un acte contre lequel les forces de l’ordre sont rarement vraiment préparées, tout simplement parce qu’il n’entre pas dans le champ des actes les plus probables dans beaucoup de pays.
Et pourtant, dans une grande partie des cas (la moitié selon certaines études), les tueurs avaient donné des signes qui auraient pu alerter leur entourage ou les forces de l’ordre.
Plusieurs d’entre-eux se sont signalés sur le web avant de commettre, indiquant même à quelle date ils allaient agir.

Évidemment il n’est pas possible de scruter Internet en permanence pour y rechercher ce genre de messages, mais cela fait réfléchir sur la nature des moyens mis en œuvre par certains pays pour écouter, détecter et identifier en amont la source de potentiels actes de terrorisme, alors qu’aux États-Unis même, plusieurs tueurs de masse sont passés à l’acte sans qu’aucun ne soit jamais détecté au préalable.

– Paru sur le blogue du JdM le 10 avril 2014

« Colosse » Plamondon condamné à tort ?

LE COLOSSE ET LA POLICE

Trafiquant de drogue, voyou peu fréquentable, Yves « Colosse » Plamondon n’a rien d’un enfant de coeur.
Ainsi, quand il a été reconnu coupable des meurtres de Denis Ouellet, Claude Simard et Armand Sanschagrin et condamné en 1986 à  la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant d’avoir purgé 25 ans de sa peine, personne n’a du être vraiment surpris.
Cette condamnation, c’est au délateur André « Bull » Desbiens qu’il la doit, un délateur qui était lui-même tombé entre les griffes de la police et qui avait alors conclu un marché avec les policiers.

DÉLATEUR PEU FIABLE ET PROCÈS INÉGAL

27 ans plus tard, le « Colosse » continue de clamer son innocence, tandis que les procédures sont allées d’appel en appel jusqu’à la cour Suprême, qui a refusé d’entendre la cause il y a 12 ans.
Pourtant, durant tout ce temps, plusieurs évènements sont venus, sinon renforcer son point de vue, au moins semer quelques interrogations sur la réalité des accusations portées contre lui.

Et d’abord Desbiens qui, à l’article de la mort, était revenu sur ses propos en disant avoir menti en échange de faveurs de la part des policiers, ajoutant qu’il n’avait pas purgé une peine à laquelle il avait été pourtant condamné. Desbiens, qui avait aussi formulé à l’époque un autre témoignage qui avait été largement mis en doute alors qu’il mettait en cause une avocate qu’il accusait d’avoir commandité un vol qui s’était terminé en meurtre. L’affaire avait fait d’ailleurs l’objet d’un arrêt des procédures.

Mais là ne sont pas les seuls doutes dans cette affaire, puisqu’il est maintenant établi que des témoignages n’auraient pas été porté à la connaissance de la défense.
Des témoins auraient fait deux déclarations tandis qu’une seule aurait été produite au procès…

De quoi introduire, selon son avocat Daniel Rock, un doute suffisant sur la culpabilité de Palmondon.

LA HAINE DE LA SQ

Une chose est certaine en tout cas, c’était la haine entre « Colosse » et la SQ.
Un incident qui m’a été raconté par Gaétan Rivest, un ancien de la SQ, en dit long sur les rapports entre Plamondon et la police à l’époque des faits.
Rivest (sur qui je reviendrais dans un autre article prochainement mais dont il faut dire qu’il a eu des ennuis avec la justice après son départ de la police) me raconte que la SQ cherchait très activement « Colosse » et que le jour où il est arrêté, il est trouvé en possession d’un papier sur lequel figure le numéro de plaque de l’automobile personnelle d’un policier de la SQ à Québec.
C’est le branle-bas de combat et Rivest explique :

Tout le monde a été rappelé au QG de la SQ et je me souviens qu’il a été demandé aux secrétaires de quitter les bureaux, ainsi qu’à un capitaine nommé Scott.
Nous nous sommes mis en rang dans le couloir et nous l’avons battu à coups de pieds et coups de poings.

Une mésaventure que Plamondon lui-même aurait passée sous silence. Pour plusieurs raisons certainement, la première étant qu’il n’était pas si rare que cela que les voyous se fassent brasser un peu… parfois beaucoup. Aussi, parce qu’il n’est jamais valorisant pour un criminel endurci de devoir admettre qu’on a pris une raclée par des policiers.
Surtout quand on se surnomme « Colosse »…

Je l’ai dit, je reviendrais sur Gaétan Rivest dans un autre article, mais pour l’instant admettons qu’il soit possible de ne pas être « tout blanc » et dire quand même la vérité…
Admettons que cette scène de violence, qui peut sembler totalement surréaliste à ceux et celles qui ne connaissent pas bien la police, se soit réellement déroulée.

Car de telles scènes existent, même elles se sont déroulées souvent il y a bien longtemps.

VENGEANCE DE LA SQ ?

Selon le propre aveu d’André « Bull » Desbiens, les policiers voulaient coincer Plamondon.
Avec la découverte de ce numéro de plaque entre les mains de ce criminel endurci, jusqu’où les policiers étaient-ils prêts à aller pour envoyer le « Colosse » à l’ombre ?

De son côté, cela semblait bien faire l’affaire de Desbiens qui se sortait ainsi d’une situation difficile.

INFORMATEURS, DÉLATEURS, DÉNONCIATEURS

On dit, à tort que les délateurs « donnent » des informations. C’est faux, ils vendent des informations contre une entente qui va souvent jusqu’à l’absence de poursuites pour leurs propres crimes et une somme d’argent qui peut aller jusqu’à plusieurs millions de dollars.
Pour certains, c’est devenu un véritable métier dont ils vivent bien mieux que vous et moi.

Pour d’autres, le seul moyen de se tirer d’affaire. Pensez-y, que seriez vous prêts à « donner » pour sauver 7 ans de votre vie en prison ?

Et si, justement, les intérêts convergents du moment entre la SQ et « Bull » Desbiens avaient conduit à envoyer Plamondon en prison pour des crimes qu’il n’a pas commis ?

Pour qui cherche la justice, l’hypothèse se doit au moins d’être vérifiée.

– Paru au JdM le 3 décembre 2013