Profilage racial en techniques policières ?

[Cet article est une exclusivité]

La race et les groupes ethniques

Au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, sur le campus de Rouyn-Noranda, on a une façon d’enseigner la criminologie aux jeunes élèves policiers qui ressemble étrangement à du profilage racial.

Sous le titre, plutôt frappant de « La race et les groupes ethniques », le cour intitulé criminologie et travail policier qui est dispensé aux élèves de première année, contient de bien curieux propos sur les « noirs, les autochtones et sur d’autres groupes d’immigrants » et les types d’infractions qui seraient commises par ces groupes de personnes.

Un contenu de cours plutôt surprenant.

Sur le document de cours, auquel j’ai eu accès, on peut lire ce qui suit (présentation identique au texte du cours) :

– certaines origines ethniques privilégieraient certains types d’infractions plutôt que d’autres. Comme par exemple, les noirs commettent plus de crimes que les blancs et ont une criminalité de violence plus marquée (meurtres, vols avec violence, voies de fait, agressions sexuelles), chez les blancs, il s’agit plus d’une criminalité comme usage de faux, conduite en état d’ivresse, IPE [Introduction Par Effraction NDLR] alors que chez les italiens c’est plus la mafia, chez les asiatiques ce sont les triades (crime organisé), les irlandais (le terrorisme… pressions politiques par rapport à la Grande-Bretagne), les chinois (infanticides à cause d’une politique gouvernementale).

– les minorités ethniques ont tendance à se regrouper pour posséder un certain pouvoir (ex : quartier de la petite Italie à Montréal, quartier parc extension, quartier chinois…).

Évidemment, on ne peut qu’être frappé par la caricature des propos et les raccourcis taillés à la hache qui donnent une image particulièrement négative des minorités ethniques.

Rappelons que ce cours est le premier contact avec la criminologie pour des apprentis policiers âgés seulement d’une vingtaine d’années.

Une maladresse, mais une mise en contexte selon la professeure

Interrogée sur le contenu de son cours, la professeure, et coordonnatrice du programme de criminologie, reconnait que le texte est  » ordinaire et maladroit », mais m’explique qu’elle s’est inspirée de différentes sources reconnues dans le milieu de la criminologie. Elle insiste sur le fait que le contenu du document est expliqué et mis en perspective par elle pendant son cours, mais aussi par d’autres enseignants dans d’autres matières comme la sociologie. Elle m’explique aussi que les facteurs qui favorisent de tels résultats (familiaux, économiques, géographiques…) sont expliqués aux élèves.

Il n’en reste pas moins que les propos sont choquants et conduisent inévitablement à la stigmatisation des groupes visés et en particuliers des gens de race noirs qui sont décrits dans ce texte comme des criminels violents et des agresseurs sexuels en puissance.

Il est en effet pour le moins surprenant de livrer ainsi à de jeunes étudiants policiers, qui en sont encore à construire leur corpus éthique et moral, des informations aussi connotées, pour ne pas dire brutales, qui ne vont pas manquer de frapper leurs esprits.

Des informations Étasuniennes vieilles de près de 50 ans.

Ainsi que me l’a indiqué la professeur du Cégep de l’Abitibi-Temiscamingue, certains des éléments cités dans son document proviennent en effet de deux ouvrages : Criminologie générale de Gariépy et Rizkalla chez Modulo éditeur et du livre de Marc Ouimet, Facteurs criminogènes et théories de la délinquance, paru aux Presses de l’université de Laval.

Cependant, la lecture des textes en question révèle que les informations de ces ouvrages concernent les États-Unis et que les statistiques auxquelles se réfèrent la professeure dans le Criminologie générale de Gariépy et Rizkalla, proviennent du FBI et datent de… 1966.

Enfin, c’est à signaler, le Criminologie générale de Gariépy et Rizkalla relève en effet dans le tableau utilisé comme source par la professeure que certains types de délits violents ou sexuels sont proportionnellement plus le fait des individus de race noire. Ce n’est cependant pas le cas de tous les délits sexuels, puisque les délits sexuels mineurs sont majoritairement le fait des blancs.

Nous sommes donc dans ce tableau, même aux États-Unis en 1966, bien loin de l’image du noir violeur sanguinaire face au profil du blanc légèrement escroc ou conduisant en état d’ivresse…

Interrogé au sujet de la collecte d’informations ethniques ou raciales, Statistique Canada m’a apporté la réponse suivante : « Nous ne captons aucune information liée au statut d’immigrant ni à l’origine ethnique dans nos enquêtes auprès des services policières, des tribunaux juridiques, et des services correctionnels. »

On ne peut pas être plus clair.

Un contenu qui surprend et choque d’autres professeurs.

Je suis entré en contact avec d’autres criminologues qui enseignent en techniques policières au Québec, qui m’ont fait part de leur étonnement, certains de leur malaise même, devant la formulation employée dans ce cours.

Les professeurs interrogés s’étonnent de la façon abrupte dont les informations sont présentées et me disent qu’ils n’auraient en aucune façon fait leur propre cours ainsi.

L’un d’entre-eux m’explique qu’à son avis, cette formulation risque « d’encourager les préjugés » de la part des futurs policiers.

Ayant pu avoir accès, par des sources, au contenu des cours d’autres Cégep au Québec, j’ai pu constater que, si des notions telles que « Certaines ethnies privilégieraient certains types d’infractions plutôt que d’autres » figurent dans certains cours, elles y sont introduites au conditionnel et avec des précautions bien plus grandes qu’à Rouyn-Noranda.

Un cours qui pose beaucoup de questions

Le cours de criminologie est un module de 45 heures dispensées sur la première année d’étude au Cégep et la partie réservée aux facteurs criminogènes n’est en général que de quelques heures sur l’ensemble. Sur un document de cours complet qui peut faire plus de cinquante pages, la partie sur les facteurs ethniques ne fait tout au plus qu’une demi-page.
C’est dire si, malgré la volonté de mise en contexte, le temps est limité pour « amortir » l’impact de ces propos.

Les cours sont rédigés par les professeurs eux-mêmes dans le respect d’un plan-cadre  comportant des éléments de compétence décidés par le ministère. Seule l’évaluation des professeurs permet de juger en partie de leur travail, mais les notes de cours ne sont pas soumises à un contrôle pédagogique organisé pour s’assurer de leur niveau ou de leur validité.

Une absence de contrôle pédagogique qu’il serait peut-être utile de corriger…

Profilage racial dès le Cégep ?

Pour avoir longuement discuté avec elle, il semble clair que la professeure du cours de criminologie de Rouyn-Noranda n’avait pas d’intention malveillante en rédigeant ce cours tel qu’elle l’a fait.

Il n’en reste pas moins qu’un tel contenu, qui n’a semblé heurter personne au sein de l’établissement, ne peut que marquer de façon extrêmement négative les esprits influençables des jeunes élèves du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, qui sont les policiers de demain.

De plus, comment ne pas faire le lien entre la nature de cet enseignement et les questions de profilage racial qui reviennent régulièrement hanter les pratiques policières modernes ?

Pendant mon enquête sur ce sujet, on m’a informé que le contenu du cours allait être revu et modifié au Cégep de Rouyn-Noranda.

Pourtant, on ne peut s’empêcher de se demander combien de jeunes policiers sortant de ce Cégep dans quelques années iront enfiler leur uniforme de patrouilleur en ayant encore à l’esprit le fait que « les noirs commettent plus de crimes que les blancs et ont une criminalité de violence plus marquée (meurtres, vols avec violence, voies de fait, agressions sexuelles) ».

Le document :

Capture d’écran 2014-04-06 à 23.09.55

– Paru le 4 avril 2014 sur mon blogue du JdM

Le vol MH370 a-t-il continué de voler ? [EXCLU]

LE SILENCE DE LA MALAISIE

Une grande partie du mystère qui entoure la disparition du vol MH370 de la Malaysia Airlines tourne autour de l’absence de données quant à sa position exacte au moment de sa disparition.
Aucun appel de détresse n’aurait été envoyé par les pilotes et les autorités Malaisiennes n’ont pas confirmé à ce jour que des messages automatiques de maintenance aient été transmis selon le système ACARS qui équipe certains avions de lignes les plus récents.
Tous les experts s’entendent aujourd’hui pour dire qu’il n’est pas normal que les autorités Malaisiennes ne soient pas en mesure de donner des informations sur le plan de vol exact et les derniers éléments de vol de l’avion.
Tout ce flou entretien bien entendu les hypothèses les plus diverses, dont j’ai fait hier une rapide présentation ici.
Avant d’élaborer sur la question, il faut rappeler que dans le cas de la disparition du vol AF447 entre Rio et Paris, il aura fallu cinq jours pour trouver les premiers débris de l’avion et deux ans pour repêcher l’épave ainsi que les boites noires qui n’émettaient d’ailleurs plus de signal, faute d’énergie.

DES DIFFÉRENCES IMPORTANTES ENTRE LE MH370 ET LE AF447

La disparition du vol MH370 recèle pourtant des éléments bien particuliers qui rendent cette affaire très différente du crash du vol AF 447.
On sait maintenant qu’une enquête pour des actes terroristes a été ouverte par les autorités Malaisiennes qui bénéficient du support du FBI, qui s’est presque immédiatement transporté sur les lieux.
Les deux passagers ainsi que celui qui aurait organisé l’achat de leurs billets sont sous la loupe des autorités et les services antiterroristes de plusieurs pays échangent de l’information en vue de les identifier et d’en savoir plus sur leur éventuelle implication dans cette disparition.
Il n’est d’ailleurs pas à exclure que l’utilisation de ces passeport ne soit pas en lien avec un acte terroriste mais plutôt avec une « simple » usurpation d’identité, comme dans le cas d’une immigration clandestine par exemple.
Malgré le fait que les services antiterroristes français n’aient pas encore ouvert une enquête et que le Canada ne se soit pas non plus avancé sur ce sujet, les hypothèses de l’attentat en plein ciel et de l’incident technique d’une telle ampleur qu’il ait conduit à la dislocation de l’avion en vol sont celles qui restent les plus plausibles.

UNE PISTE TRÈS PEU CONSIDÉRÉE

Pourtant, il y a une autre piste, murmurée par quelques experts comme celui-ci, qui laissent entendre que le vol MH370 n’aurait peut-être pas disparu corps et bien.
Jusqu’à ce matin, je considérais cette piste comme étant la plus improbable, pour ne pas dire fantaisiste.
Qu’on me suive bien : en tant qu’ancien policier antiterroriste, j’ai participé à plusieurs dossiers d’enquêtes sur des vols aériens détournés ou victimes d’actes de terrorisme. Je ne suis ni un amateur des théories du complot, ni très friand de raisonnements qui trouvent leur source dans des hypothèses hasardeuses.
Je m’aventure donc ici en territoire inconnu pour émettre une hypothèse plutôt audacieuse pour esprit cartésien tel que le mien !

INFORMATION CONFIDENTIELLE

Et je m’y avance parce que j’ai eu connaissance ce lundi d’une information très confidentielle m’indiquant que malgré sa disparition des radars au beau milieu de l’océan, l’avion aurait continué à donner sa position pendant au moins plusieurs heures !
Ainsi, selon cette information, l’avion n’aurait pas disparu ni explosé en plein vol pour une raison inconnue, mais aurait continué à émettre des données longtemps après des radars des autorités aériennes Malaisiennes.
Cette information m’est parvenue d’une source dont je ne peux faire état et j’ai donc tenté d’obtenir des précisions auprès de ceux qui traitent habituellement ces données.
Il n’existe que très peu de compagnies dans le monde qui détiennent le savoir faire et le personnel compétent pour analyser et décrypter les informations transmises par les avions afin de rendre ce flot de données compréhensible et utilisable.
Certaines de ces entreprises ont d’ailleurs activement collaboré aux enquêtes sur la disparition d’autres avions dans des circonstances identiques.
Il n’est donc pas difficile pour moi de savoir qui fait quoi dans ce genre de cas et d’appeler la compagnie potentiellement concernée par ce travail.
Cependant, malgré plusieurs appels directs à la responsable des communications de la société en question, rien.
Aucune réponse ni retour d’appel.
Pas plus qu’à mes courriels à son adresse internet directe au sein de la société.
J’ai demandé à parler à un cadre ou un responsable, impossible.
J’ai enfin expliqué au réceptionniste que j’avais des informations concernant l’éventuelle implication de la société en question dans le travail relatif à la recherche du vol MH370 et que j’allais sortir une information à ce sujet.
Je lui ai demandé de faire passer ce message à sa direction ou un responsable pour qu’ils en soient informés.
Rien. Silence total… comme les autorités Malaisiennes sur l’existence ou pas de ces fameuses données de vol.

UN FAISCEAU D’ÉLÉMENTS

Cette information, bien que je la considère comme fiable, ne peut justifier à elle seule que je donne le nom de cette entreprise, mais elle jette tout de même une lumière très particulière sur l’affaire quand on l’ajoute à d’autres éléments de ce dossier.
Plusieurs médias évoquent en effet le fait que les téléphones de certains passagers du vol MH370 continuent à fonctionner et que même, sonnent à l’appel de leur numéro.
D’autre part, on nous dit que le vol aurait amorcé un demi-tour sans que les autorités aériennes Malaisiennes ne soient – trois jours après le drame – en mesure de dire si cette manœuvre figurait ou non au plan de vol.
Bien qu’il ait fallu près de cinq jours pour retrouver les débris du vol AF 447, on ne peut que constater que l’absence de découverte de débris dans le cas du vol MH370, alimente les hypothèses les plus folles.
Enfin, dernier élément troublant, cette déclaration d’un pilote qui aurait été contact avec le vol MH370 au moment de sa disparition et qui pose de nouvelles questions sur la direction du vol au moment des faits.

UN VOL DÉTOURNÉ ?

Et si le vol MH370 avait été détourné de son plan de vol initial et s’était posé quelque part ?

Dans le cas d’un détournement par des terroristes, cette hypothèse est vraisemblable et elle viendrait même expliquer le secret qui plane sur les informations de vol de l’avion et les derniers éléments de sa localisation éventuelle.
Évidemment, cette hypothèse rendrait compréhensible le fait que certains des téléphones de passagers aient pu continuer à sonner alors que l’avion devrait avoir explosé ou disparu en mer…
Elle pourrait même justifier le fait que les terroristes prennent leur temps avant de revendiquer leur acte, attendant que la situation de l’appareil soit connue pour éventuellement négocier.
Pour finir, quand on connait le manque de transparence habituel des autorités Malaisiennes en matières d’affaires intérieures et la culture du secret du gouvernement chinois, on ne serait presque pas étonné si l’un ou l’autre disposait d’informations soigneusement conservées sous le sceau du secret.

L’hypothèse que j’évoque ici est un peu tirée par les cheveux, je le reconnais volontiers, mais au vu de l’ensemble de ces éléments elle vaut largement les autres spéculations.

Il reste possible, évidemment, que l’avion soit resté en vol quelques heures avant de disparaitre en mer ou même qu’il se soit posé quelque part en raison de problèmes techniques.
Dans ce dernier cas, il est très difficile de comprendre pourquoi – à moins d’un atterrissage sur une ile déserte – aucun contact n’a pu être établi quatre jours après le drame.
On serait ici dans un scénario digne de la série télévisée Lost auquel je ne crois guère.
Et il ne faut toutefois pas écarter la possibilité que des raisons techniques puissent expliquer le fait que certains téléphones puissent continuer à sonner et sembler « en ligne » alors qu’ils seraient au fond de l’océan. En effet, la perte du contact entre les appareils et les bornes qui relaient le signal ou le système d’itinérance peuvent parfois induire quelques aberrations techniques.
Car, n’oublions pas que pour que les téléphones puissent sonner, ils doivent impérativement se trouver dans une zone de couverture du réseau de téléphonie mobile et donc, pas au beau milieu de l’océan puisque chaque borne ne couvre que quelques kilomètres.

Je suis souvent le premier à dire qu’il faut se méfier des apparences et si je n’avais pas reçu l’information concernant l’émission de données de vol par l’appareil plusieurs heures après sa disparition « officielle », je n’aurais pas avancé ce genre hypothèse.
Mais si cette information était validée, elle sera certainement un élément central dans la disparition du vol MH370, et surtout dans les recherches de l’avion.

Je vais donc continuer à creuser cette piste jusqu’à en obtenir la confirmation ou l’infirmation et ce billet sera mis à jour en conséquence.

Mise à jour 11/03 à 13h : la compagnie visée par cet article a enfin répondu à mes demandes, après la publication de ce billet, en m’indiquant qu’en raison de l’enquête en cours ils ne feraient aucune communication sur le sujet et que les informations viendraient des autorités aériennes ou des responsables de l’enquête.
Il ne s’agit donc pas du tout d’un démenti mais plutôt d’un refus de répondre à des questions simples, telles que « Votre entreprise est-elle impliquée actuellement dans le traitement des données de l’avion MH370 ? ».
Un silence sur lequel je laisse à chacun le soin de tirer ses propres conclusions.

Compte tenu des délais nécessaires au traitement de ce type de données, on peut imaginer que les informations seront transmises certainement bientôt aux autorités chargées de l’enquête.
Normalement, ce sera l’affaire de quelques heures, ou une journée au plus, avant que nous n’ayons des nouvelles de ces fameuses données.
À moins que pour des raisons liées à l’enquête, les autorités aéronautiques ou policières ne souhaitent conserver encore secrètes ces informations sur le vol MH370.
À suivre !

Itinérants : des indésirables ? [Exclu]

LES BONNES INTENTIONS DU MAIRE

Cette semaine, après l’incident entre le policier et l’itinérant – mais soyez assuré que cela n’a aucun rapport –  le maire Coderre expliquait qu’il avait l’intention de rechercher des solutions pour essayer de régler la délicate problématique des itinérants à Montréal.

À écouter le maire de Montréal nous dire qu’il n’est pas question de les repousser hors de la ville comme certains le souhaiteraient, on perçoit une louable intention de chercher de réelles et durables solutions à la délicate problématique des sans-abri dans la ville.

LA VISION DES ARRONDISSEMENTS ET DU SPVM

Cependant, à lire certains documents, on constate que le nouveau maire va avoir du pain sur la planche et qu’il devra commencer par se mettre d’accord sur sa vision de l’itinérance avec ses arrondissements et le SPVM.

Comme le démontrent certains documents qui m’ont été remis et qui proviennent d’une demande faite par la biais de la loi d’accès à l’information, les sans-abri ne sont pas traités avec le même intérêt, ni le même respect que semble le souhaiter le nouveau maire de Montréal.

Pour preuve, dans un document du Poste de Quartier 22 du SPVM intitulé Bilan de piétonnisation 2010 – Rapport Final, le statut des sans-abri est clair : il sont des indésirables !

Indésirables
Un document dans lequel il ne faut chercher aucune autre solution que des aménagements des parcs destinés à éloigner les itinérants, repoussant évidement le problème ailleurs, sans jamais lui apporter la moindre solution de fond.

LES SANS-ABRI CONTRE LA PIÉTONNISATION DE STE-CATHERINE

On comprend évidemment que les sans-abri sont les « indésirables » de cette partie du quartier Ville-Marie dans lequel la ville caresse depuis longtemps le projet, qui refait surface aujourd’hui, de rendre la rue Ste-Catherine piétonnière de façon durable, idée qui semble avoir les faveurs de M. Coderre.

En 2012, plusieurs médias (Métro et La Presse entre autres) reprennent en cœur le même discours : la piétonnisation de la rue Ste-Catherine est mise en danger par la petite criminalité et les incivilités.

Qui sont donc les premiers visés : sans aucun doute possible les sans-abri qui semblent créer suffisamment de trouble pour empêcher ce dossier d’être mené à terme.

LES MÉCHANTS ITINÉRANTS ET LA RÉALITÉ DES CHIFFRES

À en croire les médias à l’époque, qui reprennent la soupe qui leur a été servie sur un plateau, ce serait les méchants sans-abri qui causeraient suffisamment de trouble pour que l’on ne puisse pas mener à bien la piétonnisation, même temporaire, de la rue au niveau du parc Émilie-Gamelin.

Pourtant, les rapport du PDQ 22 de 2010 et 2011 disent tout simplement qu’il n’y a aucune hausse du nombre d’incivilités. (ci-dessous celui de 2011)

nombre incivilités

SOLUTION : PLUS DE RÉPRESSION ?

Malgré cela, quelles sont les propositions qui ont été faites par le SPVM ?

Adopter réglement

Édicter un règlement qui n’a d’autre but que de pousser les itinérants hors du secteur.

Tout ceci démontre une fois de plus qu’il y a beaucoup de chemin à faire avant de pouvoir considérer la question des sans-abri autrement que sous l’angle sécuritaire.

Mais ne soyons pas injustes, il ne faut pas se surprendre non plus, lorsqu’on laisse la gestion de ce genre de questions entre les mains des forces de l’ordre, qu’ils tentent de les régler avec les moyens qu’ils connaissent…

ET SI ON PENSAIT À AUTRE CHOSE ?

Montréal n’est pas la seule ville à faire face à cette question difficile et M. Coderre lui-même soulignait que certaines solutions doivent certainement se trouver très en amont du travail des policiers.

Car il s’agit d’un vaste problème qui recouvre de nombreuses aspects et s’il est clair qu’il n’existe pas une seule solution à une problématique aussi complexe, il serait peut-être temps de se rendre compte que celle de la répression est bien la dernière à mettre en œuvre.

Reste plus, M. Coderre, qu’à le dire à vos arrondissements et au SPVM.

–  Paru au JdM le 14 janvier 2014

Tirs policiers : faisons parler les chiffres

L’incident d’aujourd’hui, ajouté aux précédents de ces dernières années, donne encore une fois raison à l’argument disant qu’il y a quelque chose dans les processus d’intervention qui dysfonctionne au point de conduire trop souvent à une issue fatale.

Ce n’est pas le seul cas de cet homme tué près de la gare routière, mais la succession de cas plus ou moins identiques qui conduit à faire ce constat.

Pour essayer de regarder cette situation sous un nouvel angle, allons donc voir du côté des chiffres.

407 enquêtes indépendantes ont été ouvertes au Québec entre janvier 2000 et juin 2013.
(source ministère de la sécurité publique)
Ces enquêtes sont menées lorsqu’un citoyen est gravement blessé ou tué dans le cadre d’une intervention policière.

Sur ce chiffre de 407 enquêtes qui comprend tous les cas de figures possible (y compris accidents, suicides…), on obtient celui de 106 citoyens tués ou blessés par balle et 83 autres qui l’ont été autrement que par balle. Soit 189 tués ou blessés gravement.

Ce qui est frappant, c’est que 72,6 % des tirs policiers qui ont tués ou blessés gravement des gens se sont produits pendant les 6 dernières années et demi de la période retenue.

Près des trois quart des tirs policiers se sont déroulés sur la seconde moitié de la période, avouez que cela fait réfléchir non ?
Évidemment, cette aberration statistique doit bien trouver sa source quelque part.

Ne la cherchons pas du côté d’une réponse de terrain aux risques induits par le niveau de criminalité puisque le Québec se maintien en dessous du taux moyen de criminalité au Canada.
À Montréal, le taux de criminalité à d’ailleurs diminué de 42% en quinze ans.
Une baisse de 4,3% rien qu’en 2012 selon le SPVM.

On ne peut non plus l’expliquer par un « traumatisme » faisant suite à des drames au sein du SPVM, puisque ce service n’a pas connu de mort policière depuis les dix dernières années. Et souhaitons que cela dure.

Là où les choses deviennent complexes, c’est que l’explication de tout ceci ne tient certainement pas dans la seconde où le policier fait feu, mais bien souvent dans le déroulement des minutes qui précèdent.

Et l’on peut d’ailleurs admettre que dans la plupart des cas, les policiers sont objectivement en état de légitime défense au moment du tir.
Je dis dans la plupart des cas, puisque dans l’étude que j’ai menée dans le cadre de mon livre, j’ai identifié près d’une dizaine de cas où il apparaissait de très importants doutes sur la réalité de cette légitime défense au vu des documents des dossiers.
Même si il faut pas voir des malversations partout, inutile de se voiler la face sur ce point pour autant.

Mais acceptons le postulat de la légitime défense et oublions la seconde du tir pour revenir une ou deux minutes en arrière, quand il est encore possible de changer les paramètres de la situation.

Dans les minutes qui précèdent le drame, les policiers ont-ils conduit leur intervention de façon suffisamment judicieuse et mesurée pour empêcher une escalade de la violence ou une montée réciproque de stress pour tous les intervenants ?

Ont-ils correctement mis en place des stratégies de négociation, temporisation ou désescalade pour éviter justement d’avoir à en arriver à une situation d’affrontement qui conduira au déclenchement du tir alors qu’on aurait pu l’éviter ?

Face à un individu qui ne voulait peut être pas entendre raison, ont-ils utilisé toutes les ressources – poivre de Cayenne, matraque – en leur possession pour maîtriser l’individu ?

Ont-ils pris les risques suffisants pour que l’engagement physique vienne à bout de l’homme sans avoir à utiliser leurs armes ?

Je suis de plus en plus convaincu que c’est dans la philosophie même de l’intervention que se trouvent les raisons de son échec.

C’est dans cette vision d’une dynamique conflictuelle écartant trop souvent les solutions d’alternative à l’affrontement que se trouve certainement l’origine de ces tirs mortels.

Comment ne pas se poser une telle question quand on sait que dans la mort de Mario Hamel et Patrick Limoges (tous deux tués par un tir policier, le second étant un passant), l’intervention aura durée en tout et pour tout seulement deux minutes.

Comment ne pas se poser la question quand on analyse l’affaire Villanueva et que l’on constate que les policiers sont passés systématiquement à côté de toutes les options de désescalade et de désengagement pour finalement se retrouver débordés par la situation au point de devoir faire feu.

Comment ne pas croire qu’un policier sera tenté de faire usage de son arme quand on sait que selon ce qui est enseigné à l’ENPQ, un homme armé d’un couteau est considéré comme un risque mortel lorsqu’il se trouve à une distance de 20/30 pieds du policier ?

Il y a beaucoup trop de questions et trop peu de réponses sur ce sujet pourtant de toute première importance.

Un dernier chiffre pour finir et alimenter vos réflexions : la France a un taux de criminalité bien supérieur au Canada et se trouve en seizième place dans la statistique des meurtres commis dans le monde alors que le Canada y est trentième.

Avec ses quelques 220.000 policiers et gendarmes (qui sont loin d’être des modèles du genre) et ses 65 millions d’habitants, la France fait face à deux fois moins de citoyens tués que le Québec avec ses 14700 policiers pour un peu plus de 7 millions d’habitants.

Un comparaison qui ne plaira pas à tout le monde, je le sais bien, mais qui devrait en faire réfléchir plus d’un…

– Paru au JdM le 5 février 2014