Aux États-Unis la cible est noire…

Michael Brown, Tamir Rice, Justus Howel et mardi Walter Scott sont les dernières victimes noires des tirs des policiers américains.

Est-il permis de penser qu’il existe réellement aux États-Unis une culture qui conduit les individus de race noire à être plus ciblés que les blancs ?

Oui répondrons sans hésiter certains, il suffit de voir la liste des cas qui se succèdent.

Or, il existe peu de statistiques officielles qui prennent en compte les caractéristiques raciales des personnes tuées par les corps policiers et une analyse globale à l’échelle du pays semble donc impossible.

Capture d’écran 2015-04-08 à 12.19.38

Cependant, certaines organisations recensent les données ouvertes à ce sujet et la revue Mother Jones a collecté des données très intéressantes sur le sujet, comme le démontre le tableau ci-dessus.

Toujours selon ce site, ce sont 4813 personnes qui sont mortes entre 2003 et 2009 lors d’une intervention policière ou lorsqu’elles étaient sous la responsabilité de la police.

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Police américaine, Walter Scott devait mourir.

La vidéo fait le tour des médias et des réseaux sociaux.
On y voit un policier tirer à huit reprises sur un homme noir qui prend la fuite.

Même si les premières images laissent voir un contact entre Walter Scott (l’homme au t-shirt vert) et le policier, il apparaît clairement qu’à aucun moment la vie de ce dernier n’est en danger alors qu’il déclenche son tir.

Plusieurs moments de cette vidéo me semblent spécialement révélateurs de la gravité de la situation :

– Le policier fait feu à huit reprises, le huitième tir étant fait après un court laps de temps qui a servi à ajuster le tir sur l’homme qui courait de dos.
– Après son tir, le policier se rend tranquillement auprès de l’homme qui est au sol, vraisemblablement agonisant.
– Au lieu de se dépêcher de procéder aux gestes de premiers secours, le policiers lui passe les menottes.
– L’homme reste de longues minutes, face contre terre sans même que le policier ne tente de le placer dans une position de premier secours ou d’évaluer ses blessures.

Que dire de cela, si ce n’est que Walter Scott devait mourir ?

Après avoir fait feu sur un homme désarmé le policier fait sciemment le choix de laisser Walter Scott mourir face contre terre.

Cette vidéo représente à elle seule tout ce qui est reproché au système policier américain, l’application de la peine de mort dans la rue et l’impunité dans la plupart des cas.

Sans la vidéo d’un passant le policier, qui bénéficiait d’une campagne de soutien, s’en serait tiré à bon compte.

Et la question revient, lancinante… Combien d’autres Walter Scott passés sous silence ?

Déontologie mode d’emploi

Contrairement à ce qui est rapporté dans plusieurs journaux ces derniers jours, le commissaire à la déontologie n’a pas « ordonné l’ouverture d’une enquête » sur le cas de la manifestante Noémie Tremblay-Trudeau.

En réalité, le commissaire ne peut ordonner une enquête de sa propre initiative mais doit faire suite à une plainte.
D’autre part il fait mener cette enquête – après plainte – par ses propres services et sous sa direction.

À la date d’hier, le commissaire à la déontologie avait reçu six plaintes au sujet de cette affaire, mais il n’est pas possible – pour des raisons de confidentialité – de savoir si l’une d’elles émanait de Noémie Tremblay-Trudeau.

Il faut souligner que bien que le commissaire se soit engagé directement dans la voie d’une enquête, il peut toujours organiser une conciliation au moment où il le jugerait opportun compte tenu des éléments du dossier.

Enfin, dans l’immense majorité des cas, les policiers refusent de participer au processus d’enquête du commissaire.

Dérive déontologique au PDQ 38 ?

Le policier Dimitry Harris, contre lequel une plainte a été déposée par une enseignante et un concierge d’école cette semaine n’en est pas à son coup d’essai.

Comme je le signalais dans mon article d’hier, le policier Dimitry Harris apparaît déjà au calendrier de comparution du comité de déontologie à la date de février de cette année.
Cela signifie qu’il se trouve impliqué dans une plainte considérée comme suffisamment importante et fondée pour que le dossier soit renvoyé devant la commission dont le jugement est en attente.
Pour mieux comprendre, il faut savoir qu’environ 95% des plaintes présentées au commissaire sont rejetées ou classées sans aller devant le comité.

Selon Radio-Canada, qui publie ce soir un article sur son site, cette plainte serait consécutive à une intervention au cours de laquelle une femme aurait été violemment projetée contre un parcomètre.

Mais ce n’est pas la première fois que ce policier a participé à une arrestation «contestable», pour employer un terme prudent. Voyez plutôt…

Le 11 mars 2011 lors du lancement organisé par une compagnie musicale, Marie Larocque s’est retrouvée dans une situation qui ressemble étrangement à celle du concierge et de l’enseignante d’hier.

Dans la rue, devant le lieu où se tenait l’activité qu’elle organisait avec un associé, Marie Larocque jette au sol un  mégot de cigarette.
Au même moment une autopatrouille passe non loin de là.
Les constables Richard Paquette et Dimitry Harris sortent de l’automobile et le policier Paquette s’adresse familièrement à la contrevenante pour lui dire qu’il va lui dresser une contravention tout en la traitant de « pollueuse » en la tutoyant.

Marie Larocque, qui se trouve sur un lieu de travail, ne veut pas de souci et s’excuse auprès des policiers.
Ceux-ci lui demandent alors de justifier de son identité et elle leur indique que ses documents sont dans une salle toute proche vers laquelle les deux policiers l’accompagnent.

Arrivés devant la porte d’une pièce exiguë, Marie Larocque demande aux policiers de patienter.
Le constable Paquette refuse et veut rentrer avec elle dans la pièce dont le sol est plein de sacs et d’effets personnels déposés par les participants à l’activité.

Alors qu’elle lui répond qu’elle ne préfère pas qu’il entre, le policier la prend par le coude pour l’entrainer de force dans une autre pièce où se trouvent des invités de l’évènement.

Au moment où elle pose sa main sur le bras du policier pour lui dire qu’il lui fait mal – elle explique avoir conservé une ecchymose durant trois semaines – celui-ci lui retourne le bras derrière le dos et procède à son arrestation devant tout le monde.

Alors que les gens s’étonnent de ce qui se passe, le constable Dimitry Harris donne un coup de pied sur une table.

Les deux policiers ramènent alors Marie Larocque vers l’auto et lui passent les menottes en la plaquant sur le capot de la voiture.
Celle-ci ne se souvient pas d’avoir été informée de ses droits et on ne lui dira que dans le véhicule qu’elle est accusée de voies de fait.
Ramenée au PDQ 38 elle sera libérée après avoir signé une promesse à comparaître.

S’en suivent presque trois années de procédure pour assurer sa défense qui lui coûteront près de 20.000 $.

Le 27 janvier 2014, elle a été acquittée en cour municipale.

Son associé, menacé par un autre policier du PDQ 38, a déposé une plainte en déontologie, qui s’est soldée par une entente amiable.

Depuis, Marie Larocque a fait une requête introductive d’instance en dommages pour tenter de récupérer une partie de la somme.

Pour une cigarette jetée au sol, une intervention brutale et disproportionnée, la vie de Marie Larocque a basculée dans un long et coûteux processus judiciaire.

Elle a du subir l’humiliation d’une arrestation sans ménagement devant les participants de l’activité qu’elle organisait.

Pour une cigarette jetée au sol, et aucune autre raison, puisqu’elle a été acquittée des accusations de voies de fait.

Combien de fois ce scénario se produit-il quand les policiers décident d’employer les grands moyens contre des citoyens ?

Combien de policiers du poste de quartier 38 sont « affectés » par cette tendance à user inconsidérément des pouvoirs qui lui ont été octroyés pour assurer notre sécurité ?

Il y a manifestement un problème au PDQ 38 – où travaillait l’agente 728 -, qui va le résoudre ?

– Paru au JdM le 13 juin 2014

Une commotion cérébrale après une charge policière le 3 avril

L’homme de 71 ans, qui avait été poussé au sol sur son vélo lors d’une charge du SPVM est hospitalisé pour une commotion cérébrale.
Il se nomme Robert Fransham et il est enseignant au secondaire a la retraite.
Son nom ne vous dit rien et pourtant vous l’avez vu sur tous les écrans de télévision la semaine passé.
Il a été blessé lors de la manifestation du 3 avril durant une charge du SPVM.
Capture d’écran 2014-04-03 à 22Bousculé par l’un des policiers de la ligne qui chargeait les manifestants, l’homme est tombé sur son vélo, ce qui lui a occasionné plusieurs blessures dont une importante à la jambe et l’autre à la tête.

Il est hospitalisé depuis hier pour une commotion cérébrale et d’autres examens se poursuivent tandis qu’il restera plusieurs jours à l’hôpital.

Comme plusieurs autres personnes blessées par des attaques ciblées de la part des policier, Robert Fransham prenait des photos.

Cette même journée, trois journalistes ont été blessées par des policiers et deux d’entre eux ont déposé des plaintes en déontologie.

Ces informations n’ont pas fait les manchettes des journaux et ce blogue est le seul à dévoiler les conséquences des blessures infligées à Robert Fransham lors de la charge policière de la manifestation du 3 avril.

[INFO EXCLUSIVE @analystepolice]

–  Paru sur le site du JdM le 11 avril 2014

SPVM : une dangereuse spirale de violence

 

Du point de vue du maintien de l’ordre en général, la manifestation du 3 avril dernier s’est plutôt bien déroulée.

Le SPVM, malgré quelques actes de violence en fin de manifestation de la part de certains individus, n’a pas procédé à des arrestations de masse et semble avoir limité ses tirs d’armes de défense au strict minimum (bien qu’il existe au moins un cas d’une personne disant avoir été atteinte par un tir de balle plastique sans motif valable.)

Cependant, derrière les apparences, se profile un autre constat plutôt inquiétant car pernicieux et révélateur d’un certain courant de pensée qui gagne une partie des troupes policières depuis le printemps 2012.

Avant de poursuivre sur ce point, je tiens à vous préciser que je fais ici référence à une minorité de policiers et que je ne place pas tous les membres des forces de l’ordre dans le même sac…

Que s’est-il donc passé de particulier le 3 avril dernier ?

Des incidents isolés qui font suite à d’autres incidents du même type lors d’autres manifestations et qui, mis bout-à-bout, indiquent clairement que certains policiers s’en prennent en particulier et individuellement à certains manifestants pour des motivations personnelles.

J’ai noté, alors que je faisais des recherches pour mon livre, que certains policiers développaient une aversion particulière à l’encontre de certaines catégories de manifestants, jugés par eux comme anti-système, donc anti-police.

Évidemment, cette catégorie de manifestants, souvent plus vindicatifs que les autres, existe et revendique et manifeste chaque fois que l’occasion se présente.

Est-ce une raison pour s’en pendre particulièrement à eux, les attaquer plus directement ou serrer plus fort les menottes quand leurs poignets sont à l’intérieur ? Bien entendu que non.

Mais au delà de cette réaction viscérale inacceptable – même si d’un point de vue psychologique elle peut s’expliquer sans se justifier –  on assiste désormais à des attaques ciblées et des coups portés directement contre des « ennemis » identifiés par les policiers eux-mêmes.

L’homme de plus de 70 ans qui a été poussé au sol par un policier lors d’une charge prenait des photos (C’est le SPVM qui me l’a indiqué), le jounaliste de TVA, Kévin Crane, qui a été aspergé de gaz par en dessous de sa caméra filmait les policiers hors de la manifestation, un photographe indépendant, Shane Murphy, a reçu une balle caoutchouc tirée à courte distance alors qu’il prenait des clichés et un autre journaliste qui prenait lui-aussi des photos, s’est fait pousser par dessus un muret…Capture d’écran 2014-04-05 à 22

Et ces exemples ne sont que quelques cas parmi de nombreux autres ces derniers mois.
Depuis deux ans, les exemples sont nombreux et vont de journalistes de CUTV à ceux de La Presse, en passant par plusieurs autres indépendants.

Ainsi, pour certains policiers, les manifestations sont l’occasion d’exercer de basses vengeances personnelles contre ceux qui, selon eux, font partie du problème qu’ils combattent ou ont seulement le tort de vouloir montrer ce qui se passe sur le terrain des manifestations.

Pour chacun de ces cas, certains trouveront une bonne raison à l’intervention des policiers.

J’espère toutefois qu’ils n’oublieront pas que les journalistes doivent pouvoir exercer en tout temps leur métier sans risquer d’être inquiétés, bousculés ou battus comme c’est le cas dans les pays totalitaires.

Au delà de ces considérations importantes, ces cas révèlent un dangereux glissement vers une spirale de violence exercée par des représentants de l’autorité publique selon des motivations et à des fins toutes personnelles.

Une forme de violence qui ne semble pas suffisamment importante aux yeux du corps policier pour qu’il communique à ce sujet sur son intention claire et ferme d’y mettre rapidement fin.

Une forme de violence qui soulève, au moins autant que les autres auxquelles elle s’ajoute, un profond sentiment d’injustice qui ne va pas manquer d’exacerber les tensions et les frustrations et risquer – je ne le souhaite pas mais le crains – de se retourner aussi un jour de façon individuelle contre ses auteurs si ils demeurent impunis.

Car, une spirale de la violence, si elle n’est pas brisée, revient toujours à son point de départ.

PS : Je précise que je ne fais aucune hiérarchie dans les actes de violence et qu’un citoyen blessé ou maltraité n’est pas moins important à titre personnel qu’un journaliste et qu’un policier. Mais l’objectif visé quand un policier s’en prend à un photographe ou un caméraman professionnel, revêt, lui, une certaine importance et envoie un message tout particulier.
Je précise enfin que je ne pratique pas la critique à sens unique et qu’il est déplorable qu’un policier qui fait son travail soit blessé dans l’exercice de ses fonctions. Cependant à la différence des casseurs qui doivent rendre des comptes à la justice, les policiers brutaux doivent aussi rendre des comptes aux citoyens qui payent leurs salaires avec leurs impôts et pour qui, au fond, ils travaillent.

– Paru sur le site du JdM le 6 avril 2014

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