Après Taubira, le tout sécuritaire

Je ne suis pas un fervent admirateur de Christiane Taubira, dont le plus grand tort aura été de ne pas avoir su démontrer aux citoyens que la justice fonctionne sereinement face à une criminalité qui, bien que statistiquement en baisse dans certains domaines, vient rendre de plus en plus difficile le quotidien de monsieur et madame tout le monde.

Le principal problème avec l’ancienne garde des Sceaux, aura été finalement que ses discours, parfois enflammés et souvent très brillants, laissaient beaucoup de place au doute quant à sa façon d’appréhender son rôle et dans quel ordre de priorité elle entendait assurer le bon déroulement de la justice tout en veillant à ce qu’elle soit plus humaine et efficace.

Ceci étant, l’Histoire dira si le bilan de C. Taubira est aussi calamiteux que la droite nous le dit, ce dont on pourrait douter en lisant les statistiques liées à sa politique pénale, sans oublier de se rappeler que la politique d’aménagement des peines est avant tout une initiative de droite.

Au delà donc du départ de C. Taubira, qui était l’une des rares ministres à mettre ses actes en conformité avec ses paroles, ce qu’il faut marquer d’une pierre blanche c’est la nomination de Jean-Jacques Urvoas pour la remplacer.

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Vengeance ou justice ?

L’affaire de ce papa qui, presque trente ans après le meurtre de sa fille est accusé d’avoir enlevé et séquestré le meurtrier de celle-ci pour le livrer à la police, est un cas à part dans les annales de la justice en France.

Après que le meurtrier condamné soit resté libre dans son pays, le père de la jeune victime est maintenant soupçonné d’avoir participé à son enlèvement en vue de le livrer à la justice.

Les questions qui se posent ici sont intéressantes : les citoyens peuvent-ils se substituer à la justice quand elle présente des défaillances aussi lourdes ?

La réponse du tribunal sera certainement non, mais on pourrait imaginer que des circonstances atténuantes soient retenues.

Dans ce cas précis cependant, le rôle du père de famille n’est pas clairement établi.

Mais vous, qu’auriez-vous fait à sa place ?

Et nous, collectivement, que sommes nous en droit d’exiger de notre système de justice ?

Car après tout, à qui appartient la justice si ce n’est aux citoyens ?

– Paru au JdM le 23 mai 2014