Détecter les tueurs de masse ?

« Dans vingt-six heures et demie, le Jugement va commencer. Difficile, mais pas impossible, nécessaire, excitant et drôle […] Plus qu’un jour. Et le début ? La fin. Ha ha ha. Inversé, mais vrai. Dans vingt-six heures et demie, le Jugement va commencer. Difficile, mais pas impossible, nécessaire, excitant et drôle.
La vie serait-elle amusante sans une pincée de mort ? »
(Extrait du journal de Dylan Klebold à la veille du massacre de Columbine)

Ils ont tué environ 800 personnes ces dernières années.
Qui sont-ils ? Employé de banque discret, élève timide ou voisin insignifiant, un jour ils sont entrés dans un commerce, une école ou sont tout simplement descendus dans la rue une arme à la main pour tuer tous ceux qu’ils rencontraient.
Un comportement qui, hors du cadre de l’expertise médicale, défi toute forme de bon sens et ressemble à un acte de folie.

Un acte contre lequel les forces de l’ordre sont rarement vraiment préparées, tout simplement parce qu’il n’entre pas dans le champ des actes les plus probables dans beaucoup de pays.
Et pourtant, dans une grande partie des cas (la moitié selon certaines études), les tueurs avaient donné des signes qui auraient pu alerter leur entourage ou les forces de l’ordre.
Plusieurs d’entre-eux se sont signalés sur le web avant de commettre, indiquant même à quelle date ils allaient agir.

Évidemment il n’est pas possible de scruter Internet en permanence pour y rechercher ce genre de messages, mais cela fait réfléchir sur la nature des moyens mis en œuvre par certains pays pour écouter, détecter et identifier en amont la source de potentiels actes de terrorisme, alors qu’aux États-Unis même, plusieurs tueurs de masse sont passés à l’acte sans qu’aucun ne soit jamais détecté au préalable.

– Paru sur le blogue du JdM le 10 avril 2014

Une police à la mode libérale

Et maintenant ?

Une politique de police et justice libérale

À la SQ, on peut s’attendre à du changement puisque l’actuel chef, Mario Laprise, avait été nommé par Pauline Marois.
Compte tenu des règlements de compte en interne actuellement, il serait non seulement logique mais même salutaire que le nouveau premier ministre fasse le ménage dans la boutique.
Le problème, c’est qu’en faisant le ménage on soulève parfois de la poussière et ce n’est sûrement pas ce que souhaitent les libéraux…
Pourtant, il va bien falloir mettre un peu d’ordre dans le panier de crabe actuel, car les guéguerres internes donnent vraiment une piètre image de la SQ.

Une reprise en main des « dossiers ».

Tout gouvernement qui s’installe place des hommes à lui, ou en tout cas des personnes qu’il juge impartiales, aux postes les plus sensibles et stratégiques.
Ce n’est pas réservé aux libéraux comme nous l’avons vu avec les nominations dites « partisanes ».
Mais il existe une différence entre placer un homme de confiance à un poste stratégique et installer un spécialiste de la broyeuse dans un bureau pour lui faire nettoyer la place…
Le nouveau premier ministre dit vouloir s’inspirer du système de nomination des juges pour quelques uns de ces postes clés…
L’avenir nous dira laquelle des deux options aura été retenue par M. Couillard.

En attendant, un mini test sera la façon dont va être « traité » et utilisé le rapport de la commission du printemps 2012 qui devra être rendu public avant le 15 mai.
À la lecture qu’en feront les libéraux, dont les intentions ont clairement été démontrées lors du printemps 2012, nous pourrons mesurer leur volonté de transparence dans les affaires policières.

À suivre donc.

– Paru le 9 avril 2014 sur le site du JdM

L’ex policier Roberge veut-il une entente ?

DÈS LE DÉBUT…

L’ex policier Benoît Roberge est-il en train de se magasiner une entente ?
Dès son arrestation, on m’a rapporté qu’il avait évoqué l’idée d’une entente mais que les policiers étaient tellement furieux de ce qu’ils venaient de découvrir, que le sujet avait été mis de côté.
Malgré tout, l’implication de Benoît Roberge dans un nombre important de dossiers clefs en font un homme désormais devenu dangereux pour le système.
La « sainte colère » de ses confrères et de quelques membres du système de justice au moment de son arrestation est-elle en train de céder la place au pragmatisme et à la gestion de crise ?

DES ACTES CRIMINELS AVANT 2010 ?

On nous dit aujourd’hui que les activités criminelles de Roberge remontent à 2010…
Pourquoi pas avant ?
Imaginez que Benoît Roberge soit impliqué dans d’autres dossiers bien avant cette date.
En quoi cela serait-il surprenant ?
Benoît Roberge aurait-il noué des liens aussi étroits avec le milieu qu’il était censé combattre en seulement deux ans avant son départ à la retraite ?
Beaucoup trop d’indices penchent dans le sens d’une implication bien plus ancienne dans le milieu criminel. Pour les curieux, relisez le billet que j’avais écris au sujet des dossiers « étranges » auxquels Benoît Roberge avait été mêlé.
Il ne serait pas surprenant que l’on soit plus proche de 2000 que de 2013 !

DE VIEUX DOSSIERS

Et si Benoît Roberge déballait des années de corruption et de compromission avec le monde criminel, quels seraient les dégâts pour la police et la justice ?
Ils seraient terribles !
Car Roberge n’est malheureusement pas le « cas isolé » dont on nous parle et il existe d’autres dossiers de policiers corrompus qui œuvraient dans les Équipes Régionales Mixtes de l’époque, qui se sont réglés sous le manteau.
Avant les années 2000 même, des délateurs se sont plaints des pratiques criminelles de certains policiers en charge de leur gestion et surtout de malversations au sujet des fameuses « primes » qui leur étaient remises… partiellement. Je parle ici de dossiers dans lesquels des policiers tels que Roberge, ceux des mêmes unités étaient impliqués.
On dira alors que ces informateurs ne sont pas fiables et qu’ils veulent se venger. Ce ne sont que des voyous !
Des voyous qui sont pourtant assez bons pour envoyer en prison des wagons entiers de Hells Angels lorsqu’ils témoignent dans les méga-procès !

PAS D’ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE

En renonçant à son enquête préliminaire, Benoît Roberge donne maintenant le signal d’une entente à venir.
Il n’avait pas intérêt à voir défiler les éléments à charge et s’offre par la même occasion un outil de négociation.
Les procureurs ne souhaitent pas non plus voir s’ouvrir la boite de Pandore d’où sortiraient des noms, des faits et des jugements qu’il vaut certainement mieux laisser là où ils sont.
Ce serait, finalement, un deal gagnant pour tout le monde.

DIRE LE DROIT OU LA VÉRITÉ ?

Dire le droit est une chose, mais cela ne revient pas toujours à dire l’entière vérité qui se cache parfois derrière le paravent des décisions négociées.
Car, contrairement à ce que le système dans lequel nous sommes à tendance à nous le laisser croire, il n’y a pas que deux parties à la justice.
Les citoyens aussi sont les acteurs de ce système et ils ont le droit de savoir.
La justice a le devoir de faire la lumière et nous éclairer sur ces situations.
Refuser d’aller au fond du problème et de gratter la plaie, même si cela fait mal, c’est accepter de laisser certains faire perdurer le système.
La compromis n’est-il pas l’ennemi de la vérité ?

Il est temps que la justice fasse preuve d’un peu d’aveuglement plutôt que de trop de lucidité molle, afin que nous connaissions enfin la nature et la profondeur réelle du mal qui a gangréné des années durant des groupes entiers de policiers.

– Paru au JdM le 24 février 2014

Police : repenser l’intervention

AVIS SUR TROIS MORTS À TORONTO

La nouvelle est presque passée inaperçue.
À Toronto une enquête du coroner vient de mener à des conclusions relatives aux interventions policières après la mort de trois personnes tuées par des policiers alors qu’elles étaient en possession d’armes blanches.
Voilà qui devrait faire écho à ce que nous rencontrons à Montréal depuis quelques années.
Ce que dit le jury affecté à cette enquête, c’est que les policiers doivent être mieux formés aux interventions avec des personnes souffrant de troubles mentaux.
Plus précisément, ce que les articles qui en faisaient mention ont traduit de façon erronée – à mon sens – par une meilleure formation en santé mentale, le jury préconise une autre approche que celle de l’intervention « classique » en tenant compte de l’état psychologique de celui ou celle qui fait l’objet de l’action policière.

LES CAS QUI DÉRAPENT

À mon avis, les policiers appliquent trop souvent de façon mécanique les procédures d’intervention et les protocoles de défense, sans se préoccuper de la psychologie des gens qu’ils ont face à eux.
Bien entendu un grand nombre d’interventions « difficiles » se terminent bien, mais il faut s’intéresser à celles qui dérapent et finissent par des tirs policiers car il est maintenant plus qu’évident que quelque chose dysfonctionne de façon identique dans ces dernières.
Ainsi, ce qu’indique ce jury en Ontario tombe sous le sens : équiper les policiers de boucliers ou utiliser en priorité les armes intermédiaires.

TROP DE TECHNIQUE ET PAS ASSEZ DE PSYCHOLOGIE

Mais aussi, tenir compte de la psychologie du « sujet » de l’intervention.
Et c’est sur ce point, à mon avis, que se cristallise le risque de voir l’intervention mal se terminer.
Vous pouvez appliquer les meilleurs protocoles du monde et donner autant d’avertissements que vous voulez à un individu en lui demandant de poser son arme, mais si il ne comprend pas, ou n’est pas en mesure « d’entendre » ce que vous dites, vous aurez perdu un temps précieux à appliquer vos recettes tactiques et aurez gâché à peu près toute chance d’entrer en communication avec lui.
Il ne faut pourtant pas s’attendre en effet à ce que quelqu’un qui entend des voix et qui croit que les extraterrestres veulent le tuer (ce délire est plus courant qu’on ne le pense) se mette à suivre les consignes de gens habillés en noir qui s’agitent autour de lui en criant avec des armes à la main…
Inutile de vous dire ce qu’il en est quand la personne a préalablement été frappée par un véhicule de police.

REVOIR TOUTE L’APPROCHE DE L’INTERVENTION

Bref, c’est toute l’approche de l’intervention et même son organisation tactique qui est à revoir dans ce cas.
Par exemple que le policier qui connait l’individu ou son nom (ce qui arrive souvent) tente d’établir le contact, tandis que ses coéquipiers se positionnent en protection avec leurs armes mais de façon plus discrète qu’habituellement.
En effet, ce qui dissuaderait un citoyen momentanément énervé, une arme pointée sur le torse, est plutôt susceptible de mettre en mode panique un homme en pleine crise.
Ceci ne veut pas dire que les policiers doivent agir de façon inconsidérée, mais qu’il leur faut tenir compte de l’état et de la nature du délire de la personne en face d’eux, en cherchant à désamorcer cette crise plutôt que l’aggraver par un comportement qui passera obligatoirement pour agressif.

PAS DES SPÉCIALISTES EN SANTÉ MENTALE

Il ne s’agit pas de faire des policiers des spécialistes en santé mentale, loin de là.
Simplement de leur faire comprendre que l’aspect psychologique de l’intervention est au moins aussi important que son côté tactique.
Et je ne doute pas que certains policiers le fassent couramment.
Ce sont d’ailleurs ceux-là qui rentrent chez eux le soir sans avoir tiré un coup de feu.

Pour les autres, le message est simple : utilisez votre cerveau et votre imagination avant votre arme.
Vous n’aurez ainsi pas à porter toute votre vie le fardeau d’une vie enlevée en vous demandant si vous n’auriez pas pu faire autrement.

– Paru au JdM le 18 février 2014

Des « facteurs humains » ont tué Fredy Villanueva

LA BONNE INTENTION

J’ai lu le rapport de 142 pages deux fois.
Je suis ensuite revenu à de nombreuses reprises sur certaines parties du document, tentant de trouver le bon angle, la bonne façon d’en dresser un portrait juste et équitable mais qui, dans le même temps, éclaire autant que possible les propos du coroner André Perreault.

Il faut tout d’abord souligner la bonne volonté du coroner, dont on sent qu’il a voulu bien faire dans tous les axes de son travail et même sur le déroulement de son enquête dont il a éprouvé le besoin d’expliquer qu’elle avait été marquée par des évènements qui avaient peut-être pu teinter son jugement.

Malheureusement, cette volonté de tout aborder en voulant « ratisser large » ne donne pas le résultat attendu.
En effet, le coroner André Perreault nous livre au final un document qui oscille entre une prise de position et son contrepoint systématique, entre un avis dans un sens et sa pondération dans l’autre, entre la responsabilité des jeunes et celle du policier Lapointe.

Ainsi, si il aide à comprendre le déroulement des faits pour ceux qui ne se seraient pas déjà penchés sur le sujet, ce rapport ne trace finalement pas clairement la ligne des responsabilités.

JOUÉ D’AVANCE

J’ai renoncé à refaire ici l’histoire de cette affaire, parce que tout – et son contraire – a déjà été dit mais aussi et surtout parce que l’on peut faire dire ce que l’on veut à ce rapport.
Je note tout de même ce point qui doit être crucial pour la famille Villanueva et ses défenseurs : personne n’a tenté d’étrangler le policier Lapointe ou d’attenter à la vie de sa partenaire.

Je ne referai pas plus l’analyse de ce qui s’est passé au moment où le policier Lapointe a fait feu pour la bonne et simple raison que là n’est pas le coeur de ce dossier contrairement à ce que beaucoup voudraient croire.

Quand le policier Jean-Loup Lapointe s’est retrouvé au sol avec Dany Villanueva, il était déjà trop tard, Fredy Villanueva était déjà virtuellement mort et deux autres jeunes gens – on oublie un peu trop souvent de dire qu’il n’y a pas une mais trois victimes – étaient eux aussi virtuellement déjà blessés.

À cet instant là, tout était déjà joué.

C’est d’ailleurs certainement pour cela que le coroner a peiné à rendre un avis tranché, parce que, selon lui, Fredy Villanueva n’est pas mort parce qu’un policier a craint pour sa vie et a fait feu, non, Fredy Villanueva est mort parce, toujours selon le coroner, un ensemble de facteurs humains ont conduits à cela (rapport P-128).

LES FACTEURS HUMAINS

Voilà donc finalement autour de quoi ce fameux rapport a tourné durant 142 pages, les facteurs humains.

Ni une faute professionnelle, ni un moment de panique, ni un manque de coordination entre les deux agents, ni un manque de communication radio, ni un manque de jugement de la part de Jean-loup Lapointe, ni même un fait incontrôlable qui dédouanerait les policiers de leurs actions…

Peut-être est-ce un peu de tout ça. Peut-être pas.
Et aussi l’attitude agressive des Villanueva et de leurs amis selon le coroner.
Mais pas seulement.

Ou tout ça à la fois. On ne sait pas vraiment.
Parce qu’au fond, quand c’est de la faute de tout le monde, ce n’est de la faute de personne.

On n’en saura pas plus, après ce rapport qui se révèle être le plus cher de toute l’histoire des enquêtes publiques du Québec, plus cher à lui seul que les dix autres enquêtes les plus chères ajoutées les unes aux autres.

L’IMPALPABLE MENTALITÉ POLICIÈRE

Et si, dans la mort de Patrick Saulnier, Mario Hamel, Patrick Limoge et Fredy Villanueva – pour ne citer que ceux là -, le véritable responsable était cet aspect insaisissable des choses, indéchiffrable, même par la plus brillante ou la plus couteuse des commissions : l’état d’esprit dans lequel travaillent certains policiers.

Car c’est bel est bien ce qui relie tous les éléments mis en avant dans ce rapport : la façon dont le policier Lapointe intervient, son attitude au contact des jeunes, sa réaction au moment de la résistance de l’un d’eux, son inaptitude à se désengager de la situation ou à comprendre qu’il a d’autres options avant d’en venir à se retrouver dans la situation où il n’en a plus qu’une… celle de faire feu.

La mentalité de l’agent Lapointe, sa vision de son rôle, de son métier, de la façon d’exercer son autorité, son sens des valeurs et du rapport à l’autre…

Ces notions impalpables qui conditionnent une part aussi importante de l’intervention que l’acquisition des techniques policières.

Rien de précis sur ce point dans le rapport et pourtant…

Pourtant il y a de très fortes chances que ce soit cela, finalement, qui a conduit à la mort de Fredy Villanueva.

Pourquoi Patrick Saulnier est il mort?

BRAQUAGE À DOMICILE

Le 6 février 2011, aux petites heures du matin, Patrick Saulnier, âgé de 28 ans, a été mortellement blessé d’une balle par des policiers qui intervenaient dans le cadre d’un braquage à domicile par trois hommes supposément armés.
L’affaire : Trois hommes – de véritables pieds nickelés – se trompent de domicile, perdent leur arme dans la rue et finissent par avoir un accident qui les oblige à abandonner leur véhicule et prendre la fuite à pied. Un d’entre eux sera d’ailleurs rapidement arrêté.

Dans un quartier industriel désert, deux policiers tomberont ensuite sur Patrick Saulnier qui était blessé à la jambe.

FACE À FACE MORTEL

Contrairement aux usages, les policiers ne préviennent pas leurs collègues qu’ils ont trouvé l’homme et sortent tous les deux de leur voiture en pointant leurs armes sur Saulnier. Dans son rapport l’un des deux policiers mentionnera avoir vu entre les mains de Saulnier « un petit objet noir inconnu » que Saulnier lâchera à la demande des policiers. Il n’en sera plus fait mention après mais il ne s’agissait pas d’une arme.

Toujours dans leur rapport les policiers expliquent que Saulnier « descendra une ses mains près de sa taille dans son dos » déclenchant ainsi la première séquence de tir. Le second policier fera feu ensuite à deux reprises lui aussi, ratant sa cible.
Il refera à nouveau feu après un nouveau mouvement de la main du suspect « comme si il tentait de chercher une arme à feu dissimulée dans son dos » et loupera encore sa cible avant de l’ajuster dans un dernier tir qui sera, lui, mortel.

Quand les yeux de l’individu se sont fixés sur moi, ma décision était prise et j’ai tiré plus d’une fois dans sa direction pour ma sécurité sans pouvoir préciser le nombre de coups de feu. Je voulais mettre fin à la menace.

EXTRÊME NERVOSITÉ

Les déclaration des policiers sont truffées d’éléments qui démontrent que ceux-ci sont très nerveux, au point que le coroner croira bon de le dire dans son rapport. Au point même, d’appeler du renfort à la radio sans se rendre compte que celle-ci est éteinte.
D’ailleurs, est-ce pour cela qu’ils précisent ne pas avoir appelé du renfort au début de l’intervention ? Le rapport du coroner ne dira rien à ce sujet.
Mais il est clair que les policiers sont nerveux, au point qu’il leur faudra tirer sept fois sur l’homme, qui ne bougeait pas, à 20 mètres, avant de l’atteindre.
Dans son rapport, l’un des policiers est incapable de dire combien de munitions il a tirées, ce qui est souvent le cas dans une situation de grand stress.

OÙ EST LE DANGER ?

Tout au long de leurs déclarations, les policiers mettront en avant le regard « fou » de Patrick Saulnier et surtout le fait qu’un mouvement de sa main leur laissait penser qu’il pouvait aller chercher une arme cachée dans son dos.
Pourtant, Saulnier n’était pas armé.
Mais, admettons qu’il le soit, combien faut-il de secondes pour aller chercher une arme dans son dos ?

Plus ou moins une seconde, en agissant très lentement deux…

Combien faut-il de temps à deux policiers pour tirer sept munitions lors de deux séquences de tir successives et appeler du renfort à la radio entre deux tirs ?

Largement assez pour se rendre compte que Patrick Saulnier n’avait pas d’arme et, dans tous les cas, beaucoup plus de temps que les deux petites secondes (pour compter large) qui lui aurait fallu pour sortir une arme… Si il en avait eu une.
Comment, durant tout ce temps passé, les policiers n’ont pas pu faire l’analyse de la situation qui aurait dû les conduire à se rendre compte que Saulnier n’avait pas d’arme ?

MORT PAR SUICIDE

Ainsi, à 20 mètres, deux policiers qui font face à un homme entre les mains duquel ils ne voient pas réellement une arme, mais supposent – dans leur rapport – sa présence, se sentent suffisamment en danger pour tirer sur lui. Rappelons que lorsque les policiers lui ont demandé de répondre aux injonctions, l’homme a levé les mains en l’air tel que demandé.

Quatre mois seulement après les faits, la Sûreté du Québec rendra un rapport sur la base duquel aucune accusation ne sera portée contre les policiers.

La coroner, écrira dans son rapport : « L’attitude du suspect, telle que décrite par les deux policiers, seuls témoins des événements, était suicidaire. »

Tout s’est donc joué sur la base du témoignage de ceux qui ont tiré.

Je laisse à chacun le soin de se faire une idée de ce qu’il aurait fait en pareille situation et je ne doute pas que beaucoup penseront que les policiers sont parfaitement bien intervenus.

Pour ma part, je pense que tout délinquant qu’il était, Patrick Saulnier n’aurait pas du mourir ce soir là et qu’il ne s’est certainement pas livré à un simulacre afin de se faire tirer, comme on le fera dire ensuite à certains de ses complices.

DERNIER DÉTAIL

Un dernier point, selon le rapport du coroner, Saulnier a été touché par une balle qui est entrée au niveau de l’aisselle droite, dans le 4ème espace intercostal et sortie au même niveau du côté gauche.
Cela signifie que la balle mortelle l’a frappé alors qu’il était de côté et non face aux policiers.

Cela signifie aussi le bras devait droit de Patrick Saulnier être levée…

Ce qui est en totale contradiction avec ce que dit le rapport du policier qui a tiré :

[…] porte sa main droite dans l’arrière de son dos […] ses deux mains replongent dans son dos […] garde sa main droite dans son dos

Comment peut-on baisser la main droite dans son dos et recevoir une balle dans l’aisselle ? La coroner ne s’interrogera pas sur ce point.

Affaire classée.

– Paru au JdM le 29 novembre 2013

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