Vers un échec de la « déradicalisation » ?

Depuis quelques semaines, les articles de presse qui font l’écho des problèmes et échecs rencontrés par les centres de radicalisation dans le monde se multiplient.

En France, les échecs se suivent et se ressemblent, à commencer par l’annonce cette semaine de l’abandon des unités spécialisées pour détenus radicalisés dans les prisons.

Face à la problématique grandissante des cas de radicalisation dans les prisons françaises, ces unités semblaient être un peu la solution de la dernière chance pour trouver des solutions, malgré les critiques dont elles ont rapidement fait l’objet tant sur le manque de moyens financiers que sur les méthodes mises en oeuvre.

Toujours en France, Dounia Bouzar, la pionnière dans le domaine de la « déradicalisation » dans le cadre d’un projet gouvernemental, a commencé à recevoir un flot de critiques il y a de nombreux mois.

Comme un signe révélateur des difficultés à mener à bien cette tâche , Léa, une jeune fille radicalisée qui avait livré un témoignage vidéo contre la radicalisation, avait dans le même temps où elle collaborait avec le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’Islam, pris contact avec un recruteur en Syrie où elle comptait se rendre.

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©Jimmy P http://www.jimmy-p.com/blog/drapeau-arc-en-ciel-rainbow-flag/

Aux confluents de la haine

Tandis que l’Europe fait face à une menace qui renvoie aux anciens réseaux terroristes et aux liens complexes entre anciens et nouveaux acteurs, le phénomène de l’auto-radicalisation d’individus isolés, qui agissent avec peu de contacts avec une organisation terroriste, est en train prendre forme lentement mais sûrement aux États-Unis.

Racisme, haine et rage

Dans la longue liste des dizaines d’attaques, parfois aussi haineuses que vengeresses, comme celles de Colombine en 1999 (12 tués), Blacksburg en 2007 (32 tués), ou encore Newton en 2012 (26 tués) les autorités cherchent de longs mois à essayer de comprendre quels mécanismes intimes ont pu pousser les auteurs de ces tueries à passer à l’acte.

Tout comme pour les précédentes, ce que certaines des récentes attaques aux États-Unis, comme la fusillade de l’église de Charleston en 2015 et l’attentat d’Orlando ont en commun – outre leur statut d’actes de terrorisme – c’est que la violence exercée par leurs auteurs est la matérialisation d’une profonde haine de l’autre.

C’est le racisme qui a conduit Dylann Roof (Église de Charleston) à faire feu sur les membres de la communauté noire de cette église, l’idéologie suprémaciste attirant dans son sillage une longue liste de criminels racistes comme Daniel Cowart et Paul Schlesselman (prévoient d’assassiner le futur président Obama en 2008), Richard Poplawski qui tua trois policiers blancs en 2009, ou encore en 1977 Joseph Franklin qui est l’auteur d’une fusillade sur le parking d’une synagogue dans le Tennessee (2 morts) et de plusieurs autres crimes racistes.

Parallèlement à cela, vu le portrait qui commence à se dessiner à son sujet, il est évident que le fait que Omar Mateen se soit attaqué à une boite de nuit fréquentée par des homosexuels ne doit rien au hasard.

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« La meute » met un site web en ligne

Le groupe appelé « La meute », dont le « leader » se présente sous le pseudonyme d’Éric Corvus, vient d’ouvrir son site web nommé « La tanière ».

Après quatre mois d’existence, la page Facebook du groupe affiche actuellement 24.440 membres et ce nombre ne cesse de grossir alors que l’intégration au sein du groupe se fait par cooptation.

Le groupe se désigne lui-même contre la diffusion au Québec de l’islam radical et de la Charia se dit être :

« le dernier rempart contre le grand bouleversement que les islamistes tentent de créer à travers l’occident ».

Le texte d’accueil du nouveau site web, explique dans un long texte la vision du « chef de meute » Éric Corvus et la mission du groupe, dont voici un extrait.
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Depuis sa création, la meute a déjà fait l’objet de plusieurs articles dans la presse qui évoquent le fait que des membres seraient des militaires ou anciens militaires – ce dont La meute ne se cache pas – et font état de nombreux dérapages dans les statuts ou commentaires des membres de « La meute ».

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©Patrick Chappatte

La fugueuse et le djihadiste

La disparition de la fugueuse fait l’objet de milliers de messages sur les réseaux sociaux avec sa photo et une série de reportages qui racontent dans le détail la détresse des familles et la douleur de la disparition d’un enfant. La disparition du djihadiste fait l’objet de reportages avec des scènes de combats, des rappels d’attentats terroristes commis sur notre sol et quasiment personne ne s’intéresse aux parents qui viennent de perdre un enfant qu’ils  chérissaient autrement que pour chercher s’ils ne sont pas en partie responsables de la situation.

On dira que la première est une « vraie » victime, manipulée et entraînée dans le mauvais chemin par des criminels qui savent utiliser ses sentiments et se jouer d’elle pour servir leurs intérêts criminels.
On dit du second qu’il s’est radicalisé, qu’il est devenu une menace pour la société et on met en place à son intention des lois qui criminalisent ses tous premiers actes, même s’ils ne nuisent encore à personne d’autre qu’à lui-même, comme de chercher à rejoindre une organisation terroriste à l’étranger.

Les parents de la fugueuse ou du fugueur ont l’attention des médias, tandis que les parents du second auront droit à l’attention toute particulière de la police et la suspicion du grand public.

Pourtant, les deux fuguent pour rejoindre des organisations criminelles et, contrairement aux idées reçues, celles liées au terrorisme sur le sol Canadien font moins de victimes et de dégâts sociaux que les gangs et les organisations du crime organisé qui se livrent à la traite des personnes.

La première comme le second peuvent se rendre coupables d’actes criminels que l’on doit apprécier au regard de leur jeune âge et de l’état psychologique dans lequel ils se trouvent tout autant que de l’influence qu’ont sur eux des organisations criminelles ou des individus mal intentionnés.

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Radicalisation & terrorisme, le sens des mots

Puisque l’on parle beaucoup de radicalisation, d’intégrisme, de fondamentalisme et de terrorisme, il me semblait important de revenir un peu sur le sens de ces différents termes pour, sinon les définir, au moins en préciser la portée. Ce texte n’a évidemment pas vocation à adresser un sens définitif à chacun de ces termes, mais j’espère qu’il pourra éclairer celui ou celle qui souhaite en savoir plus sur le sujet.

Pour Micheline Milot, professeure titulaire au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) :

« Les individus puisent dans les répertoires religieux traditionnels des symboliques qu’ils agencent librement afin de donner un sens à leur existence, ce qui peut prêter à divers types de remploi ou bricolage des signes confessionnels […] C’est dire que fondamentalisme et intégrisme servent à décrire une large variété de mouvements politico-religieux dans des contextes nationaux très différents. Les catégories d’analyse reflètent également les frontières parfois floues ou poreuses entre le fondamentalisme, le traditionalisme et l’intégrisme. »

Micheline Milot considère ainsi que:

« L’intégrisme est la radicalisation du fondamentalisme, quand celui-ci s’exprime en tant que volonté politique de réforme globale de la société[1] ».

Dans un article intitulé «Intégrisme, fondamentalisme et fanatisme : la guerre des mots[2]», le journaliste Xavier Ternisien dresse un tour d’horizon assez complet de l’usage de ces notions. Il explique que le fondamentalisme est né aux États-Unis au tournant des années 1920 de pasteurs presbytériens, baptistes et méthodistes qui défendaient une interprétation littérale de la Bible, rejetant le darwinisme.

L’intégrisme, pour sa part, fait son apparition dans le monde catholique et désigne le courant se réclamant de «la tradition», c’est-à-dire des textes originaux et de leurs interprétations par «les pères et les docteurs de l’Église, les conciles et les papes ».

Autrement dit, l’intégrisme « fige, à un moment déterminé, l’interprétation de la Révélation », tandis que le fondamentalisme recèle « une volonté de retour aux sources, à une pureté originelle de la foi qui se trouverait dans les Écritures, débarrassées des repeints de la tradition. D’une certaine façon, le fondamentalisme nie la médiation d’une autorité religieuse – clergé, Église, docteurs de la loi – qui interpose habituellement une clé d’interprétation entre le croyant et le texte révélé ».

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Stop djihadisme

Sous la pression des familles dont les enfants ont rejoint des groupes terroristes, la France étoffe son dispositif pour lutter contre la radicalisation et se dote d’un matériel de prévention de plus en plus intéressant.

Selon les dernières estimations il y aurait plus de 1500 engagés dans le djihad terroriste qui viennent de France.

Le site « Stop djihadisme » offre, outre de l’information, des vidéos qui donnent enfin une vision humaine de ce qu’est la radicalisation des jeunes.

Et cette fois, c’est important, les mots sont dits : les familles de jeunes radicalisés sont aussi des victimes du terrorisme.

 

 

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