Où est Charlie (deux ans après) ?

(Version mise à jour du texte publié en janvier 2016)

Il m’a été demandé, un an après Charlie-Hebdo, de réfléchir à ce qu’était pour moi le slogan Je suis Charlie.

J’avoue avoir eu beaucoup mal à mettre des mots sur la réaction populaire qui s’est cristallisée autour de cette phrase, tant elle emporte une bonne dose de contradictions puisque les uns et les autres l’ont adoptée pour des raisons et des motivations souvent bien différentes.

Je crois que, Je suis Charlie a surtout été une catharsis de masse qui a pris de l’ampleur parce que la formule « fonctionnait » et qu’elle « sonnait bien » sans que ceux et celles qui se disaient « être Charlie » ne sachent vraiment quoi faire au delà de cette déclaration de soutien empreinte de belles et bonnes intentions.

La rédaction de Charlie Hebdo correspondait alors tout à fait à l’idée que l’on voulait se faire de cette liberté de penser et ce droit de rire de tout, si particuliers à la culture française, au point que l’on a souvent dit que c’était à la liberté d’expression que s’étaient attaqués les terroristes alors que ce sont des hommes et des femmes de tous milieux, origines, cultures et religions qui ont été visés par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

On réalise d’autant plus combien le concept « d’attaque contre la liberté d’expression » que traduisait le slogan Je suis Charlie a pris le dessus en constatant deux ans après combien la mort de la policière municipale de Montrouge et l’attaque de l’Hyper-Cacher sont passés au second rang dans les médias qui reviennent sur les attaques menées par les frères Kouachi et Coulibaly.

Certes, le nombre de morts dans l’attaque de Charlie-Hebdo et le fait que les victimes soient pour la plupart des artistes connus a joué un rôle important dans l’imaginaire populaire et la mécanique médiatique qui s’est mise en place après les évènements.

C’est pourquoi, aujourd’hui, deux ans après, je cherche toujours où est Charlie.

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Terrorisme hors territoire ?

Plusieurs médias se font l’écho de la découverte, en octobre dernier, d’une munition (vraisemblablement une cartouche de fusil) dans les locaux du consulat de France de Montréal.

Dans cette affaire, traitée plutôt discrètement dans les médias, deux suspects seraient actuellement recherchés.

S’agit-il d’une affaire de « droit commun » (par opposition au terrorisme) ou bien est-ce le résultat d’une situation incongrue au cours de laquelle un homme aurait été amené à se débarrasser de ladite munition dans les locaux du consulat ? C’est possible.

Sans crier à la menace terroriste alors même qu’aucun élément ne vient alimenter cette possibilité, ce « fait-divers » est tout de même l’occasion de rappeler que dans le contexte actuel, il ne serait pas surprenant que les intérêts ou personnalités des principaux pays visés par les terroristes soient attaqués hors de leurs frontières.

Comme l’ont fait de nombreuses organisations terroristes et certains services secrets, frapper « l’ennemi » hors de son territoire permet souvent d’atteindre un objectif que les mesures de sécurité locales rendent bien plus complexe à approcher sur son propre territoire.

Il suffit de voir la longue liste des attentats menés contre des français ou les intérêts du pays hors de l’hexagone pour comprendre que la tentative du gouvernement français de sanctuariser le territoire avec Vigie Pirate, l’état d’urgence prolongée et l’opération sentinelle, conduit forcément à une sorte de transfert d’une part du risque vers ses intérêts extérieurs qui peuvent être considérés comme plus « faciles » à atteindre.

Souvenons-nous entre autres, de l’attentat contre l’immeuble du Drakkar, en octobre 1983 à Beyrouth, du vol 772 d’UTA en 1989 au dessus du Niger, du détournement du vol Air-France Alger – Marseille en 1994, ou encore de l’attentat de Karachi (qui, bien que volontairement orienté pour brouiller les pistes vers le djihadisme terroriste, n’en reste pas moins un attentat dans lequel 11 français ont été tués).

Je ne serais donc pas surpris qu’un jour prochain les émules de Daesh s’adaptent et s’approprient les veilles méthodes du terrorisme traditionnel de ciblage à l’étranger pour les transposer à leurs objectifs actuels qui deviennent d’autant plus prégnants que la réalité du Califat de Bagdhadi s’éloigne un peu plus chaque jour.

 

La peur comme outil sécuritaire

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Dans les années 50, hantés par le spectre d’une attaque nucléaire entretenue dès la fin de la guerre, plusieurs pays mettaient en place des plans de protection contre les effets d’une attaque éclair.

À travers différentes revues comme le « Civil defence information bulletin », on expliquait aux citoyens inquiets les dangers de la bombe et on leur donnait de brillants conseils pour se protéger de ses effets, comme celui de s’accroupir sous les tables des bureaux d’écoliers pour les enfants.

Dans les années 60, le climat de psychose était à son comble et des gens se construisaient eux-mêmes leurs propres abris anti-nucléaires…

La guerre froide, qui durera jusqu’à la fin des années 80, s’est cristallisée autour de la peur du communisme et d’un retour vengeur de l’URSS que les américains ont longtemps soupçonné de vouloir envahir à nouveau l’Europe.

Dans les familles on pensait naïvement que les mesures comme le « Duck and cover » pouvait servir à protéger la population des attaques nucléaires.

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La politique du pire

Après Éric Ciotti, c’est au tour de Benoist Apparu, ancien ministre et membre du mouvement politique « Les Républicains », de nous sortir une énormité dans la surenchère démagogique qui souffle depuis quelques mois sur la France.

Cette fois, l’auteur de « Les 12 travaux de l’opposition: Nos projets pour redresser la France » s’est fait prendre la main dans le sac de nouvelles répressives qui semblent avoir été pigées au hasard dans un chapeau de clown.

Benoist Apparu a en effet réalisé une tournée des médias pour expliquer que ceux qui tentaient de se rendre à l’étranger pour faire le djihad pouvaient le faire en toute impunité :

« Aujourd’hui vous avez effectivement la possibilité de qualifier ce voyage, entre guillemets, ce djihad, d’entreprise terroriste. Pas la tentative. Or, on voit bien que dans la plupart des cas ce sont des jeunes qui effectivement vont jusqu’en Turquie mais ne peuvent pas pénétrer en Turquie donc reviennent en France. (…) Pour celui qui tente, aujourd’hui, nous sommes effectivement dans l’impunité. »

Or, comme l’ont expliqué ensuite plusieurs journaux français, non seulement la loi prévoit déjà cette possibilité, mais plusieurs jugements ont déjà été rendus en condamnant des tentatives de départ…

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Réduire Daesh au silence (2) : les médias traditionnels.

Pris dans la tourmente des attentats qui frappent la France et plus largement l’Europe ces dernières semaines, certains médias français se décident enfin à changer leur façon de rapporter les faits reliés aux auteurs des actes de terrorisme.

Sans revenir en détail sur les différents errements dont plusieurs ont été soulignés et sanctionnés en France par le Comité Supérieur de l’Audiovisuel il apparaît clairement que les médias français se sont « égarés » à différentes reprises, en particulier sur le voyeurisme de certaines images ou entrevues et sur la publication de « fuites » procédurales bien inutiles à la compréhension des enquêtes.

Ci-dessous, un exemple de ce qui relève plus de la mise en scène d’un feuilleton terroriste que du registre de l’information équilibrée et impartiale à laquelle ont droit les citoyens dans des moments aussi pénibles.

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Vaincre Daesh avec les « fiches S »

Depuis les attentats de Charlie-Hebdo, les fameuses « fiches S », pour sûreté de l’État, ont fait leur entrée sur le devant de la scène médiatique et sont devenues en quelques semaines un argument politico-marketing récurent dans la campagne menée tambour battant par les défenseurs du « Faites n’importe quoi, mais faites quelque chose ».

Dans le peloton de tête des activistes de la fiche S, on retrouve le valeureux Éric Ciotti (député Les Républicains dans les Alpes-Maritimes) qui, après avoir commencé par le placement en centre de rétention ou sous bracelet électronique des personnes visées par une fiche sûreté de l’État, propose maintenant leur expulsion  « sans délai ».

Voilà au moins, diront certains, une mesure qui a le mérite d’éloigner les méchants terroristes potentiels, tellement méchants et si « potentiels » qu’on les retrouve dans la plupart des attentats commis ces derniers mois en France.

Précisons au passage que là où certains voient le point faible du système antiterroriste français : « si les auteurs ont des fiches S, c’est que la police fait mal son travail », d’autres, dont je fais partie, voient la marque d’un manque cruel de moyens pour poursuivre le travail policier après un décèlement plutôt efficace de la menace.

Mais revenons sur les chantres de la fiche S et sa transformation en billet d’avion ou ticket d’entrée pour un camp de détention administrative.

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