« S » qu’on se fout de nous ?

Pensez-y deux minutes…

Au delà des questions de légalité qui rendent impossible les expulsions systématiques des gens fichés S.

Au delà du fait qu’une fiche S ne détermine en rien la dangerosité d’un individu (certains fichés S peuvent n’avoir jamais reçu la moindre contravention).

Au delà du fait qu’en focalisant sur les fichés S on va forcément passer à côté d’autres terroristes potentiels.

Au delà du fait qu’une fiche S n’est qu’un simple outil de travail pour les policiers.

Croyez-vous une seule seconde que si tous les gens fichés S étaient expulsés de la France, le pays serait instantanément en sécurité et la menace du terrorisme intérieur serait écartée ?

Et tant que nous y sommes…

Essayons d’imaginer un pays dans lequel la police établirait des fiches S en fonction de ses enquêtes et de ses impératifs de surveillance et où les individus seraient alors immédiatement expulsés…

Ça ne vous rappelle rien ?

Les victimes du terrorisme, la censure et le respect

« You want censorship »

C’est la réponse qui a été faite à mon message sur Twitter dans lequel je disais que partager des photos de victimes de l’attentat de Stockholm, démembrées et baignant dans leur sang, était non seulement une atteinte à leur dignité mais allait en plus servir la propagande de Daesh qui utilise ces attaques individuelles pour construire son image d’ennemi public mondial numéro un.

Cette réponse est particulièrement reprise et partagée par une clique fachosphérique qui y ajoute, suivant l’humeur, insultes ou accusations de complicité avec les terroristes.

Ce n’est bien entendu pas un hasard si ces images sont essentiellement utilisées par les milieux d’extrême-droite et par ceux et celles qui considèrent que tout ce qui ressemble de près ou de loin à un musulman(e) doit est relié d’une façon ou d’une autre aux actes des terroristes.

Car, pour ceux et celles qui les partagent, les images, quasiment insupportables des victimes seraient le meilleur moyen de montrer l’horreur et la barbarie des actes des terroristes.

Le reste ne serait que de la censure.

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Le terrorisme d’opportunité

« Attentat de Nice, huit mois d’enquête et toujours pas de trace de l’État islamique »

C’est le titre, cette semaine, d’un article de Libération qui, après avoir pris soin de préciser que l’enquête n’a peut-être pas tout mis à jour, explique que les enquêteurs antiterroristes n’ont pu trouver aucun lien entre l’auteur de l’attentat et l’organisation qui l’a revendiqué.

À ce jour donc, Daesh n’aurait pas aidé à la préparation de cet attentat et ne l’aurait pas directement ordonné…

Au milieu des attentats les plus meurtriers en Europe – qui sont reliés non seulement à Daesh ou Al qaida mais aussi à d’anciens réseaux djihadistes restés opérationnels sur le territoire européen – on remarque clairement l’émergence d’une nouvelle forme de terrorisme dont les auteurs agissent souvent sans liens structurels directs avec des organisations terroristes.

Ces attaques, souvent individuelles, (Un homme attaque trois militaires à Nice en janvier 2015, l’attaque contre les locaux de Air-Products à Saint-Quentin-Fallavier en juin 2015, L’attaque de militaires à Valence en janvier 2016l’attaque de Saint-Jean-Sur-Richelieu en novembre 2014, attaque d’Orlando en juin 2016… entre autres) laissent derrière elles beaucoup de questions quant aux motivations et l’état mental des auteurs de ces crimes souvent commis avec un minimum de préparatifs et des moyens rudimentaires.

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Où est Charlie (deux ans après) ?

(Version mise à jour du texte publié en janvier 2016)

Il m’a été demandé, un an après Charlie-Hebdo, de réfléchir à ce qu’était pour moi le slogan Je suis Charlie.

J’avoue avoir eu beaucoup mal à mettre des mots sur la réaction populaire qui s’est cristallisée autour de cette phrase, tant elle emporte une bonne dose de contradictions puisque les uns et les autres l’ont adoptée pour des raisons et des motivations souvent bien différentes.

Je crois que, Je suis Charlie a surtout été une catharsis de masse qui a pris de l’ampleur parce que la formule « fonctionnait » et qu’elle « sonnait bien » sans que ceux et celles qui se disaient « être Charlie » ne sachent vraiment quoi faire au delà de cette déclaration de soutien empreinte de belles et bonnes intentions.

La rédaction de Charlie Hebdo correspondait alors tout à fait à l’idée que l’on voulait se faire de cette liberté de penser et ce droit de rire de tout, si particuliers à la culture française, au point que l’on a souvent dit que c’était à la liberté d’expression que s’étaient attaqués les terroristes alors que ce sont des hommes et des femmes de tous milieux, origines, cultures et religions qui ont été visés par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

On réalise d’autant plus combien le concept « d’attaque contre la liberté d’expression » que traduisait le slogan Je suis Charlie a pris le dessus en constatant deux ans après combien la mort de la policière municipale de Montrouge et l’attaque de l’Hyper-Cacher sont passés au second rang dans les médias qui reviennent sur les attaques menées par les frères Kouachi et Coulibaly.

Certes, le nombre de morts dans l’attaque de Charlie-Hebdo et le fait que les victimes soient pour la plupart des artistes connus a joué un rôle important dans l’imaginaire populaire et la mécanique médiatique qui s’est mise en place après les évènements.

C’est pourquoi, aujourd’hui, deux ans après, je cherche toujours où est Charlie.

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Terrorisme hors territoire ?

Plusieurs médias se font l’écho de la découverte, en octobre dernier, d’une munition (vraisemblablement une cartouche de fusil) dans les locaux du consulat de France de Montréal.

Dans cette affaire, traitée plutôt discrètement dans les médias, deux suspects seraient actuellement recherchés.

S’agit-il d’une affaire de « droit commun » (par opposition au terrorisme) ou bien est-ce le résultat d’une situation incongrue au cours de laquelle un homme aurait été amené à se débarrasser de ladite munition dans les locaux du consulat ? C’est possible.

Sans crier à la menace terroriste alors même qu’aucun élément ne vient alimenter cette possibilité, ce « fait-divers » est tout de même l’occasion de rappeler que dans le contexte actuel, il ne serait pas surprenant que les intérêts ou personnalités des principaux pays visés par les terroristes soient attaqués hors de leurs frontières.

Comme l’ont fait de nombreuses organisations terroristes et certains services secrets, frapper « l’ennemi » hors de son territoire permet souvent d’atteindre un objectif que les mesures de sécurité locales rendent bien plus complexe à approcher sur son propre territoire.

Il suffit de voir la longue liste des attentats menés contre des français ou les intérêts du pays hors de l’hexagone pour comprendre que la tentative du gouvernement français de sanctuariser le territoire avec Vigie Pirate, l’état d’urgence prolongée et l’opération sentinelle, conduit forcément à une sorte de transfert d’une part du risque vers ses intérêts extérieurs qui peuvent être considérés comme plus « faciles » à atteindre.

Souvenons-nous entre autres, de l’attentat contre l’immeuble du Drakkar, en octobre 1983 à Beyrouth, du vol 772 d’UTA en 1989 au dessus du Niger, du détournement du vol Air-France Alger – Marseille en 1994, ou encore de l’attentat de Karachi (qui, bien que volontairement orienté pour brouiller les pistes vers le djihadisme terroriste, n’en reste pas moins un attentat dans lequel 11 français ont été tués).

Je ne serais donc pas surpris qu’un jour prochain les émules de Daesh s’adaptent et s’approprient les veilles méthodes du terrorisme traditionnel de ciblage à l’étranger pour les transposer à leurs objectifs actuels qui deviennent d’autant plus prégnants que la réalité du Califat de Bagdhadi s’éloigne un peu plus chaque jour.

 

La peur comme outil sécuritaire

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Dans les années 50, hantés par le spectre d’une attaque nucléaire entretenue dès la fin de la guerre, plusieurs pays mettaient en place des plans de protection contre les effets d’une attaque éclair.

À travers différentes revues comme le « Civil defence information bulletin », on expliquait aux citoyens inquiets les dangers de la bombe et on leur donnait de brillants conseils pour se protéger de ses effets, comme celui de s’accroupir sous les tables des bureaux d’écoliers pour les enfants.

Dans les années 60, le climat de psychose était à son comble et des gens se construisaient eux-mêmes leurs propres abris anti-nucléaires…

La guerre froide, qui durera jusqu’à la fin des années 80, s’est cristallisée autour de la peur du communisme et d’un retour vengeur de l’URSS que les américains ont longtemps soupçonné de vouloir envahir à nouveau l’Europe.

Dans les familles on pensait naïvement que les mesures comme le « Duck and cover » pouvait servir à protéger la population des attaques nucléaires.

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