Twitter est-il capable de différencier les bons des méchants ?

Si tout le monde ne s’entend pas sur la nature exacte du rôle joué par les réseaux sociaux dans la problématique de la radicalisation et du recrutement terroriste, leur rôle central sur cette question commence toutefois à faire l’unanimité entre chercheurs, policiers et autres observateurs attentifs du phénomène.

Pourtant, malgré quelques déclarations de bonnes intentions annonçant la suppression de plus d’une centaine de milliers de comptes qui ont « publié des menaces ou fait la promotion d’actes terroristes », Twitter continue manifestement de traîner la patte face à l’utilisation du réseau par des organisations qui en maîtrisent parfaitement l’usage et en font un parfait outil de recrutement terroriste, comme le démontre l’expérience que j’ai menée sur Twitter pour mon dernier ouvrage.

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Super Bowl, le piège se referme… sur les citoyens

À la veille du Super Bowl, les États-Unis se préparent à une alerte maximale, car après les attentats de Boston, la crainte d’une attaque contre un évènement sportif est montée d’un cran au pays de l’oncle Sam.

Des dizaines d’agences gouvernementales et tout ce que la région compte de forces policières font l’objet d’une mobilisation totale, avec le renfort de l’armée à l’approche du match entre les Panthers et les Broncos.

Tous les moyens technologiques possibles sont bien entendu mis en place avec les portiques détecteurs de métal, la reconnaissance faciale associée à la vidéo surveillance, l’identification automatisée des plaques d’immatriculation et l’interception en temps réel des communications téléphoniques, entre autres gadgets…

Au fond, comment reprocher aux américains un tel déploiement de moyens si l’on pense à l’attentat de Boston ou celui du Bataclan.

Des actions qui nous feraient presque oublier une règle fondamentale de le vie en démocratie, la protection de la vie privée qui, elle, prend franchement le bord dans ce type de situation.

Une situation dont nous sommes désormais tous les otages à cause de cette idée qui s’est imposée au fil des attentats : nous n’avons plus d’autre choix que de réduire nos libertés individuelles pour pouvoir conserver un peu de notre sécurité.

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Quand Daesh fait du neuf avec du vieux

On parle beaucoup ces derniers jours de la possibilité en Europe d’un attentat de grande ampleur et en particulier en France où les réseaux djihadistes sévissent depuis suffisamment longtemps et bénéficient de liens assez forts avec la criminalité organisée pour se fournir en armes et en faux papiers en Europe sans avoir désormais besoin d’autre soutien.

La dernière vidéo en date de l’organisation terroriste Daesh – qui, grâce à ses récents attentats et la couverture médiatique qui en résulte, est désormais le groupe qui représente la voie à suivre pour quiconque désire rejoindre le chemin du terrorisme djihadiste – atteste de cette intention de frapper encore plus durement la France que ce ne fut le cas avec les attentats précédents.

Cette vidéo du groupe terroriste, outre les habituelles menaces de nouveaux attentats, met d’ailleurs en scène la chute de la tour Eiffel, vieux fantasme du djihadisme terroriste, et pas seulement celui venu d’irak ou de Syrie.

J’expliquais dans un article sur les stratégies du terrorisme, que les organisations terroristes djihadistes tentent régulièrement de rejouer les scénarios non réalisés dans les tentatives précédentes tout en maintenant au quotidien un niveau de menace aussi élevé que possible.

Comme le disait le sociologue et philosophe Raymond Aron :

« Le terroriste ne veut pas que beaucoup de gens meurent, il veut que beaucoup de gens écoutent. »

Ainsi, en maintenant dans les médias une présence quasi quotidienne par une multitude d’actes de « bas niveau » à réaliser et en cherchant à frapper un « grand coup » par une action qui assurera la visibilité du mouvement pour une décennie comme ce fut le cas avec le 11/9 pour Al qaida, le terrorisme assure pleinement l’objectif qui est le sien.

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Où est Charlie ?

Il m’a été demandé, un an après Charlie-Hebdo, de réfléchir à ce qu’était pour moi le slogan Je suis Charlie.

J’avoue avoir eu beaucoup mal à mettre des mots sur la réaction populaire qui s’est cristallisée autour de cette phrase, tant elle emporte une bonne dose de contradictions puisque les uns et les autres l’ont adoptée pour des raisons et des motivations souvent bien différentes.

Je crois que, Je suis Charlie a surtout été une catharsis de masse qui a pris de l’ampleur parce que la formule « fonctionnait » et qu’elle « sonnait bien » sans que ceux et celles qui se disaient « être Charlie » ne sachent vraiment quoi faire au delà de cette déclaration de soutien empreinte de belles et bonnes intentions.

La rédaction de Charlie Hebdo correspondait alors bien à l’idée que l’on voulait se faire de cette liberté de penser et ce droit de rire de tout, si particuliers à la culture française, au point que l’on a souvent dit que c’était à la liberté d’expression que s’étaient attaqués les terroristes alors que ce sont des hommes et des femmes de tous milieux, origines, cultures et religions qui ont été visés par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

C’est pourquoi, aujourd’hui, un an après, je cherche encore où est Charlie.

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Radicalisation & terrorisme, le sens des mots

Puisque l’on parle beaucoup de radicalisation, d’intégrisme, de fondamentalisme et de terrorisme, il me semblait important de revenir un peu sur le sens de ces différents termes pour, sinon les définir, au moins en préciser la portée. Ce texte n’a évidemment pas vocation à adresser un sens définitif à chacun de ces termes, mais j’espère qu’il pourra éclairer celui ou celle qui souhaite en savoir plus sur le sujet.

Pour Micheline Milot, professeure titulaire au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) :

« Les individus puisent dans les répertoires religieux traditionnels des symboliques qu’ils agencent librement afin de donner un sens à leur existence, ce qui peut prêter à divers types de remploi ou bricolage des signes confessionnels […] C’est dire que fondamentalisme et intégrisme servent à décrire une large variété de mouvements politico-religieux dans des contextes nationaux très différents. Les catégories d’analyse reflètent également les frontières parfois floues ou poreuses entre le fondamentalisme, le traditionalisme et l’intégrisme. »

Micheline Milot considère ainsi que:

« L’intégrisme est la radicalisation du fondamentalisme, quand celui-ci s’exprime en tant que volonté politique de réforme globale de la société[1] ».

Dans un article intitulé «Intégrisme, fondamentalisme et fanatisme : la guerre des mots[2]», le journaliste Xavier Ternisien dresse un tour d’horizon assez complet de l’usage de ces notions. Il explique que le fondamentalisme est né aux États-Unis au tournant des années 1920 de pasteurs presbytériens, baptistes et méthodistes qui défendaient une interprétation littérale de la Bible, rejetant le darwinisme.

L’intégrisme, pour sa part, fait son apparition dans le monde catholique et désigne le courant se réclamant de «la tradition», c’est-à-dire des textes originaux et de leurs interprétations par «les pères et les docteurs de l’Église, les conciles et les papes ».

Autrement dit, l’intégrisme « fige, à un moment déterminé, l’interprétation de la Révélation », tandis que le fondamentalisme recèle « une volonté de retour aux sources, à une pureté originelle de la foi qui se trouverait dans les Écritures, débarrassées des repeints de la tradition. D’une certaine façon, le fondamentalisme nie la médiation d’une autorité religieuse – clergé, Église, docteurs de la loi – qui interpose habituellement une clé d’interprétation entre le croyant et le texte révélé ».

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Terrorisme : la défaite française

Demain la France comptera ses morts.
Demain les responsables politiques de droite comme de gauche vont défiler sur les lieux des attentats avec la mine grave et quelques phrases bien senties préparées par le service des communications de leur cabinet ministériel.

Demain on demandera à la police de se montrer plus ferme et de traquer sans merci les terroristes.

On dira à la justice qu’elle doit faire preuve de fermeté.

On dira enfin aux Français que tout sera mis en œuvre pour assurer leur sécurité.

Comme depuis les trente dernières années on va continuer à leur mentir.

Car si Paris est ce soir en état d’urgence – c’est à dire l’équivalent des mesures de guerre ici – c’est parce que les responsables politiques français ont réussi à masquer aux français les dangers de leur vision politique à court terme, celle qui n’est pas capable de voir plus loin que son propre mandat, ses propres intérêts, son propre programme, ses amis, ses alliances et son parti.

Parce que les policiers, quoi qu’on vous en dise, ne sont pas la solution, ils ne sont que l’ultime réponse à une situation devenue incontrôlable.

Parce qu’il fallait resserrer le filet social, tenir un contre-discours solide aux propos radicaux, défendre des valeurs au lieu de faire des promesses non tenues, chercher à comprendre et agir aux bons endroits plutôt que de pondre des mesurettes, avoir une politique internationale responsable et cohérente, donner de véritables moyens à la justice plutôt que de limiter les pouvoirs des juges d’instruction, donner de réels moyens opérationnels aux policiers plutôt que de détourner l’argent des enquêtes, avoir un système pénal qui ne soit pas un mille-feuilles incohérent à cause des lois pondues par des groupes parlementaires qui voulaient laisser leur marque… la liste est longue.

Parce que durant les vingt dernières années, j’ai vu les associations de défense des victimes du terrorisme devoir se débrouiller avec des budgets ridicules, des juges manipuler des enquêtes, le secret de l’instruction bafoué sans vergogne, des syndicalistes se préparer des carrières politiques, des responsables policiers privilégier leurs promotions plutôt que la loi et l’intérêt du public… tandis qu’encore aujourd’hui mes anciens collègues policiers continuent à patauger dans le sang des victimes et faire face à une situation qui échappe à tout contrôle avec des moyens de plus en plus limités.

Parce qu’il y a vingt ans, il y avait encore des solutions et que maintenant il y a l’état d’urgence.

J’entends d’ici ceux qui vont dire que je fais de l’auto-flagellation face aux méchants terroristes qu’il faut plutôt pourchasser et exterminer sans pitié.

Contrairement à eux j’ai fait ma part de chasse aux terroristes.

Et avec le temps, j’ai appris que ce ne sont pas ceux qui cherchent les raisons du mal qui nous frappe ailleurs que dans les motivations de nos adversaires qui sont les idiots utiles du terrorisme, mais ceux qui crient en coeur « tuons les tous » sur le même refrain sécuritaire vide de sens et d’actes que des politiciens de droite comme de gauche leur servent depuis des décennies.

Ce soir, le président de la République française à dit : « nous allons mener le combat, il sera impitoyable ».

Malheureusement, cher François, toi et les tiens avez déjà perdu ce combat.

Entrevue à TV5 Monde après la parution de ce billet :

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