Terrorisme : jouer avec le feu ?

La défense de Djokhar Tsarnaev, accusé de l’attentat du marathon de Boston en 2013, avance le fait que le FBI aurait tenté de recruter son frère Tamerlan, ce qui aurait précipité leur action terroriste.

S’il y a fort à parier que l’accusation balayera cet argument du revers de la main, il n’en reste pas moins que la question est intéressante du point de vue de la conduite des opérations antiterroristes de la part des services américains.

On conviendra évidemment que les deux frères ne sont pas devenus des criminels parce que l’un ou l’autre aurait parlé avec le FBI. Il s’agit là d’un argument de prétoire, sans grand intérêt…
Mais question que cela pose est plutôt de savoir si ce service est passé, ou pas, à côté de la menace que les deux frères représentaient dans un curieux paradoxe voulant qu’ en cherchant à détecter des terroristes ils n’avaient pas vu que les deux frères étaient justement des clients de choix.

On peut se surprendre de cela, mais cette situation n’est pas la première dans l’histoire des services antiterroriste aux USA, ni ailleurs. Les services français par exemple, malgré leur longue expérience dans la détection des individus radicalisés, n’ont pas compris que Mohamed Merah était bien plus impliqué dans la mouvance islamiste radicale qu’ils ne le pensaient.
Une erreur qui vaut maintenant à ce service d’être sous le coup d’une enquête pour ce « loupé » qui ne peut s’expliquer que par un certain aveuglement dans une démarche de recrutement d’une source potentielle.

Est-ce l’erreur commise par les services américains ?

C’est fort possible tant il n’est pas rare que cherchant l’ennemi au loin, on ne se rende pas compte qu’il se trouve en réalité sous nos yeux…

 

– Paru sur le JdM le 1 avril 2014

Le cancer djihadiste

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©REUTERS/Saad Abobrahim

Dans le journal de Montréal, François Bugingo livrait hier une analyse bien informée sur la délicate question des djihadistes.

Il y écrivait à la fin de cet article passionnant : La question n’est plus vraiment de savoir si nous allons bientôt payer pour cet imbroglio syrien, mais plutôt quand ?

En 2005, dans notre ouvrage « Le jour où la France tremblera », Guillaume Bigot et moi faisions état de cette même situation en parlant du Cancer djihadiste en France :

Les anciens d’Afghanistan, du Kosovo, de Bosnie, de Somalie ou de Tchétchénie deviendront des héros et inspireront le respect dans les cités. Au sein d’une jeunesse engluée dans le chômage de masse et gavée de films d’action, ces vétérans de la guerre sainte susciterons des vocations […] les filières du djihad tendront à se diversifier, rendant plus difficile la lutte contre la radicalisation d’une partie de notre jeunesse.

Les métastases des années 2000 sont devenus des cancers mondiaux et les services de renseignements, qui s’alarmaient déjà il y a 15 ans, doivent maintenant faire face à des retours de plus en plus importants de djihadistes dans la plupart des pays occidentaux.

Encore plus révoltés qu’ils ne l’étaient par les combats et la mort de leurs camarades dans les zones de conflit, entraînés et décidés à étendre le djihad sur la planète, ces hommes sont plus que des bombes à retardement car ils sont à la fois des terroristes en puissance, mais surtout de formidables agents de recrutement pour d’autres filières djihadistes et du terrorisme local.

Depuis les premiers attentats des années 1990 en France – liés à l’époque aux Groupes Islamiques Armés (GIA opérant principalement en Algérie) – le cancer du terrorisme islamiste n’a cessé  de gagner du terrain, combattu avec plus ou moins de réussite par les services antiterroristes, dans la quasi indifférence de la part des leaders politiques des pays occidentaux qui n’étaient alors pas directement visés.

L’imprévoyance et l’indifférence à une question qui semblaient alors contenue hors des frontières – et notamment hors du continent américain – sont des erreurs qui coûtent aujourd’hui très cher à la lutte mondiale contre le terrorisme.

Dans une entrevue donnée en 2008, qui faisait suite à une tentative d’attentat à Paris, je disais : «La question n’est pas de savoir s’il y aura un attentat mais plutôt quand et comment il aura lieu»

Cette phrase concernait la France. Elle est plus que jamais d’actualité.

Elle s’applique désormais à la plupart des pays occidentaux.

– Paru au JdM le 29 octobre 2013

La punition d’Omar Khadr

Omar Khadr restera donc dans une prison fédérale à sécurité maximale, car c’est ce qu’a décidé la cour supérieure, malgré la demande de son avocat de le transférer dans une prison provinciale.

Khadr, condamné pour avoir tué un soldat américain dans une zone de combat alors qu’il était mineur est-il si dangereux qu’il faille le maintenir dans un système de haute sécurité ?

Dans l’administration fédérale canadienne tout le monde se félicite du fait qu’on maintienne cet homme sous haute surveillance.

Condamné par un tribunal militaire américain dans des conditions on ne peut plus discutables et pour des faits qui ne relèvent pas en réalité du « droit commun » mais de l’acte de guerre, Khadr est-il un prisonnier si « à risque » que cela ?

Objectivement, un Hell’s qui n’a pas renoncé à ses liens avec son organisation qui commet crime sur crime au pays n’est-il pas plus « à risque » que ce soldat d’Allah embrigadé par ses proches.

Malheureusement, au delà de la question de la prétendue dangerosité de Khadr, il s’agit ici avant tout de respecter une entente conclue avec le département de la justice américain.

Car pour les USA, il faut punir Omar Khadr autant que possible. Montrer l’exemple d’une justice impitoyable à défaut d’être exemplaire.

Alors le Canada punira Khadr.

En agissant ainsi, la justice canadienne révèle une bien vilaine part de ses relations non dites avec les américains au sujet du terrorisme, puisque c’est de cela qu’il s’agit.

– Paru au JdM le 20 octobre 2013

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