©Patrick Chappatte

La fugueuse et le djihadiste

La disparition de la fugueuse fait l’objet de milliers de messages sur les réseaux sociaux avec sa photo et une série de reportages qui racontent dans le détail la détresse des familles et la douleur de la disparition d’un enfant. La disparition du djihadiste fait l’objet de reportages avec des scènes de combats, des rappels d’attentats terroristes commis sur notre sol et quasiment personne ne s’intéresse aux parents qui viennent de perdre un enfant qu’ils  chérissaient autrement que pour chercher s’ils ne sont pas en partie responsables de la situation.

On dira que la première est une « vraie » victime, manipulée et entraînée dans le mauvais chemin par des criminels qui savent utiliser ses sentiments et se jouer d’elle pour servir leurs intérêts criminels.
On dit du second qu’il s’est radicalisé, qu’il est devenu une menace pour la société et on met en place à son intention des lois qui criminalisent ses tous premiers actes, même s’ils ne nuisent encore à personne d’autre qu’à lui-même, comme de chercher à rejoindre une organisation terroriste à l’étranger.

Les parents de la fugueuse ou du fugueur ont l’attention des médias, tandis que les parents du second auront droit à l’attention toute particulière de la police et la suspicion du grand public.

Pourtant, les deux fuguent pour rejoindre des organisations criminelles et, contrairement aux idées reçues, celles liées au terrorisme sur le sol Canadien font moins de victimes et de dégâts sociaux que les gangs et les organisations du crime organisé qui se livrent à la traite des personnes.

La première comme le second peuvent se rendre coupables d’actes criminels que l’on doit apprécier au regard de leur jeune âge et de l’état psychologique dans lequel ils se trouvent tout autant que de l’influence qu’ont sur eux des organisations criminelles ou des individus mal intentionnés.

Pour la première, cette influence malveillante d’individus qui veulent se servir d’elle sera considérée comme une circonstance plutôt atténuante alors que pour le second le nom d’une organisation terroriste trouvé dans son ordinateur sera une raison de plus de le faire basculer dans un système répressif encore plus lourd de conséquences.

Pourtant, chacun à leur façon, sont des mineurs en danger, de jeunes adolescents manipulés et victime d’organisations criminelles qui agissent comme des sectes, qui défont patiemment ce que la société et les parents enseignent aux plus jeunes pour les enlever à l’amour et la protection de leurs familles.

Bien sûr, la première n’ira à priori tuer personne – bien qu’un parcours marginal puisse malheureusement parfois conduire au pire – et le second peut devenir un terroriste ou un combattant sans statut dans une zone de conflit ou celui qui ne combat pas est tué par ses coreligionnaires.

Mais tous deux nourrissent une même colère, parfois une haine, d’eux-mêmes, du système, de cette société au sein de laquelle ils/elles se sentent incompris(e)s.

Quand la première sera retrouvée il sera question – et c’est bien naturel – de soulagement, de la fin d’un drame.

Quand le second sera retrouvé, même s’il n’a blessé ou attaqué personne, on le conduira en prison parce que la loi a prévu toute une nouvelle série d’actes criminels qui rendent impossible tout retour en arrière après ses premiers pas sous la coupe d’individus ou d’organisations « à caractère terroriste ».

Pour la première, on en fait certainement pas assez et on devrait en faire plus en donnant plus de moyens aux services sociaux et en écoutant les besoins des éducateurs.

Pour le second, on en fait trop en le considérant comme un dangereux terroriste avant même de l’avoir traité comme un mineur en danger qui a besoin, avant d’être surcriminalisé, d’être protégé contre le lui-même autant qu’une fugueuse ou un fugueur.

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2 commentaires

  • slf 8 février 2016   Répondre →

    Merci pour cet article qui permet de réfléchir et de sortir des jugements….Un excellent déclencheur de prises de conscience et donc de mise en place de solutions (ça donne envie de lire les livres :))

  • Garneau Diane 8 février 2016   Répondre →

    Merci M. Berthomet votre blog est très inspirant et très pertinent. Diane Garneau

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