La paix sociale ne s’achète pas, elle se construit

[Ce texte a été publié cette semaine dans les pages « Opinion » de La Presse.] 
[http://plus.lapresse.ca/screens/0ede7495-744d-4b63-bcf0-a39388683447%7C_0.html]

Depuis une semaine, les policiers français descendent dans les rues de plusieurs villes pour manifester leurs inquiétudes par rapport aux conditions dans lesquelles ils interviennent et aux dangers auxquels ils font face depuis des années.

Au même moment, chez nous, on lisait sous la plume de Daniel Renaud qu’à Montréal, l’arrestation d’un individu armé aurait été annulée à la dernière minute à la suite des instructions du numéro deux du SPVM. Enfin, en avril dernier, toujours selon La Presse, la direction du SPVM aurait, je cite, « interdit à des enquêteurs des stupéfiants de procéder à des arrestations à Montréal-Nord pour ne pas attiser les tensions raciales ».

Il est important de comprendre la nécessité, pour les corps policiers, de valider le maximum d’informations avant de passer à l’action et on ne saurait reprocher aux enquêteurs et aux groupes d’intervention de s’entourer de toutes les précautions possibles.

Montréal n’a en effet pas besoin d’une police de matamores. Mais elle n’a pas non plus besoin d’une police dont la hiérarchie ferait le choix de retenir l’intervention de ses hommes en fonction de considérations politiques, tandis qu’un individu armé et dangereux se promène dans la rue.

Si tel était le cas, il y aurait alors lieu de s’inquiéter sérieusement et l’on pourrait alors faire le parallèle avec la mobilisation des policiers français.

Car ces derniers ne se sont pas retrouvés dans les banlieues ou les zones dites « sensibles » face à des hommes cagoulés, armés de barres de fer et de cocktails Molotov du jour au lendemain. La situation à laquelle ils font face aujourd’hui est le fruit d’une longue série d’erreurs politiques étalées sur près de 30 ans, mais aussi, et surtout, des pressions exercées sur les gens de terrain pour que les patrouilles, les interventions quotidiennes et les arrestations ne causent pas d’incidents supplémentaires.

Ce refus d’affronter la réalité est doublement pratique pour le politique, puisqu’il lui évite de devoir se confronter à ses responsabilités sur le plan sécuritaire autant que sur celui des réponses sociales à apporter à une situation qui se dégrade.

Quand la situation sociale et sécuritaire a commencé à être suffisamment grave en France pour que les services d’urgence ne soient plus que les seuls à pouvoir pénétrer dans certains endroits, les autorités ont fait des choix qui ont pesé encore plus lourdement sur l’avenir du pays.

Plutôt que de devoir assumer politiquement les conséquences des interventions policières réprimant les trafics de drogue ou les arrestations des individus qui avaient constitué de véritables réseaux criminels dans les cités et les banlieues, les politiciens ont fait le choix cynique de « calmer le jeu » en pratiquant une politique de renoncement face aux petits délinquants qui tenaient déjà les cités sous leur coupe. Le maire ne voulait pas d’une émeute avant les élections. Le chef de la police voulait lui être agréable et obtenir sa promotion. Le préfet, quant à lui, ne souhaitait pas recevoir un message de la capitale pour lui rappeler qu’il était le représentant de l’autorité de l’État dans la région.

Ainsi, s’est installé petit à petit en France, à force de mauvais choix, ce qu’on appelle désormais le « climat d’insécurité ». Une situation dégradée au point où les policiers, que l’on avait aussi souvent que possible tenus éloignés du cœur de l’action, se sont retrouvés démunis quand cette violence a commencé à sortir des lieux où on croyait l’avoir confinée.

Je ne suis pas partisan des stratégies de la tension et j’ai plus qu’à mon tour critiqué l’emploi de la force par les policiers dans des circonstances qui me paraissaient exagérées. Que la police agisse avec discernement est une excellente chose. Mais si son travail est assujetti aux ambitions et aux intérêts politiques des uns et des autres, le risque que la situation que rencontrent les policiers français se réalise un jour chez nous n’est pas négligeable. « La compétence sans autorité est aussi impuissante que l’autorité sans compétence », disait le sociologue français Gustave Le Bon.

Les deux ont malheureusement fait défaut en France.

Souhaitons que ce ne soit pas le cas ici.

 

Vous pourriez aussi aimer

2 commentaires

  • Gilles Aerts 29 octobre 2016   Répondre →

    Comme toujours, un excellent article!

  • Garneau 29 octobre 2016   Répondre →

    M. Berthomet il est vrai que souvent les policiers ne savent pas à quoi s’attendre lors de certaines interventions, que ce soit à Montréal, à Longueuil, et il peut également arriver que leur vies soient en danger. J’ai beaucoup de respect pour les policiers. Merci pour votre blogue toujours très pertinent et authentique, Merci
    .

Laisser un commentaire