La peur comme outil sécuritaire

capture-decran-2016-10-14-a-18-34-27

Dans les années 50, hantés par le spectre d’une attaque nucléaire entretenue dès la fin de la guerre, plusieurs pays mettaient en place des plans de protection contre les effets d’une attaque éclair.

À travers différentes revues comme le « Civil defence information bulletin », on expliquait aux citoyens inquiets les dangers de la bombe et on leur donnait de brillants conseils pour se protéger de ses effets, comme celui de s’accroupir sous les tables des bureaux d’écoliers pour les enfants.

Dans les années 60, le climat de psychose était à son comble et des gens se construisaient eux-mêmes leurs propres abris anti-nucléaires…

La guerre froide, qui durera jusqu’à la fin des années 80, s’est cristallisée autour de la peur du communisme et d’un retour vengeur de l’URSS que les américains ont longtemps soupçonné de vouloir envahir à nouveau l’Europe.

Dans les familles on pensait naïvement que les mesures comme le « Duck and cover » pouvait servir à protéger la population des attaques nucléaires.

On présentait déjà ces « formidables » méthodes dans les écoles avec l’aide d’une sympathique tortue munie d’un casque… en plus de sa carapace au cas où cette dernière ne suffirait pas !

Après les récents attentats en France, c’est donc au retour de la peur comme méthode de gouvernance à laquelle on assiste et qui se concrétise par des exercices de protection dans les écoles qui sont aussi risibles que anxiogènes pour les enfants.

L’image ci-dessous parle d’elle-même, regrouper les étudiants derrière des tables est à peu près le moyen le plus sûr d’offrir à des terroristes un ensemble de cibles faciles à atteindre ou un groupe d’otages tout désigné.

capture-decran-2016-10-14-a-16-35-14

Ces mesures sont symptomatiques du type de réponse que le gouvernement français utilise en ce moment face au terrorisme, pas efficaces mais médiatiquement très vendeuses.

Il n’est en effet pas difficile de comprendre que si le risque de voir un individu entrer dans une école pour faire un carnage est élevé, ce n’est sûrement pas avec quelques tables qu’on sauvera la vie des enfants.

On aura essayé diront certains…

Oui, exactement comme on a lutté contre la délinquance, puis la grande criminalité et enfin le terrorisme djihadiste pendant des années : avec des bouts de ficelles, des structures inadéquates, des budgets faméliques, des moyens minables et beaucoup d’abnégation de la part des forces de l’ordre.

Et à chaque fois, ce sont les citoyens qui en payent le prix.

Vous pourriez aussi aimer

Un commentaire

  • Bth 7 novembre 2016   Répondre →

    Commentaire reçu par courriel de Nicolas Tangay-Leduc

    Bonjour,
    J’ai bien aimé votre article La peur comme outil sécuritaire.
    Je me permets de partager des observations sur le constat que vous dressez. Il ne faut pas oublier que la relation citoyen/État a grandement changé avec les réformes néolibérales.
    Une nouvelle série d’acteurs privés viennent s’immiscer dans cette relation.
    Aujourd’hui, l’État n’est plus le seul garant de la sécurité.
    On doit tous faire «notre juste part»: des annonces dans les trains ou dans les métros nous demandent d’intervenir lorsque l’on perçoit quelque chose de suspect ou bien Twitter qui supprime des comptes faisant l’apologie du terrorisme.
    La sécurité n’est plus un état de paix garanti par des institutions régaliennes.
    Ce nouveau rôle que jouent les citoyens et le secteur privé permettent le maintien d’un climat de tension d’une menace spectaculaire, mais non existentielle. De la peur comme outil sécuritaire s’ajoute la vigilance.
    Cette vigilance permet aux gouvernements de ne pas être les seules responsables de la sécurité publique et d’avoir une porte de sortie contre l’impossibilité «du risque zéro».
    Votre texte est important, car il insiste sur des points comme le caractère anxiogène et l’improvisation des gouvernements.
    Ce constat porte à réfléchir sur le type de société dans laquelle on veut vivre.
    Au plaisir de vous relire.

    Deux textes ont guidé ce commentaire:

    1. Petersen, Karen L. and Vibeke S. Tjalve. (2013) (Neo) Republican Security Governance? US Homeland Security and the Politics of “Shared Responsibility.” International Political Sociology, doi: 10.1111/ips.12006 http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/ips.12006/abstract

    2. Michaël Foessel. Etat de vigilance. Critique de la banalité sécuritaire. 2e Édition. Paris :Edition du Seuil, pp.192, 2016. http://www.seuil.com/ouvrage/etat-de-vigilance-michael-foessel/9782757862278

Laisser un commentaire