La police qui protège, la police qui tue

Pas tous des cow-boys

Les policiers ne sont pas des cow-boys et tous ne sont pas violents ou malhonnêtes.
Une majorité d’entre-eux font leur travail avec courage et honnêteté.
Cela doit-il cacher le fait que d’autres dérapent et commettent parfois l’irréparable dans un système dans lequel les outils de contrôle font trop souvent défaut ? Non.

Tués ou blessés par la police

Entre 2000 et juin 2013, 189 citoyens ont été tués ou blessés au Québec directement par des policiers.
Ce chiffre ne tient pas compte des poursuites, suicides, accidents et autres, car dans ce cas le chiffre serait autour des 400.
106 personnes ont été tuées ou blessées par l’arme à feu des policiers.
Ce n’est pas une association gauchiste à la solde des black-blocs qui le dit, ce n’est moi non plus, ce sont les statistiques du ministère de la sécurité publique.

La majorité des tirs ces dernières années

Or, en examinant ces statistiques, que peut-on constater ?

Au contraire de ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas il y a vingt ou trente ans que se produisaient majoritairement ces tirs policiers, mais plutôt de nos jours.
En effet, près de 75% des tirs policiers de cette statistique se sont produits durant les sept dernières années !

Comment dire alors que les policiers n’ont pas l’usage de l’arme de plus en plus facile ?

Une époque plus dangereuse ?

Malheureusement pour la logique, durant les dernières années la criminalité est en chute libre au Québec et en ce qui concerne les risques mortels encourus par les policiers, les chiffres sont bien différents de ceux des tirs effectués : entre 2002 et juin 2013, 16 policiers ont été tués au Québec, dont 4 l’ont été par arme à feu.

D’un côté donc 189 citoyens tués ou blessés gravement et directement par des policiers au Québec (sans compter les 123 suicides ou tentatives lors d’interventions ou détention policière et 84 blessures graves durant les poursuites) et de l’autre 16 policiers décédés.

106 citoyens tués par une balle policière en 12,5 ans.
4 policiers tués par balle en 11 ans.

La mort de chaque policier est une tragédie que nous voudrions tous éviter.
La mort d’un citoyen l’est-elle moins ?

Il ne faut, bien entendu, pas oublier que parmi les cas de personnes tuées par la police un grand nombre l’ont été parce qu’elles étaient menaçantes pour les policiers ou d’autres citoyens, mais presque 9 personnes tuées par an d’une balle policière au Québec, cela ne devrait-il pas nous faire réfléchir ?

Mario Hamel, Patrick Limoge, Yvon Lafrance, Vianney Charest, Henri Rodgers, Fredy Villanueva, Jean-Claude Lemay, Patrick Saulnier, Quilem Registre, Farshad Mohammadi, jean-Francois Nadreau, Mickel Dallaire et Anthony Griffin – pour ne nommer que ceux là – devaient-ils tous vraiment mourir ?

Plusieurs d’entre eux étaient des individus psychologiquement dérangés et pas des criminels endurcis.

Les gens savent-ils que Patrick Limoge, Fredy Villanueva, Patrick Saulnier, Quilem Registre et Anthony Griffin, n’avaient aucune arme à la main quand ils ont été abattus ?

Des enquêtes « indépendantes »

De 1999 à juin 2013, il y a eu 416 enquêtes indépendantes, celles qui sont menées par des policiers sur ceux d’un corps policier différent.

Sur ce nombre, à ce jour, 379 ont menées à… aucune mise en accusation.
34 cas n’ont pas été complétés.
3 mises en accusation ont été effectuées et à ce jour il n’est pas possible d’établir qu’une seule condamnation puisse avoir été prononcée dans ces trois cas. 3 sur 416 !

Je vous laisse faire le calcul du pourcentage de poursuites en regard des enquêtes. Même si l’on ne se trouve pas ici dans le cas d’un acte criminel « classique », ce taux de mise en accusation nous dit tout simplement que les policiers ne sont pratiquement jamais tenus responsables de la mort d’un citoyen.

Dans mon livre « Enquête sur la police« , qui paraît aujourd’hui, je reviens non seulement sur ces cas, dont certains révèlent un véritable problème de l’usage des armes à feu dans nos corps policiers, mais j’identifie plusieurs dossiers d’enquêtes, dans lesquels les policiers se sont parjurés, ont fabriqué des preuves ou ont battu des individus.

Les policiers ne sont pas des cow-boys et tous ne sont pas violents ou malhonnêtes.
Une majorité d’entre-eux font leur travail avec courage et honnêteté.
Cela doit-il cacher le fait que d’autres dérapent et commettent parfois l’irréparable dans un système dans lequel les outils de contrôle font trop souvent défaut ? Non.

Entrevue Radio en lien avec cette chronique

– Paru au JdM le 27 novembre 2013

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