Le feuilleton terroriste

L’opération était « top secret », mais on en connait déjà les coulisses dans L’express, l’avocat est lié par la confidentialité des échanges avec son client mais il se livre dans une longue entrevue sur ce qu’il a appris de lui lors de leurs entretiens…

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Page d’accueil de L’Obs : 3 premiers titres sur Abdeslam.

Une semaine après son arrestation, le quotidien Le Monde a pu consulter les procès-verbaux d’interrogatoire de Salah Abdeslam qui sont largement retranscrits dans le journal au mépris du secret de l’instruction.

L’arrestation de Salah Abdeslam s’est d’ailleurs déroulée sous le regard des caméras, diffusée en direct par les médias d’information en temps réel.

BFMTV entre en contact téléphonique avec l’un des frères Kouachi en pleine prise d’otages et certains déposeront ensuite une plainte, avant de la retirer, contre la chaîne pour « mise en danger de la vie d’autrui » après que des informations précises sur le lieu où se cachaient les otages aient été données en direct.

Encore plus récemment, la chaîne française M6 a même diffusé les images des caméras de surveillance du Comptoir Voltaire, au moment précis où Brahim Abdeslam a déclenché sa ceinture d’explosifs le 13 novembre. (L’absence de lien sur ce sujet est volontaire) 

La dérive médiatique – des médias essentiellement européens – qui accompagne les affaires de terrorisme est de plus en plus inquiétante mais il faut souligner qu’il ne pourrait pas prendre une telle ampleur si certains, à l’intérieur du système, n’avaient pas quelque chose à gagner à faire fuiter les informations les plus confidentielles.

Responsables politiques, policiers, avocats, magistrats, les fuites et les déclarations à l’emporte-pièce viennent de toute part en donnant à l’actualité de ces affaires complexes l’image d’un feuilleton télévisé que l’on peut suivre en temps réel en ayant l’impression d’être informé alors qu’il ne s’agit bien souvent que d’un flot de nouvelles parcellaires mises bout à bout pour tenir la distance dans la concurrence que se livrent les médias.

Cette situation place les médias au croisement de nombreuses questions de fond, comme celles de la propagande terroriste, de la mise en danger de la vie d’autrui, de la protection de la vie privée ou de la dignité (images d’otages), du secret de l’instruction, ou encore de la valeur d’une nouvelle parcellaire qui sera remplacée ou contredite par une autre quelques heures plus tard…

Le feuilleton est maintenant bien installé et il vient de plus en plus souvent interagir avec la réalité du terrain, la poursuite des enquêtes ou même la réussite des opérations policières.

Tout n’est pas uniquement négatif et plusieurs médias s’interrogent sur leur rôle au coeur d’un phénomène dans lequel l’information en temps réel est utilisée par les terroristes comme un outil de propagande.

Mais il semble de plus en plus indispensable que, devant l’ampleur des nouveaux enjeux auxquels ils font face, tout ceci fasse l’objet d’une vaste réflexion d’ensemble.

 

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2 commentaires

  • Garneau Diane 27 avril 2016   Répondre →

    Merci pour ces informations toujours très pertinentes. Diane Garneau

  • sylvie Daigle 27 avril 2016   Répondre →

    Vraiment pertinent votre article : le feuilleton Terroriste. Vraiment je constate que en médiatisant à outrance genre feuilleton, la pub est gratuite et j’ajoute peut avoir un effet d’entraînement ( d’encourager). merci de faire valoir votre expertise

    t

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