Le terrorisme d’opportunité

« Attentat de Nice, huit mois d’enquête et toujours pas de trace de l’État islamique »

C’est le titre, cette semaine, d’un article de Libération qui, après avoir pris soin de préciser que l’enquête n’a peut-être pas tout mis à jour, explique que les enquêteurs antiterroristes n’ont pu trouver aucun lien entre l’auteur de l’attentat et l’organisation qui l’a revendiqué.

À ce jour donc, Daesh n’aurait pas aidé à la préparation de cet attentat et ne l’aurait pas directement ordonné…

Au milieu des attentats les plus meurtriers en Europe – qui sont reliés non seulement à Daesh ou Al qaida mais aussi à d’anciens réseaux djihadistes restés opérationnels sur le territoire européen – on remarque clairement l’émergence d’une nouvelle forme de terrorisme dont les auteurs agissent souvent sans liens structurels directs avec des organisations terroristes.

Ces attaques, souvent individuelles, (Un homme attaque trois militaires à Nice en janvier 2015, l’attaque contre les locaux de Air-Products à Saint-Quentin-Fallavier en juin 2015, L’attaque de militaires à Valence en janvier 2016l’attaque de Saint-Jean-Sur-Richelieu en novembre 2014, attaque d’Orlando en juin 2016… entre autres) laissent derrière elles beaucoup de questions quant aux motivations et l’état mental des auteurs de ces crimes souvent commis avec un minimum de préparatifs et des moyens rudimentaires.

Au fil de ces affaires, on découvre parfois des discussions sur internet, des contacts fugaces ou des influences de lointains djihadistes, mais peu ou pas de véritable soutien opérationnel de la part d’une organisation terroriste, qui différenciait, il y a encore dix ans au regard de nombreuses législations, un acte de terrorisme d’un crime de droit commun.

Après deux importantes phases d’évolution, du terrorisme très organisé vers une forme de terrorisme déconcentré, nous sommes entrés depuis quelques années dans l’ère du terrorisme individualisé dont les auteurs cherchent à justifier leurs actions en les inscrivant au coeur d’un courant idéologique et religieux dont Daesh s’est fait le porte-parole.

Sur la base d’un tapissage idéologique extrêmement bien mené par Daesh (reprenant en cela l’héritage d’Al qaida et réussissant à transformer le djihad violent en véritable message de contre-société), nous assistons à l’émergence d’un terrorisme qui devient, par sa nature même, de plus en plus difficile à détecter et donc empêcher.

Dans certains pays, en France en particulier, les choses sont compliquées par la subsistance d’anciens réseaux terroristes (notamment ceux des anciens membres des GIA) mais aussi par d’autres paramètres qui contribuent depuis des décennies à alimenter la menace.

Reste que cette nouvelle menace, individuelle et isolée, dite « d’opportunité » dont parle Jean-François Daguzan dans cette entrevue en 2005 ou encore André Jacob dans cette entrevue en 2015, est bien plus imprévisible que le terrorisme « classique » auquel les pays occidentaux ont fait face ces cinquante dernières années.

C’est pourquoi il faut s’attendre, pour de nombreuses années encore, à ce que ces actions soient de plus en plus souvent perpétrées dans les pays occidentaux.

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