Les réseaux antisociaux

Les faux comptes qui pullulent sur Facebook servent, c’est bien connu, à toutes sortes d’arnaques plus ou moins bien organisées et plus ou moins faciles à détecter.
Mais pas seulement, puisque, à l’occasion de la médiatisation des disparitions d’adolescentes à Montréal, il n’est pas inutile de rappeler que certains de ces comptes servent aussi au recrutement de jeunes mineures pour différentes activités a caractère sexuel, allant jusqu’à de la prostitution.

Les comptes en question, nombreux et très actifs contactent directement de jeunes adolescentes pour leur proposer des activités très lucratives comme participer à un réseau de webcam « sexy » ou devenir hôtesse de maison de jeu en lingerie sexy, quand ce n’est pas accompagner et fournir des services sexuels à des hommes d’affaire.

La photo de profil et le nom du compte sont plutôt discrets pour rassurer la recrue et surtout ne pas attirer l’attention des parents ou amis.

J’ai pu consulter cette semaine une proposition de ce genre, faite à une adolescente mineure par l’intermédiaire du système de messagerie Facebook Messenger.

Pour préserver la sécurité de la personne qui m’a fait suivre ce message, je ne peux le reproduire dans son intégralité, mais des propositions comme celles qui suivent ne prêtent guère à confusion :

« C’est pour accompagner des hommes d’affaires […] ça comporte un volet sexuel, mais pas toujours et c’est minimum 1500$… »

Les propositions qui sont faites en message privé sont souvent adressés à des jeunes filles mineures et il est ici clairement question d’incitation à de la prostitution.

Les fugues d’ados, gars ou filles, n’ont rien de nouveau, des milliers de jeunes disparaissent chaque année au Québec et même si une grande majorité d’eux-eux(elles) sont retrouvé(e)s, beaucoup de fugues restent inexpliquées.

On peut prendre beaucoup de moyens pour lutter contre ce fléau, ainsi que contre l’exploitation des mineur(e)s à des fins sexuelles, mais encore une fois les réseaux sociaux ne font pas leur juste part des choses en ce domaine, malgré de récents efforts largement annoncés dans les médias.

Si des utilisateurs avertis peuvent détecter de faux comptes en utilisant des méthodes simples pour repérer les photos piratées et les usurpations d’identité, il n’y a aucune raison que Facebook ne puisse pas le faire le ménage dans son propre réseau.

Facebook et Twitter sont des produits commerciaux et ils ont la responsabilité morale de fournir à leurs clients, qui sont pour beaucoup des jeunes, un univers aussi sécuritaire que possible, or, il semble que tous les moyens ne soient pas mis en oeuvre par ces entreprises pour lutter contre ces phénomènes endémiques qui minent la confiance que l’on peut leur accorder.

En 2012, plusieurs études soulignaient qu’il y avait plus de 87 millions de faux comptes sur Facebook soit pas loin de 10% des inscrits de l’époque et presque de 2% de ces comptes étaient identifiés comme malveillants.

Au delà du fait que les autorités semblent incapables de mettre suffisamment de pression sur ces entreprises pour protéger convenablement leurs citoyens contre le langage haineux, la radicalisation et le recrutement criminel sur ces réseaux, la question se pose de savoir si les gens sont devenus tellement dépendants de ces nouveaux médias qu’ils sont incapables de leur imposer leurs choix, comme c’est le cas normalement dans une relation de client à fournisseur de service.

Que Facebook perde rapidement des millions d’abonnés qui se plaignent du manque de sécurité sur le réseau et on peut être certain que des mesures seront alors prises rapidement.

PS : Le message cité dans cet article a été signalé aux autorités et je conseille aux parents d’aborder cette question avec leurs enfants afin d’essayer de eur faire comprendre la nature mensongère et dangereuse de ces messages.

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2 commentaires

  • Garneau Diane 5 février 2016   Répondre →

    Merci M. Berthomet je serai vigilante sur facebook

  • Gilles Aerts 5 février 2016   Répondre →

    Encore un article très intéressant d’utilité publique.
    Le titre est particulièrement bien choisi.

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