Les victimes du terrorisme, la censure et le respect

« You want censorship »

C’est la réponse qui a été faite à mon message sur Twitter dans lequel je disais que partager des photos de victimes de l’attentat de Stockholm, démembrées et baignant dans leur sang, était non seulement une atteinte à leur dignité mais allait en plus servir la propagande de Daesh qui utilise ces attaques individuelles pour construire son image d’ennemi public mondial numéro un.

Cette réponse est particulièrement reprise et partagée par une clique fachosphérique qui y ajoute, suivant l’humeur, insultes ou accusations de complicité avec les terroristes.

Ce n’est bien entendu pas un hasard si ces images sont essentiellement utilisées par les milieux d’extrême-droite et par ceux et celles qui considèrent que tout ce qui ressemble de près ou de loin à un musulman(e) doit est relié d’une façon ou d’une autre aux actes des terroristes.

Car, pour ceux et celles qui les partagent, les images, quasiment insupportables des victimes seraient le meilleur moyen de montrer l’horreur et la barbarie des actes des terroristes.

Le reste ne serait que de la censure.

Cet argument de la censure revient aussi dans le milieu du journalisme quand on s’inquiète du fait que les articles et reportages soient de plus en plus souvent illustrés par des images dégradantes des victimes, quand ce n’est pas par des vidéos et des images réalisées par les organisations terroristes elles-mêmes…

Je n’en démordrais pas, partager les images des corps démembrés des victimes du terrorisme ne fait pas avancer la cause de la justice ou celle de l’information et ne sert pas l’intérêt de nos démocraties.

On peut très bien se passer de cette outrage supplémentaire aux victimes et à leurs proches pour raconter l’horreur, décrire la barbarie et rapporter les faits.

Ce n’est pas un hasard si des organisations de victimes se battent depuis les récents attentats de Paris pour faire retirer les photos des victimes du Bataclan qui circulent sur les réseaux sociaux.

Qu’elles soient proches ou loin de nous, les images des corps des pères, mères, enfants, frères, soeurs, amis et collègues morts des mains des terroristes ne nous appartiennent pas.

Elles ne tombent dans le domaine public en dehors de toute considération du droit à l’image ou de l’atteinte à la dignité par le simple fait que nous nous sentons nous aussi visés par la violence des terroristes.

Et il ne s’agit pas de censure, mais avant tout de respect, une valeur dont nous ferions bien de prendre le plus grand soin en ces temps douloureux.

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