La paix sociale ne s’achète pas, elle se construit

[Ce texte a été publié cette semaine dans les pages « Opinion » de La Presse.] 
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Depuis une semaine, les policiers français descendent dans les rues de plusieurs villes pour manifester leurs inquiétudes par rapport aux conditions dans lesquelles ils interviennent et aux dangers auxquels ils font face depuis des années.

Au même moment, chez nous, on lisait sous la plume de Daniel Renaud qu’à Montréal, l’arrestation d’un individu armé aurait été annulée à la dernière minute à la suite des instructions du numéro deux du SPVM. Enfin, en avril dernier, toujours selon La Presse, la direction du SPVM aurait, je cite, « interdit à des enquêteurs des stupéfiants de procéder à des arrestations à Montréal-Nord pour ne pas attiser les tensions raciales ».

Il est important de comprendre la nécessité, pour les corps policiers, de valider le maximum d’informations avant de passer à l’action et on ne saurait reprocher aux enquêteurs et aux groupes d’intervention de s’entourer de toutes les précautions possibles.

Montréal n’a en effet pas besoin d’une police de matamores. Mais elle n’a pas non plus besoin d’une police dont la hiérarchie ferait le choix de retenir l’intervention de ses hommes en fonction de considérations politiques, tandis qu’un individu armé et dangereux se promène dans la rue.

Si tel était le cas, il y aurait alors lieu de s’inquiéter sérieusement et l’on pourrait alors faire le parallèle avec la mobilisation des policiers français.

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Vers un échec de la « déradicalisation » ?

Depuis quelques semaines, les articles de presse qui font l’écho des problèmes et échecs rencontrés par les centres de radicalisation dans le monde se multiplient.

En France, les échecs se suivent et se ressemblent, à commencer par l’annonce cette semaine de l’abandon des unités spécialisées pour détenus radicalisés dans les prisons.

Face à la problématique grandissante des cas de radicalisation dans les prisons françaises, ces unités semblaient être un peu la solution de la dernière chance pour trouver des solutions, malgré les critiques dont elles ont rapidement fait l’objet tant sur le manque de moyens financiers que sur les méthodes mises en oeuvre.

Toujours en France, Dounia Bouzar, la pionnière dans le domaine de la « déradicalisation » dans le cadre d’un projet gouvernemental, a commencé à recevoir un flot de critiques il y a de nombreux mois.

Comme un signe révélateur des difficultés à mener à bien cette tâche , Léa, une jeune fille radicalisée qui avait livré un témoignage vidéo contre la radicalisation, avait dans le même temps où elle collaborait avec le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’Islam, pris contact avec un recruteur en Syrie où elle comptait se rendre.

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Terrorisme: l’aspect religieux n’est plus qu’un prétexte

Je replace intégralement ici l’article du journaliste Yves Casgrain, car il constitue l’une des meilleures synthèses en entrevue de mes constatations récentes sur le sujet du terrorisme et des processus qui y conduisent.
(L’original se trouve ICI.)

  • Yves casgrain pour la revue Présence, information religieuse. 

Derrière la figure médiatique du soldat djihadiste se cache un cancre en matière de religion. Voilà ce qu’observe Stéphane Berthomet, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent (OSR) et auteur du livre La Fabrique du djihad : radicalisation et terrorisme au Canada.

Selon le spécialiste des questions policières et sécuritaires, en Occident, le rôle de la religion dans les actions terroristes liées à des organisations comme Daech et Al-Qaïda a évolué avec le temps, se simplifiant au point de ne devenir qu’un prétexte.

«Aujourd’hui, nous constatons que l’aspect religieux et la connaissance religieuse sont extrêmement minimes chez les terroristes. Il y a une véritable évolution quant à la place de la religion comme motivateur d’un passage à l’acte en Occident. C’est un énorme changement.»

L’expert avance que les réseaux sociaux apportent la preuve de cette évolution.

«Finalement, la religion ne devient qu’une excuse, qu’une simple motivation,
exactement comme dans certaines organisations politiques à l’idéologie raciste ou suprémaciste.»

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La peur comme outil sécuritaire

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Dans les années 50, hantés par le spectre d’une attaque nucléaire entretenue dès la fin de la guerre, plusieurs pays mettaient en place des plans de protection contre les effets d’une attaque éclair.

À travers différentes revues comme le « Civil defence information bulletin », on expliquait aux citoyens inquiets les dangers de la bombe et on leur donnait de brillants conseils pour se protéger de ses effets, comme celui de s’accroupir sous les tables des bureaux d’écoliers pour les enfants.

Dans les années 60, le climat de psychose était à son comble et des gens se construisaient eux-mêmes leurs propres abris anti-nucléaires…

La guerre froide, qui durera jusqu’à la fin des années 80, s’est cristallisée autour de la peur du communisme et d’un retour vengeur de l’URSS que les américains ont longtemps soupçonné de vouloir envahir à nouveau l’Europe.

Dans les familles on pensait naïvement que les mesures comme le « Duck and cover » pouvait servir à protéger la population des attaques nucléaires.

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Jouer au policier

Que feriez-vous si vous étiez à la place des policiers?

Tirer ou ne pas tirer? C’est la question à laquelle ont tenté de répondre Félix Séguin, journaliste à «J.E», et le collaborateur de TVA Nouvelles, Richard Martineau. Ils ont passé une journée dans la peau d’un agent de la Sûreté du Québec (SQ).

C’est sur ce postulat qu’une équipe de « J.E » a participé à des exercices de mise en situation policière.

Le journaliste Félix Seguin, le chroniqueur Richard Martineau et la réalisatrice Laurie Carufel (qui n’est pas mentionnée dans l’article annonçant l’émission) ont donc enfilé, pour une journée, la tenue et le gilet pare-balles de la SQ.

Nous accompagnons donc nos trois policiers d’un jour qui vont se retrouver consécutivement en face d’un homme armé d’un couteau, d’un cas de violences conjugales très violentes, d’un contrôle routier d’un conducteur agressif où des jeunes tout aussi agressifs entourent les policiers, d’un homme qui tire sur l’auto-patrouille dans laquelle ils ont embarqués, et enfin, d’un tueur de masse actif au moment de l’arrivée des policiers…

Ouf !

Ils l’ont pas eue facile, cette journée !

Plus sérieusement, ce reportage ne montre aucune situation qui se termine bien et ne présente aucun exercice qui ouvre la possibilité du dialogue ou du désengagement, qui sont deux stratégies indispensables si on veut tenter de conclure une altercation sans tirer de coups de feu.

Manifestement le thème de la journée était plutôt « situation de crise » que situations réelles, puisqu’on sait que les interventions qui se terminent en échange de coups de feu sont limitées à quelques cas assez rares au milieu des dizaines de milliers d’interventions annuelles.

Le commentaire de Félix Séguin, nous indique dès les premières images que TVA a voulu aller « à la racine des choses » et on suppose donc que l’on va nous aider à comprendre comment une situation de crise peut survenir au détour d’une mission ou comment une intervention peut malheureusement mal se terminer.

Au lieu de ça, on nous transporte dans un univers d’émotion, de coups de matraques et de coups de gueules, dans lequel on voit trois personnes totalement novices et absolument pas préparées à ce qui les attend, faire face aux pires situations que les policiers peuvent rencontrer dans une carrière.

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Twitter modère modérément.

J’ai déjà eu l’occasion, à de nombreuses reprises, de dire tout le mal que je pensais de l’attitude laxiste des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter face aux nombreux délits qui y sont commis (apologie du terrorisme, harcèlement, diffamation… entre autres) ou de leur incapacité à différencier les comptes nuisibles des autres.

J’ai aussi rédigé ici un article sur le sujet des faux comptes sur ces mêmes réseaux et donné plusieurs entrevues pour expliquer comment ils facilitaient, par leur négligence, la radicalisation et le recrutement terroriste.

Nous avons eu droit, ces derniers mois, à plusieurs articles qui nous expliquaient que Twitter avait supprimé des centaines de milliers de comptes qui se livraient de la propagande terroriste…

Tout cela ressemble évidemment à une belle opération de communication à l’occasion de laquelle on nous explique combien il est difficile de détecter ces comptes puisqu’il n’existe pas « d’algorithme magique pour identifier les contenus terroristes sur Internet »…

D’après ce que m’ont expliqué ceux pour qui les algorithmes sont le pain quotidien, il ne serait pourtant pas difficile d’identifier selon des procédés automatisés ceux qui utilisent le matériel visuel de Daesh, ne serait-ce que pour faire un premier tri entre les militants de Daesh et ceux qui reproduisent son iconographie à des fins d’information…

Ma conviction est que les compagnies qui se sont positionnées sur le créneau du réseau social considèrent les processus de contrôle et de gestion des dérives qui s’y produisent comme des coûts qu’ils rechignent à assumer.

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