Le policier et son « ami » le Hells Angels

Dans un article qui paraît aujourd’hui dans le journal de Montréal, le journaliste Félix Seguin fait de nouvelles révélations sur le rôle trouble joué par l’ancien policier Benoit Roberge dans la mort d’un informateur, Dany Kane.
Selon les enregistrements dont il a pu avoir connaissance, le policier aurait encouragé l’informateur à se suicider.

Contrairement à ce qui s’est dit au moment où la sentence de Roberge a été connue, le policier était plus proche du Hells qu’il n’a bien voulu le dire.
Ainsi, Benoit Roberge discutait non seulement très régulièrement avec son « ami » Charlebois, mais il s’est aussi rendu au domicile de ce dernier.
Des relations bien plus amicales qu’elles n’y paraissent donc.

Dans un article daté du 10 octobre dernier, je faisais la liste des éléments qui relient le policier Roberge à la mort de plusieurs informateurs dont il était plus ou moins proche.

Claude de Serre, Dany Kane et René « Balloune » Charlebois, tous les trois informateurs de police et tous les trois en lien avec Benoît Roberge sont tous décédés de mort violente.
Pour ajouter au mystère, il faut rappeler que René « Balloune » Charlebois n’est autre que l’assassin de Claude de Serre.
Malgré le fait que sa voix ressorte sur l’enregistrement du « body pack » de Claude de Serre au moment de sa mort, il aura fallu attendre de longs mois avant que Charlebois ne soit finalement identifié.

Était-il si difficile que cela de reconnaitre la voix du Hells Angels pour les policiers et le « spécialiste » Benoit Roberge ?

Autre interrogation : a-t-il été question des circonstances de la mort de certains de ces informateurs lors de la négociation de l’entente conclue entre Benoit Roberge et la poursuite ?

Une réponse à laquelle seules les deux parties concernées seraient en mesure de répondre.

– Paru au JdM le 22 avril 2014

Parution du rapport sur le printemps 2012

Le rapport de la commission Ménard sur les évènements du printemps 2012 est en ligne ICI.

Il est particulièrement incisif et visiblement très critique pour le travail des forces de l’ordre.

De très nombreux passages de mon ouvrage Enquête sur la police sont cités dans ce rapport et plusieurs de mes recommandations sont reprises.

Je ferai un point sur le contenu du rapport après lecture complète… celui-ci fait plus de 450 pages !

Otages français : les dessous d’une libération

Une libération qui tombe bien

Les quatre otages français Édouard Élias, Didier François, Nicolas Hénin et Pierre Torres ont été libérés après 10 mois de détention par les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (ISIS). Une bonne nouvelle qui tombe à point pour le gouvernement français en pleine débandade et son président, en chute libre dans les sondages.

En fait, cette libération ne doit rien au hasard mais plutôt à l’acharnement des agents secrets français et du fameux Service Action de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure.

Travail des services secrets français

Les journalistes n’ont pas été retrouvés par des militaires Turques comme cela a été annoncé, mais plutôt remis aux agents du Service Action et conduits en sécurité sous la protection des militaires Turques.
C’est le résultat d’un long et discret travail des services secrets français qui ont œuvré jour et nuit à la libération des quatre journalistes en coopération avec plusieurs autres agences de renseignement sur le terrain.
D’après mes informations, dans les derniers mois le travail des agents français était du 24h/24h.

Un « honorable correspondant » parmi les journalistes otages ?

Depuis l’enlèvement des journalistes, les services français n’ont jamais perdu leur trace par des contacts indirects qui permettaient de s’assurer que les français étaient en vie.
Il se murmure d’ailleurs que l’un d’eux serait un « correspondant » de la DGSE, ce qui n’est pas rare dans le cas des journalistes de guerre qui sont amenés à se trouver dans des zones où le renseignement est particulièrement utile aux services secrets.
Il arrive parfois qu’au fil des rencontres sur le terrain des contacts se nouent et les échanges de services entre un journaliste qui veut entrer dans une zone de djihad et un service de renseignement sont plutôt simples à envisager.
Ce qui ne veut pas dire évidemment qu’ils soient systématiques…

Une nouvelle donne djihadiste en 2014

Selon plusieurs de mes sources, c’est au tout début de 2014 que les choses se seraient présentées sous un jour favorable pour les otages.
En effet, l’Etat islamique en Irak et au Levant (ISIS), est un mouvement d’une telle cruauté et d’une telle violence qu’il se serait aliéné la plupart des autres organisations djihadistes et en janvier 2014, l’ISIS a du replier ses forces dans le gouvernorat d’al Raqqa qu’il contrôle.
Plusieurs rumeurs circulent dans les agences de renseignement sur le fait que l’ISIS aurait éliminé un envoyé d’Al Qaida, Abu Khalid al-Suri, spécialement mandaté par Ayman al-Zawahiri, l’actuel leader d’Al-Qaïda, pour résoudre les conflits entre les différentes factions djihadistes.
Ce qui est certain c’est qu’au début du mois de janvier, l’ISIS aurait affronté un autre mouvement djihadiste, Jabhat al Nusra, et ce dernier aurait pris un net avantage sur l’ISIS, les obligeant à se replier dans leurs fiefs.

Des otages de plus en plus encombrants

L’expansion de l’ISIS, sa cruauté et sa volonté hégémonique ont conduit ce mouvement à devoir faire face sur plusieurs fronts en même temps.
Non seulement les autres factions souhaitent la détruire, mais l’ensemble des forces opérationnelles occidentales présentes sur le terrain (services britanniques, français et Étasuniens) concentraient leurs efforts à lutter contre ce mouvement.
Ainsi, la détention des otages amenait une pression supplémentaire sur le mouvement et il y a fort à parier que ce rapport de force n’a pas été négligeable dans la décision de la libération.

Une rançon ?

Comme à chaque fois, la question du versement d’une rançon se pose.
Dans ce cas précis, il semble que cela ne se soit pas le cas, bien que l’on ne puisse jamais vraiment écarter cette possibilité.
On parle plutôt de l’hypothèse d’un « arrangement » par l’intermédiaire du Qatar – qui joue un double jeu savamment orchestré -, pour la remise d’armes et de matériel.

À n’en pas douter, c’est  aussi un ensemble de facteurs positifs qui ont conduits à cette libération et même si nous en savons maintenant un peu plus sur les dessous de cette affaire, il reste, comme dans la plupart des opérations des services secrets, encore beaucoup à découvrir !

– Paru en ligne au JdM le 20 avril 2014

Les Hells Angels sans Maurice Boucher

Comme l’a révélé Félix Seguin dans le journal de Montréal cette semaine, Maurice « Mom » Boucher ne fait plus partie des Hells Angels.
Ce dernier a reçu fin mars le message l’informant qu’il était exclu de la fraternité.
Pour tous les observateurs du milieu criminel, la nouvelle est de tout première ampleur.
Difficile en effet de dissocier le nom de Mom Boucher de l’histoire moderne des Hells Angels, tant son destin est lié à celui des motards.

Pour le public, Mom Boucher était le chef des Hells Angels et pour les policiers il était celui qui a contribué, par son tempérament et ses actions, à radicaliser le mouvement et attirer une grande partie de l’attention sur lui.
Mais Mom Boucher n’est pas le leader incontesté que l’on pourrait penser en lisant les journaux ou regardant les informations télévisées,
Certains de ses actes ont conduits à des départs au sein du mouvement et il était détesté par d’autres membres des Hells Angels à cause de sa gestion de la célèbre guerre des motards qui dura près de huit ans et fit plus d’une centaine de morts.

Emprisonné à vie, Mom n’est plus d’un grand secours pour l’organisation qui a besoin d’un chef qui fédère, organise et structure les trafics et les alliances, ce qu’il ne peut plus plus faire efficacement depuis sa prison.
De l’autre côté, il ne faut pas écarter le fait que son statut de membre en règle devait peser lourdement sur la suite de sa détention, surtout en ce qui concerne sa possibilité d’obtenir une libération conditionnelle.
Mom Boucher ne souhaitait peut-être pas que ses conditions de détention soient assouplies, car avec le nombre de ses ennemis cela pourrait mettre sa sécurité en danger, mais par contre il va certainement chercher à sortir dès que possible et dans ce cas, ne plus faire partie de la bande sera un avantage.

Dehors, on assiste à une réorganisation du mouvement, les patches ressortent des placards et les différents groupes de motards se font plus visibles comme lors du Bike and Tattoo Show du mois d’avril dernier.
Or, un mouvement qui veut reprendre forme a besoin d’un chef qui soit présent et qui fédère les sympathisants, ce que Mom Boucher n’est plus en mesure de faire.
Il se dit beaucoup du côté policier que Salavatore Cazzetta est devenu le Hells Angels le plus influent du moment et on se souviendra que ce dernier ne porte pas Mom Boucher dans son coeur.
Cazzetta ne peut-être, à lui seul, responsable de la décision prise contre Boucher, mais tout laisse évidemment à penser qu’elle fait bien son affaire.

Ainsi, entre un vieux chef de bande qui, même si il reste un criminel endurci, voudrait peut-être diminuer son temps de prison et une organisation qui veut se renouveler pour renaître de ses cendres, il y a peut-être une explication toute simple.

Celle d’un pacte gagnant/gagnant pour Mom boucher et les Hells Angels.

À suivre…

– Paru le 19 avril 2014 sur le JdM

Des fausses factures pour les travailleurs à la FTQ-Construction

Pauvre Jocelyn Dupuis, le voici inquiété parce qu’il a fait des fausses factures pour le bien des travailleurs de la FTQ-Construction.
Comme le dit si bien l’ex-secrétaire de la FTQ-Construction, Alain Pigeon, Dupuis participait à un système généralisé au sein de la FTQ-Construction.

Ce même Pigeon qui dit que le gentil Dupuis ne prenait rien pour lui mais que ces détournements de fonds ne servaient qu’à aider les membres du syndicat à payer leurs repas ou autres menues dépenses.
Franchement on croit rêver !

Il faudrait d’abord commencer par oublier que les lunchs à plus de 1000$ avec des grands crus étaient évidement une forme d’enrichissement personnel et qu’il n’y a guère de différence entre se mettre de l’argent dans les poches et mener la grande vie de façon disproportionnée sur le compte de la FTQ-Construction.

Il faudrait ensuite croire que Dupuis, proche des Hells Angels, vivant dans un univers de corruption, n’aurait jamais profité personnellement de cet argent facile et qu’il tenait une comptabilité rigoureuse de ce qu’il détournait pour le remettre en totalité aux honnêtes travailleurs e la construction.

Il faudrait enfin croire que dans un système que l’un des  anciens secrétaires (Alain Pigeon) décrit comme «…la structure établie et qui était connue de tous les directeurs» le modèle de détournement de fonds et de corruption n’aurait en rien affecté la moralité des participants au point que certains tentent d’en profiter à des fins personnelles.

Partout où l’argent circule illégalement à flot il n’y a pas de limites aux malversations et magouilles.
C’est ainsi que fonctionne la société, une fois la barrière sautée, aucune raison de s’arrêter à des considérations morales ou à l’intérêt collectif.

C’est pour cela que l’on considère la corruption comme un mal endémique qu’il faut totalement éradiquer si on ne veut pas qu’elle détruise entièrement les systèmes dans lesquels elle se propage.

Alain Pigeon, l’ancien secrétaire de la FTQ-Construction qui vient de témoigner pour Jocelyn Dupuis, peut essayer de nous faire croire le contraire.

Il ne fait que renforcer le sentiment que cette corruption est tellement bien ancrée dans le fonctionnement de la FTQ-Construction que tous la considère comme une règle normale de gestion.

Vite, un coup de balai !

– Pari sur le blogue du JdM le 17 avril 2014

Boston, un an après

Un an déjà.
L’arrivée du marathon de Boston, la bombe artisanale, 3 morts et 264 blessés.
Les informations erronées sur des suspects, les rumeurs, puis la traque des frères Tsarnaev qui se soldera par la mort d’un policier et d’un des deux frères.
N’oublions pas l’interrogatoire au cours duquel un policier tuera un témoin lors de son audition à son domicile en présence de ses parents. Le policier a été disculpé depuis.

Un an plus tard, l’enquête est bouclée et la peine de mort est requise contre Dzhokhar Tsarnaev.
Il n’y a aucun doute sur le fait que la sentence sera « exemplaire » pour le coauteur de cet attentat meurtrier.
On pourrait donc croire que le dossier de l’attentat de Boston est bouclé, que justice sera faite et qu’il ne reste que le temps pour panser les plaies des victimes.

Pourtant, il reste de nombreuses zones d’ombre dans ce dossier.

Tout d’abord sur le parcours des frères Tsarnaev, qui ressemble étrangement à celui de Mohammed Merah qui a assassiné plusieurs personnes, dont des enfants, en France en mars 2012.

Ensuite les questions d’intégration et le parcours des frères Tsarnaev comme Merah qui se rapprochent des milieux islamistes radicaux alors que monte en eux un sentiment de rejet.
Puis, les déséquilibres familiaux dans les deux familles avec le divorce des parents respectifs.

Ainsi, tout comme pour les Tsarnaev, tout porte à croire que Merah a lui aussi agit, dans son djihad meurtrier, avec la complicité de son frère, Abdelkader qui est actuellement emprisonné.

Tous se sont rendus dans des zones de conflit et, sous prétexte de voyage d’étude ou humanitaire, y sont entrés en contact avec des mouvements islamistes radicaux.

Dernière chose enfin. Dans le cas des Tsarnaev comme des Merah, les services antiterroristes ont été mis au courant du danger et étaient même en contact avec au moins l’un des deux frères de chaque famille sans pour autant parvenir à déceler la menace.
Les français se défendent en disant qu’ils n’ont pas voulu de faire de Mohamed Merah un informateur – ce que soutiennent certains journalistes – et les américains disent que les russes ne leur ont pas tout dit sur le danger potentiel des deux frères Tsarnaev.

Reste un point occulté par ces dossiers : La NSA, le FBI, la DCRI, ECHELON avec tous les systèmes d’écoute et de surveillance dont ils disposent n’ont pu empêcher ces attentats de se produire.
Je ne conteste pas le fait qu’il faille en partie utiliser la surveillance électronique dans une certaine mesure.
La partie à retenir ici est celle d’une « certaine mesure »…

Depuis le 11 septembre 2001, les américains croient résoudre la question de la menace terroriste sur la base des seuls moyens technologiques.
C’est là leur plus grave erreur, rien ne remplacera jamais la connaissance du terrain et l’analyse par des agents qui connaissent leur métier, mais surtout dont on prend en compte les rapports et les informations.

Après, on a beau jeu d’accuser Snowden de mettre en danger la sécurité nationale pour tenter de conserver ses budgets et ses joujoux de surveillance planétaire…

– Paru le 15 avril 2014 sur le blogue du jdM.