Rentrez au port capitaine Ménard

Le mandat de la commission dirigée par Serge Ménard touche à sa fin et M. Ménard vient de demander une prolongation des travaux par une requête au ministre de la sécurité publique. Ce mandat devait prendre fin à la fin du mois de décembre et si cette demande est acceptée, ce mandat se prolongera certainement encore quelques mois en 2014.

Quoi de neuf ? 

À ce jour la commission a entendu 135 intervenants, dont les principaux responsables des corps policiers impliqués dans les événements du printemps 2012/2013. Et quoi ? Avons-nous appris quelque chose ?

Les étudiants se plaignent d’avoir été battus ou bousculés, quelques journalistes aussi, les policiers disent qu’ils ont agi au mieux de leurs moyens en fonction des situations rencontrées et les chefs sont fiers de leurs troupes.

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Force excessive

Il n’est pas rare que des individus arrêtés soient blessés à l’occasion des interventions policières.
Au Québec, plusieurs cas significatifs sont venus remplir les colonnes des faits divers avec toujours ces mêmes questions, « Pourquoi et comment ? »
Le plus souvent la situation dérape parce que les personnes arrêtées opposent une forte résistance qui conduit les policiers à devoir employer un niveau de force supérieur à un simple contact physique. Mais un observateur exercé saura aussi que ce n’est pas toujours le cas.
Lorsque j’étais policier, j’ai participé à des centaines d’arrestations, du petit délinquant en pleine rue au terroriste recherché et armé dans une voiture jusqu’au commando entier de terroristes dans un appartement. Aucune de ces arrestations ne ressemblait aux autres et chacune de ces situations pouvait conduire à des blessures pour les policiers ou les suspects.
Il existe cependant une constante qui veut que ce soit plus souvent dans les opérations de routine, les « petites » arrestations, que les choses dérapent.
J’ai du plus souvent employer la force et parer des coups en arrêtant de petits délinquants dans la rue au début de ma carrière que des terroristes ensuite.
Mon explication est que la seconde situation est plus codifiée et souvent mieux préparée.
Aussi, que les policiers sont mieux entrainés et préparés dans les services spécialisés que lorsqu’ils sont affectés aux patrouilles dans la rue.
À qui la faute ? Avant tout au système bien entendu, qui n’offre pas à ses agents les moyens d’agir avec toutes les compétences utiles.
L’exemple ci-dessous, sur la base d’une intervention de la police américain, est typique de ce à quoi l’incompétence peut mener.
Dès les premières secondes, lorsqu’elle se retourne pour présenter ses bras en arrière, la jeune femme aurait pu être menottée.
Puisque cela semblait difficile sans point d’appui, on pourrait comprendre que cela soit fait alors que les deux policiers tiennent la femme par les bras le long de leur véhicule.
Or, il n’en est rien. Comme nous le voyons clairement ci-dessous, ils sont incapables d’appliquer correctement les techniques de contrôle articulaire et de clef de bras qui permettent à presque n’importe quel duo de policiers de prendre le contrôle d’un suspect.

Ces deux policiers disposent des moyens physiques nécessaires pour maitriser cette femme qui semble en état d’ébriété, mais ils sont incapables d’employer les bonnes techniques pour parvenir à la menotter et font déraper la situation en la projetant au sol avec violence, frappant au passage le capot de la voiture.
Il est certain que cette femme résiste à son arrestation, mais avec des techniques bien acquises et bien employées ces deux policiers auraient pu la maitriser sans heurt et sans cet excès de violence.
Une clef de bras est douloureuse, mais c’est une solution bien préférable à un projection au sol avec un genoux posé sur la face.
Les policiers de cette vidéo commettent à mon avis des violences illégitimes par manque de professionnalisme.
Ils devraient être sanctionnés pour cela, mais leur employeur, celui qui est censé leur donner une formation adéquate, devrait tout autant avoir à payer pour cet échec.

– Paru au JdM le 11 novembre 2013

Tirs policiers : faisons parler les chiffres

L’incident d’aujourd’hui, ajouté aux précédents de ces dernières années, donne encore une fois raison à l’argument disant qu’il y a quelque chose dans les processus d’intervention qui dysfonctionne au point de conduire trop souvent à une issue fatale.

Ce n’est pas le seul cas de cet homme tué près de la gare routière, mais la succession de cas plus ou moins identiques qui conduit à faire ce constat.

Pour essayer de regarder cette situation sous un nouvel angle, allons donc voir du côté des chiffres.

407 enquêtes indépendantes ont été ouvertes au Québec entre janvier 2000 et juin 2013.
(source ministère de la sécurité publique)
Ces enquêtes sont menées lorsqu’un citoyen est gravement blessé ou tué dans le cadre d’une intervention policière.

Sur ce chiffre de 407 enquêtes qui comprend tous les cas de figures possible (y compris accidents, suicides…), on obtient celui de 106 citoyens tués ou blessés par balle et 83 autres qui l’ont été autrement que par balle. Soit 189 tués ou blessés gravement.

Ce qui est frappant, c’est que 72,6 % des tirs policiers qui ont tués ou blessés gravement des gens se sont produits pendant les 6 dernières années et demi de la période retenue.

Près des trois quart des tirs policiers se sont déroulés sur la seconde moitié de la période, avouez que cela fait réfléchir non ?
Évidemment, cette aberration statistique doit bien trouver sa source quelque part.

Ne la cherchons pas du côté d’une réponse de terrain aux risques induits par le niveau de criminalité puisque le Québec se maintien en dessous du taux moyen de criminalité au Canada.
À Montréal, le taux de criminalité à d’ailleurs diminué de 42% en quinze ans.
Une baisse de 4,3% rien qu’en 2012 selon le SPVM.

On ne peut non plus l’expliquer par un « traumatisme » faisant suite à des drames au sein du SPVM, puisque ce service n’a pas connu de mort policière depuis les dix dernières années. Et souhaitons que cela dure.

Là où les choses deviennent complexes, c’est que l’explication de tout ceci ne tient certainement pas dans la seconde où le policier fait feu, mais bien souvent dans le déroulement des minutes qui précèdent.

Et l’on peut d’ailleurs admettre que dans la plupart des cas, les policiers sont objectivement en état de légitime défense au moment du tir.
Je dis dans la plupart des cas, puisque dans l’étude que j’ai menée dans le cadre de mon livre, j’ai identifié près d’une dizaine de cas où il apparaissait de très importants doutes sur la réalité de cette légitime défense au vu des documents des dossiers.
Même si il faut pas voir des malversations partout, inutile de se voiler la face sur ce point pour autant.

Mais acceptons le postulat de la légitime défense et oublions la seconde du tir pour revenir une ou deux minutes en arrière, quand il est encore possible de changer les paramètres de la situation.

Dans les minutes qui précèdent le drame, les policiers ont-ils conduit leur intervention de façon suffisamment judicieuse et mesurée pour empêcher une escalade de la violence ou une montée réciproque de stress pour tous les intervenants ?

Ont-ils correctement mis en place des stratégies de négociation, temporisation ou désescalade pour éviter justement d’avoir à en arriver à une situation d’affrontement qui conduira au déclenchement du tir alors qu’on aurait pu l’éviter ?

Face à un individu qui ne voulait peut être pas entendre raison, ont-ils utilisé toutes les ressources – poivre de Cayenne, matraque – en leur possession pour maîtriser l’individu ?

Ont-ils pris les risques suffisants pour que l’engagement physique vienne à bout de l’homme sans avoir à utiliser leurs armes ?

Je suis de plus en plus convaincu que c’est dans la philosophie même de l’intervention que se trouvent les raisons de son échec.

C’est dans cette vision d’une dynamique conflictuelle écartant trop souvent les solutions d’alternative à l’affrontement que se trouve certainement l’origine de ces tirs mortels.

Comment ne pas se poser une telle question quand on sait que dans la mort de Mario Hamel et Patrick Limoges (tous deux tués par un tir policier, le second étant un passant), l’intervention aura durée en tout et pour tout seulement deux minutes.

Comment ne pas se poser la question quand on analyse l’affaire Villanueva et que l’on constate que les policiers sont passés systématiquement à côté de toutes les options de désescalade et de désengagement pour finalement se retrouver débordés par la situation au point de devoir faire feu.

Comment ne pas croire qu’un policier sera tenté de faire usage de son arme quand on sait que selon ce qui est enseigné à l’ENPQ, un homme armé d’un couteau est considéré comme un risque mortel lorsqu’il se trouve à une distance de 20/30 pieds du policier ?

Il y a beaucoup trop de questions et trop peu de réponses sur ce sujet pourtant de toute première importance.

Un dernier chiffre pour finir et alimenter vos réflexions : la France a un taux de criminalité bien supérieur au Canada et se trouve en seizième place dans la statistique des meurtres commis dans le monde alors que le Canada y est trentième.

Avec ses quelques 220.000 policiers et gendarmes (qui sont loin d’être des modèles du genre) et ses 65 millions d’habitants, la France fait face à deux fois moins de citoyens tués que le Québec avec ses 14700 policiers pour un peu plus de 7 millions d’habitants.

Un comparaison qui ne plaira pas à tout le monde, je le sais bien, mais qui devrait en faire réfléchir plus d’un…

– Paru au JdM le 5 février 2014

Le mythe des « supers flics »

LA LONGUE LISTE DES CAS ISOLÉS

Ce sont des « supers-flics », « les big shot », les stars de la police.
Ils gèrent les gros dossiers ou les affaires ultra sensibles, ils connaissent tout du milieu criminel et même jusqu’aux prénoms des enfants des voyous.
Ils sont en haut de l’affiche, leurs noms sont des modèles, les collègues les admirent ou les jalousent.
Ils ont la confiance des boss, les honneurs de la presse et la reconnaissance du public.
Et un jour ils plongent.

Ils s’appellent Ian Davidson, Benoît Roberge ou encore Serge Lefebvre (et j’en oublie).

Serge Lefebvre, le policier décoré pour avoir tiré sur un preneur d’otage.
Le pro de la gestion des fichiers archi-confidentiels, Ian Davidson.
Et la bête noire des Hells, Benoît Roberge… qui s’avérera travailler quasiment plus pour eux que pour la police.

LES SUPER-HÉROS DE LA POLICE

Ils sont tellement « bons » qu’ils travaillent en solo, dans leur coin, presque plus de comptes à rendre.
Les boss surveillent d’un œil leur travail et de l’autre les premières pages des journaux.
Ils sont tellement « forts » qu’ils font des jaloux bien entendu, mais le patron écoute ça d’une oreille distraite tandis que dans l’autre les compliments de la haute hiérarchie pleuvent.
On leur passe leurs petites manies, les caprices, les plaintes des voyous et on repousse gentiment les rumeurs de compromission ou de pots-de-vins.
Ce sont les super-héros de la police, les intouchables, les Eliot Ness du SPVM, de la GRC ou de la SQ.

Mais comment est-ce qu’on en arrive là ?

Tout simplement parce qu’ils sont utiles à la « maison police » en faisant la grosse part du boulot, avant de devenir eux-mêmes les monstres qu’ils sont censés combattre.

LES MARCHES DE L’ESCALIER DE LA GLOIRE

Pour les grands patrons, ces gars là sont les marches de l’escalier de la gloire, du pouvoir et de la réussite.
Ils deviennent même parfois l’image du service. Du pain béni que ces shérifs des temps modernes.
Et les journalistes ? Les journalistes aiment les belles formules, les héros et les belles actions, ça fait vendre de la copie ma brave dame !
Tout le monde y trouve son compte, notre super-flic aussi bien entendu, puisqu’il a désormais carte blanche.
Mais l’escalier de la gloire est vachement glissant et à force de regarder au fond de l’abîme, on oublie que l’abîme aussi regarde au fond de nous (merci Nietzsche).

BOMBES A RETARDEMENT

Souvent, quand on se rend compte en interne que certaines choses ne tournent pas rond – plusieurs signaux d’alerte n’ont manifestement pas été vus dans la plupart de ces cas – il est trop tard pour revenir en arrière.
Les policiers en questions sont devenus de véritables bombes à retardement qui en savent tellement sur leurs propres turpitudes et les errements du système que la seule chose que la hiérarchie soit capable de faire avec eux, c’est de les écarter tranquillement en leur offrant un beau poste dans un placard.
Tu veux aller à Interpol ? C’est prestigieux et bien payé. C’est plus du boulot de flic, mais justement, on voudrait que tu prennes tes distances avec tout ça et surtout,. surtout… que tu fermes ta gueule.
Mais parfois il est trop tard. Trop d’égo, trop de compromission, trop de laisser aller de la part des patrons qui ne savent plus où mettre les médailles sur leurs beaux vestons au bal de la police.

Et boum, un Lefebvre. Boum un Davidson. Boum, un Roberge.

AVEUGLEMENT VOLONTAIRE

Quand j’étais officier de police à la direction centrale de la police judiciaire en France, il y a eu un cas d’un policier de l’office de lutte contre le grand banditisme qui a été arrêté et emprisonné.
Un jeune gars à qui les patrons avaient donné carte blanche parce qu’il se débrouillait bien et avait des « contacts » chez les voyous.
Moralité, il balançait des infos aux braqueurs… Si vous saviez la haine que les policiers avaient contre ce type… et contre ses boss qui l’avaient laissé aller ainsi.
Rassurez-vous, le gars a été en prison. Les boss eux ? Rien, ils n’étaient au courant de rien.
À l’époque, l’affaire avait fait toute une commotion dans le milieu policier.
Récemment, un autre cas a défrayé la chronique. Un commissaire de police cette fois.
Deux cas de ce niveau en quinze ans, c’est beaucoup. Ça a fait grand bruit dans la police française. De gros dégâts médiatiques pour l’image d’intégrité de ce métier.
Et que personne ne vienne dire à leurs collègues que c’est le syndrome de Stockholm.
C’est juste de la trahison. Encouragée par la lâcheté de leur hiérarchie.
Je suis certain qu’en ce moment beaucoup de policiers Québécois souffrent en silence de ce qu’ils lisent et entendent dans les médias.
Certains savaient ce qui se tramait et n’ont rien dit. D’autres ont peut-être fait part de leurs doutes.
Mais la machine policière aime encore moins ceux qui ne vont pas dans le sens du système que ceux qui en transgressent les règles.

ABSENCE DE REMISE EN QUESTION

Serge Lefebvre, était un policier exemplaire.
C’est du moins ce que disaient ses patrons, n’oublions pas qu’il avait été décoré pour action méritoire (un de ses collègues dira plus tard qu’on avait alors décoré « un malade »).
La commission de la police du Québec et la sûreté du Québec avaient pourtant mené des investigations, mais les deux enquêtes avaient été avortées.
Il avait seulement commis 300 vols sur le territoire de Sainte-Foy où il travaillait.
Et puis un jour il a tué deux autres autres policiers, Yves Tétu et Jacques Giguère.

Au delà des intérêts personnels des uns et des autres, dont je suis convaincu qu’ils existent pour les avoir de nombreuses fois rencontrés au sein de différents services de police dans plusieurs pays, il y a cette culture du secret, cette absence de remise en question qui sont toujours les toiles de fond de ces drames.

Car, on aurait du se montrer attentif aux signaux qui s’étaient mis au rouge sur la route de ces policiers.

Le fils de Davidson sortait avec la fille du caïd Steven « Bull » Bertrand, Benoît Roberge s’est trouvé de près ou de loin au cœur de plusieurs affaires pour le moins surprenantes, et Serge Lefebvre était enquêté et avait commis 300 vols.

On n’a pas voulu, on n’a pas pu… Peu importe après tout.

Il est grand temps de changer cette culture de la gloriole et du super-flic pour celle de la transparence et de l’imputabilité.

ADDENDA : le sergent-détective Philippe Paul, qui a été suspendu en avril 2014 suite à des allégations de collusion avec des sources, a été blanchi par l’enquête menée à son sujet.
L’information a fait l’objet d’un entrefilet alors que les allégations avaient fait les gros titres de plusieurs médias. Il a depuis pris sa retraite et écrit un livre.

 

– Paru au JdM le 30 janvier 2014

Police et Onco Pétroleum, qui protège qui ?

L’affaire Onco Petroleum

Le 7 novembre dernier, une information est diffusée par la société de diffusion de communiqués de presse CNW : Le Groupe de la criminalité financière de la RGT de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), avec l’aide du Federal Bureau of Investigations (FBI), a porté des accusations contre l’ancien président et contre l’ancienne trésorière d’Onco Petroleum Inc.

Robert vannier, délateur de la SQ sous contrat

L’homme arrêté et accusé de faux et de parjure est Robert Vannier, de son vrai nom Carl Gagnon. C’est sous cette véritable identité qu’il a été condamné à de nombreuses reprises et qu’il a été délateur pour la Sûreté du Québec. Sa nouvelle identité lui a été donnée par ce service dans le cadre de son contrat de délateur, un contrat qui oblige la SQ à exercer un contrôle permanent des activités de ce criminel repenti. Ce qui semble loin d’être le cas…

L’inspecteur-chef Louis Raïche, caution morale de Robert Vannier

L’inspecteur-chef Louis Raïche était à l’époque responsable des services de soutien aux enquêtes de la SQ, c’est à dire qu’il était à la tête du comité qui contrôlait les délateurs sous contrat et responsable des fonds secrets réservés aux opérations spéciales. Un poste extrêmement sensible qui n’empêche pas Louis Raïche de se présenter aux côtés de Robert Vannier lors des assemblées annuelles d’Onco Petroleum au cours desquelles Vannier collectait les investissements pour sa compagnie. D’après certains des actionnaires auxquels j’ai parlé ces derniers jours, la présence de Louis Raïche, qui leur était présenté comme le « numéro deux de la SQ », était impressionnante et servait de caution morale à Robert Vannier. Plusieurs actionnaires se sont donc engagés pour des centaines de milliers de dollars sur la base de la confiance que Vannier était parvenu à leur inspirer par différentes manœuvres, mais aussi en se recommandant de prestigieuses relations.

Le policier et le délateur 

Que vient donc faire Louis Raïche, haut gradé de la SQ en charge du programme des délateurs avec un délateur dirigeant une entreprise sous une fausse identité en Ontario ? Comment Raïche est-il entré en possession de 100.000 actions d’Onco Petroleum ? Impossible de ne pas penser au moins au conflit d’intérêt, pour ne pas dire plus. Des questions que se posent plusieurs actionnaires dont certains ont déposé des plaintes au comité de déontologie ou à la police pour dénoncer une escroquerie. Des plaintes qui se concluent de façon on ne peut plus surprenante.

Des plaintes mais pas de poursuites

Ci-dessous, une plainte déposée auprès du commissaire à la déontologie :
Dossier plainte

Et les motivations du refus de poursuivre, malgré le fait que le commissaire soulève des éléments plus que troublants.
Déonto 2

Une plainte déposée au SPVM connaîtra le même sort après étude par les substituts du procureur général du Québec.
Plainte crim

Des actionnaires rencontrent des policiers

En juillet 2008, des actionnaires rencontrent notamment deux policiers de la GRC, « RC » et « ML » – ce sont leurs initiales – qui savent qui est Vannier. Les deux policiers expliquent aux actionnaires que cette affaire est d’ordre civil et ne concerne pas la police.

Suspendu avec solde

Pourtant, en 2010, Louis Raïche sera suspendu de ses fonctions avec solde justement en raison de sa proximité avec Vannier.
Louis Raïche fera d’ailleurs l’objet d’une enquête interne dont le résultat reste encore inconnu à ce jour(1). À la lumière des déclarations des actionnaires d’Onco Petroleum, qui ont été mis en confiance par les relations entre Vannier et celui qui leur était présenté comme « le numéro deux de la SQ », comment peut-on imaginer qu’aucune enquête de la GRC, de la SQ n’ait pu aboutir à des poursuites ?

Le scandale d’Onco Petroleum n’en est qu’à ses débuts.

Avec 1400 actionnaires floués dans plusieurs provinces Canadiennes et aux États-Unis et 30 millions de dollars disparus dans la nature, cette affaire à tout d’un mini Norbourg. Tout indique que sans les plaintes aux USA et l’intervention du FBI, l’enquête qui végétait au Canada depuis des années n’en serait guère plus loin aujourd’hui…

Une affaire dans laquelle les différents corps policiers du Québec ne semblent guère pressés de mettre à jour les agissements de l’ancien délateur de la SQ, ni de préciser exactement le rôle de l’ancien inspecteur-chef Louis Raïche.

(1) Ce lundi 11 novembre, le relationniste de la SQ a fait suite à me demande concernant cette enquête interne en me disant qu’il ne pouvait me répondre car Louis Raïche avait quitté la SQ. L’enquête datant de 2010, j’ai insisté au motif que celle-ci devait être terminée au départ de l’inspecteur-chef Raïche de ce service. Le relationniste ne veut pas m’en dire plus et me renvoie à la Loi d’accès à l’information.

– Paru au JdM le 11 novembre 2013

Les mystères de l’affaire Benoît Roberge

« Vendre » un informateur

On ne cesse d’en apprendre chaque semaine sur les trahisons de l’ex-policier du SPVM, Benoît Roberge. Chacune de ses révélations épaissit un peu plus le mystère sur la nature exacte de ses actions criminelles et de leur étendue au sein des unités spécialisées de la police. Cette fois, on apprenait que Roberge aurait essayé de « vendre » au Hell’s Angels René « Balloune » Charlebois le délateur clef du procès SharQc, Sylvain Boulanger. Une information qui rappelle bien étrangement l’affaire Claude de Serre, un informateur de la SQ et du SPVM qui avait été assassiné en février 2000 par nul autre que René Charlebois et un autre homme dont l’identité n’a jamais été révélée. Rappelons que, à l’époque, Benoît Roberge avait pour informateur René Charlebois,  avec lequel il entretenait de bien curieuses relations, juste avant que ce dernier ne s’évade et se suicide en octobre dernier.

À quand remontent les actes criminels de Benoît Roberge ?

On nous a dit que Roberge aurait débuté ses actes criminels en 2010. Or, à cette date, le méga coup de filet du dossier SharQc avait eu lieu et Sylvain Boulanger avait déjà donné la plus grande part des informations cruciales du dossier. La logique voudrait donc que ce soit bien avant 2010, au moment où les relations entre les policiers et Sylvain Boulanger étaient au plus haut, que Benoît Roberge se serait risqué à monnayer la vie de l’informateur. Quel intérêt sinon, à part la vengeance et l’exemple, auraient pu avoir les Hell’s Angels à payer le gros prix et à prendre des risques énormes pour éliminer cet homme une fois le dossier bouclé ? Pour l’empêcher de se rendre au procès certes, mais ses déclarations assermentées auraient alors fait foi…

L’informateur Claude de Serre a-t-il été vendu ?

Et revenons à Claude de Serre, dont les circonstances de la mort restent encore très mystérieuses et qui a été tué lors d’un scénario correspondant à celui de Sylvain Boulanger. Est-il stupide de penser que cet informateur, auquel est lié le nom de Roberge, et tué alors qu’il était sous surveillance policière, aurait pu, lui aussi, être vendu par un policier ? Il y a assez de liens objectifs entre ces affaires pour que n’importe quel enquêteur digne de ce nom cherche à vérifier cette piste et que l’on s’intéresse de plus près aux actes de Benoît Roberge bien avant la période actuellement citée.

Que cherche à négocier Roberge avec une entente ?

Roberge, qui semble avoir choisi le camp des voyous, campe actuellement sur ses positions et propose une entente pour régler son affaire. Cela signifie qu’il détient des informations importantes qui pourraient avoir de lourdes conséquences pour les policiers et la justice. Benoît Roberge est donc loin d’avoir livré tous ses secrets. Il semble d’ailleurs que ce dossier ne serait pas un cas isolé, en plus de l’affaire Ian Davidson, de policier corrompu ces dernières années au sein des unités spécialisées telles que Carcajou (ainsi que l’on nommait auparavant ce qui est maintenant l’Équipe Régionale Mixte).

Des unités spécialisées auxquelles sont reliés, de près ou de loin, des faits plutôt inquiétants.

– Paru au JdM 8 novembre 2013

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