Plus le vote approche, plus la menace est grande

Je ne sais pas si vous avez remarqué cet étrange parallélisme entre la montée de la menace terroriste, annoncée dans les médias par les responsables politiques, et l’approche du vote de certains textes législatifs justement destinés à lutter contre le terrorisme.

Vous me direz que j’ai l’esprit mal placé et que, quand monte la menace il est normal de prendre les mesures adéquates, et c’est vrai.

Cependant, pour avoir assisté à quelques mises en scènes médiatiques de responsables policiers et ministres de l’intérieur quand je travaillais dans l’antiterrorisme, j’ai développé une fâcheuse tendance à penser que certains n’hésitent pas à surfer sur ladite menace pour sauver leurs carrières et préparer le passage de textes répressifs qui nécessitent une bonne préparation de l’opinion publique.

Quand l’heure est grave et que la menace n’est plus à nos portes mais sur notre sol, qui oserait en effet contester la nécessité de telles mesures, même si elles sont privatives de libertés et que leur efficacité s’avère plus que relative ?

Le bilan plus que mitigé de l’état d’urgence (plus de 3000 perquisitions pour 4 affaires de terrorisme dont une seule traitée par le parquet antiterroriste de Paris) et ses lourdes conséquences sur les libertés individuelles en France n’empêchent pas 79% des français de se déclarer « très favorables » à sa prolongation.

Comment le leur reprocher, puisque le gouvernement berne les français en leur vendant l’image d’un état d’urgence qui protège mieux contre la menace terroriste.

Mais si tel n’est pas le cas ?

Si l’état d’urgence n’est qu’une rustine sur une chambre à air usée jusqu’à la corde, qui s’apprête à fuir à dix autres endroits tant qu’elle n’aura pas été changée plutôt que réparée ici et là au fil des crevaisons ?

Je m’étonne que les français, habituellement si prompts à la critique, ne s’étonnent pas qu’aucun changement majeur ne soit intervenu dans un système antiterroriste obsolète mais saluent le renforcement juridique d’une machine à bout de souffle depuis une décennie.

Je crains que, sous la pression de cette menace réelle qui pèse désormais quotidiennement sur eux, ils croient réellement que les mesures qui leurs sont vendues vont les protéger contre des attaques terroristes… jusqu’à ce qu’ils réalisent que ce n’est malheureusement pas le cas.

Face à aux drames à venir, l’erreur la plus grave de l’actuel gouvernement est d’entretenir – à grand renfort de lois aussi absurdes que priver de sa nationalité un individu qui attaque son pays dans un attentat suicide – l’idée que ce sont des solutions répressives à court terme qui nous sauveront de la catastrophe.

Finalement, vingt ans plus tard, cela revient au même que lorsqu’on a imaginé qu’on allait améliorer les choses en repeignant les murs d’une cité en proie à toutes sortes de trafics ou en injectant des millions d’euros dans des associations de quartier sans autre but ni objectif que d’occuper les jeunes délinquants pour ramener le calme dans la cité.

Avec la mise en place de ces mesures répressives inadéquates, ce sont donc là les dernières lignes de confiance entre les citoyens et les politiques qui sont en jeu, ces derniers refusant d’accepter que ce n’est pas leur seul avenir politique qui se décide ici, mais l’équilibre social d’un pays qui finira par chercher en lui même, en l’autre, les responsabilités de cette faillite monumentale.

Alors, viendra le temps de la défiance civile et de la destruction totale des dernières valeurs de la République.

 

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Un commentaire

  • Garneau Diane 5 février 2016   Répondre →

    Vous n’avez pas l’esprit mal placé M. Berthomet vos propos sont toujours très pertinents et merci de nous informer des menaces qui peuvent pesez sur nous.

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