Point de presse dans l’enquête sur Cédrika Provencher

Ce matin, à 11h30, nous étions nombreux à suivre devant nos écrans le point de presse donné par la SQ dans l’enquête sur l’affaire Cédrika Provencher, qui se poursuit après la triste découverte de la semaine passée.

Encore une fois, je suis resté dubitatif devant le spectacle un peu étrange d’un policier venu dire aux médias qu’il ne pouvait pas répondre à leurs questions mais que la police était satisfaite de l’avancée de l’enquête.

Cette avancée, en fait, c’est surtout la découverte inattendue de l’endroit où la petite Cédrika aurait été enterrée.

Au-delà de ça, impossible pour le policier de donner une quelconque information substantielle, ce dernier ayant dû s’en tenir à des évidences comme :

«On progresse à un rythme qui est bon. On n’est pas totalement dans le noir »

Face à ces rendez-vous pourtant organisés par les autorités elles-mêmes, on est tenté de s’interroger sur le but de ces séances d’informations qui tiennent plutôt du poker menteur (je sais que tu vas poser une question à laquelle je ne pourrai pas répondre et tu sais que je ne pourrais pas répondre à cette question que tu vas poser) qu’autre chose.

À une époque où l’avancée du travail policier se mesure à ce que la presse est capable d’en rapporter, les corps policiers ont développé de véritables réseaux de communication à l’attention des médias avec des relationnistes formés à la gestion de crise dont le but est avant tout de nourrir la bête médiatique afin qu’elle ne devienne pas trop curieuse ou insistante au point de gêner le travail des enquêteurs.

Ainsi, selon le principe du « donnons un peu pour préserver l’essentiel », les policiers se sont rendu compte qu’il valait mieux choisir les infos à donner que de laisser les médias venir les chercher eux-mêmes.

D’autre part, sur le continent nord-américain, il n’est n’est pas rare que les enquêteurs utilisent les médias comme relais pour passer des messages bien précis à des suspects.

Une façon d’opérer dont les médias ne sont pas dupes et qui contribue finalement à donner du texte pour les articles et des images pour les télé-journaux.

Tout le monde y trouve son compte.

Cette façon de procéder, plus rare en Europe, a en effet déjà porté ses fruits à différentes occasions et on peut comprendre qu’elle soit utilisée dans l’intérêt des enquêtes.

Mais, si ce « gentlemen’s agreement » fait bien l’affaire des médias et de la police il n’en est pas forcément de même pour le public, convié à grand renfort d’annonces médiatiques à une séance d’information dont il ne retirera en fait aucune nouvelle.

Ainsi, la relation entre les médias et la police est un jeu complexe d’intérêts souvent divergents, informer pour l’un et enquêter pour l’autre, dont les deux parties ont appris à se servir finalement chacun avant tout pour son propre bénéfice.

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