Quand Daesh fait du neuf avec du vieux

On parle beaucoup ces derniers jours de la possibilité en Europe d’un attentat de grande ampleur et en particulier en France où les réseaux djihadistes sévissent depuis suffisamment longtemps et bénéficient de liens assez forts avec la criminalité organisée pour se fournir en armes et en faux papiers en Europe sans avoir désormais besoin d’autre soutien.

La dernière vidéo en date de l’organisation terroriste Daesh – qui, grâce à ses récents attentats et la couverture médiatique qui en résulte, est désormais le groupe qui représente la voie à suivre pour quiconque désire rejoindre le chemin du terrorisme djihadiste – atteste de cette intention de frapper encore plus durement la France que ce ne fut le cas avec les attentats précédents.

Cette vidéo du groupe terroriste, outre les habituelles menaces de nouveaux attentats, met d’ailleurs en scène la chute de la tour Eiffel, vieux fantasme du djihadisme terroriste, et pas seulement celui venu d’irak ou de Syrie.

J’expliquais dans un article sur les stratégies du terrorisme, que les organisations terroristes djihadistes tentent régulièrement de rejouer les scénarios non réalisés dans les tentatives précédentes tout en maintenant au quotidien un niveau de menace aussi élevé que possible.

Comme le disait le sociologue et philosophe Raymond Aron :

« Le terroriste ne veut pas que beaucoup de gens meurent, il veut que beaucoup de gens écoutent. »

Ainsi, en maintenant dans les médias une présence quasi quotidienne par une multitude d’actes de « bas niveau » à réaliser et en cherchant à frapper un « grand coup » par une action qui assurera la visibilité du mouvement pour une décennie comme ce fut le cas avec le 11/9 pour Al qaida, le terrorisme assure pleinement l’objectif qui est le sien.

Dans cette logique, la liste des actions « majeures », susceptibles de frapper les esprits et d’attirer l’attention de tous les médias du monde n’est pas illimitée et c’est pourquoi les groupes terroristes reprennent régulièrement à leur compte des plans échoués par d’autres des années auparavant.

En outre, et les services antiterroristes le savent très bien, les acteurs des actions empêchées par les forces de l’ordre sont souvent les inspirateurs des mêmes actions identiques des années plus tard.

Le projet Bojinka, mis à jour peu de temps avant la venue du Pape en 1995 aux Philippines est, par exemple, la matrice d’autres actions retentissantes commises quelques années plus tard.

Cette opération, qui visait à détourner puis envoyer des avions de ligne s’écraser sur des cibles américaines avait été fomentée par – entre autres – Ramzi Youssef, qui avait été impliqué dans l’attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993, et Khalid Cheikh Mohammed (le responsable des opérations extérieures d’Al qaida) qui n’est nul autre que l’homme derrière les attentats du 11/9.

Or, les forces de l’ordre découvrirons aussi que plusieurs cibles envisagées par le projet Bojinka figurent parmi celles qui ont été frappées dans les attentats du 11/9.

Tentative de répétition encore, en août 2006, la police britannique met à jour un complot aux méthodes et actes préparatoires très similaires à celui de l’opération Bojinka.

Pour revenir à la France, une attaque contre le symbole que représente la Tour Eiffel n’est pas sortie de l’imagination de Daesh, mais des plans du Groupe Islamique Armé (GIA) Algérien qui a organisé le détournement en  décembre 1994 du vol Air-France 8969 à destination de Paris au départ d’Alger.

À l’époque, l’avion avait été détourné vers Marseille où les gendarmes français menèrent un assaut qui fait encore aujourd’hui référence.

Quelques temps après le journal de propagande du GIA (publié en Angleterre), Al-Ansar publie une image qui représente la Tour Eiffel brisée en trois parties qui formaient alors les lettres G-I-A…

Le 11 septembre 2001, le projet maintes fois tenté a été mené à son terme avec l’écho médiatique et la « renommée » dont Al qaida a pu bénéficier.

Ceci ne rend pas plus simple le travail des services de renseignement ou de lutte contre le terrorisme, tant il y a à faire face à une menace rendue endémique, mais c’est toutefois un point qui soulève la question de l’analyse de cette menace au sein des services concernés.

Pendant les années où j’ai travaillé dans la lutte contre le terrorisme aussi bien au sein de la direction centrale de la police judiciaire qu’ensuite à la direction de la surveillance du territoire, je n’avais pas été frappé par cette évidence : il y a vingt ans que de tels services – déjà débordés par les affaires courantes – auraient du developper des structures d’analyse en s’attachant les services de spécialistes de plusieurs disciplines au lieu de penser en vase clos avec des ressources plus que limitées.

Mais encore une fois, ces reproches sont en premier lieu à adresser aux responsables politiques qui, ces trente dernières années, ont à peine donné les moyens à ces services d’assurer tant bien que mal les enquêtes et les surveillances des terroristes qui sévissaient sur le territoire.

À croire que certaines organisations terroristes s’en sortent mieux, au niveau de la planification à long terme, que la plupart des dirigeants français…

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