Se faire peur avec le racisme systémique

Un comité-conseil étudie actuellement les modalités de la mise en place au Québec d’une consultation ou d’une commission sur le racisme systémique.

Il y a fort à parier que ce qu’on leur demandera en premier sera de préciser ce qu’on entend par « racisme systémique » puisque visiblement nous sommes loin du consensus à ce sujet.

En effet, depuis des années déjà plusieurs déchirent leurs chemises en disant que le fait d’évoquer la question du racisme systémique revient à dire que les québécois sont racistes et qu’un débat qui démarre sur une telle accusation n’est pas acceptable.

Pourtant, s’interroger sur la notion de racisme systémique semble bien loin de l’idée de suspecter chaque québécois de racisme.

Le barreau du Québec propose justement une définition qui semble assez claire sur la question :

« Nous entendons par racisme systémique la production sociale d’une inégalité fondée sur la race dans les décisions dont les gens font l’objet et les traitements qui leur sont dispensés. L’inégalité raciale est le résultat de l’organisation de la vie économique, culturelle et politique d’une société »

La Commission sur le racisme systémique au sein du système de justice pénale en Ontario, place cette question au coeur des processus de prise de décisions qui introduisent :

« la racialisation dans les systèmes quand les normes ou les critères sur lesquels reposent les décisions reflètent ou tolèrent certains préjugés contre les personnes racialisées. Les critères et les normes font partie des normes d’exécution d’un système et peuvent être officiels et explicites comme lorsqu’ils sont énoncés dans des lois, des politiques et des procédures. Ils peuvent aussi ne pas être énoncés dans des lois, des politiques et des procédures. Ils peuvent aussi ne pas être énoncés officiellement et découler des façons acceptées de faire les choses. »

Ainsi, dans la plupart des définitions qui en sont données, il est très clair que l’on parle d’un phénomène produit par un système social qui est le fruit des règles et des mécanismes de fonctionnement de nos sociétés.

C’est donc bien un système de normes et de règles sociales et politiques qui doit-être interrogé et non les québécois qui seront suspectés d’être systématiquement racistes.

Cette prise en otage des québécois « de souche » qu’on veut opposer aux « racisés » et cette mise en scène d’une « majorité blanche » qui serait pointée du doigt par les minorités ethniques n’est d’ailleurs rien d’autre qu’une manoeuvre destinée à nous écarter du débat, en nous montant les gens les uns contre les autres, comme le font depuis des années en France les organisations d’extrême droite.

Au contraire de cela, une société qui ausculte ses règles de fonctionnement pour vérifier qu’elles soient justes et égalitaires, n’est pas en train de dire aux gens qui la compose qu’ils sont responsables de quoi que ce soit, elle cherche tout simplement à s’améliorer.

Pourquoi alors refuser d’examiner d’un peu plus près nos règles et nos mécanismes sociaux pour voir s’ils sont aussi justes et équitables qu’ils le doivent ?

Des groupes se plaignent que les membres de leurs communautés sont victimes de racisme et de discrimination.

Des chercheurs (écouter mon podcast ci-dessous) expliquent que le racisme et la discrimination se dissimulent bien souvent dans les arcanes d’un système social tracé à grands traits pour la majorité en ne donnant pas les mêmes chances à tous et toutes.

On peut dire, et c’est très certainement vrai, que le racisme est bien plus présent ailleurs qu’au Québec.

On peut dire, et c’est vrai sans aucun doute, que les québécois sont des gens accueillants et ouverts.

Mais lorsqu’on est une société progressiste et ouverte comme l’est la société québécoise, pourquoi ne se donnerait-on pas la possibilité de vérifier s’il n’y a pas en effet quelque part, dans les interstices du système, quelque chose qui cloche ?

De quoi aurions-nous peur ?

Nous avons tout à gagner à vouloir donner des chances égales à tous et toutes, tissant ainsi un filet social plus cohésif en laissant à l’écart ceux qui crient au loup en misant sur nos différences pour mieux nous diviser au lieu de miser sur nos forces pour mieux nous rapprocher.

 

Vous pourriez aussi aimer

Un commentaire

  • Rachel Charron 6 avril 2017   Répondre →

    Est-ce que racisme structurel ne serait-il pas mieux?

Laisser un commentaire