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Super Bowl, le piège se referme… sur les citoyens

À la veille du Super Bowl, les États-Unis se préparent à une alerte maximale, car après les attentats de Boston, la crainte d’une attaque contre un évènement sportif est montée d’un cran au pays de l’oncle Sam.

Des dizaines d’agences gouvernementales et tout ce que la région compte de forces policières font l’objet d’une mobilisation totale, avec le renfort de l’armée à l’approche du match entre les Panthers et les Broncos.

Tous les moyens technologiques possibles sont bien entendu mis en place avec les portiques détecteurs de métal, la reconnaissance faciale associée à la vidéo surveillance, l’identification automatisée des plaques d’immatriculation et l’interception en temps réel des communications téléphoniques, entre autres gadgets…

Au fond, comment reprocher aux américains un tel déploiement de moyens si l’on pense à l’attentat de Boston ou celui du Bataclan.

Des actions qui nous feraient presque oublier une règle fondamentale de le vie en démocratie, la protection de la vie privée qui, elle, prend franchement le bord dans ce type de situation.

Une situation dont nous sommes désormais tous les otages à cause de cette idée qui s’est imposée au fil des attentats : nous n’avons plus d’autre choix que de réduire nos libertés individuelles pour pouvoir conserver un peu de notre sécurité.

Nous voici donc pris au piège d’une menace insaisissable, non identifiable, quasi indétectable et qui nous pousse à mettre en oeuvre de tels moyens qu’ils constituent eux-mêmes un renoncement à une partie de nos principes et de nos valeurs.

Une logique qui, poussée à son paroxysme, a déjà entraîné les États-Unis dans la pratique de la torture, de l’enlèvement et de la détention arbitraire.

Et le pire est que cela n’empêche qu’une action ici où là, alors qu’une multitude d’individus se préparent déjà à en mener d’autres, telles des vagues qui viennent frapper la digue jusqu’à ce que l’une d’entre elles la submerge.

On a qualifié le terrorisme de « guerre asymétrique » justement à cause de sa capacité à attaquer de façon non conventionnelle avec des moyens et des procédures non « classiques » et de façon inattendue.

Cette « logique » asymétrique se nourrit justement d’actes illogiques et donc imprévisibles.

Frapper là où on les attend avec de faibles moyens mais frapper quand même pour montrer qu’ils sont capables de passer la meilleure des défenses est donc aussi envisageable qu’un attentat dans une autre ville pour montrer tout autant qu’ils ont une large capacité opérationnelle.

Qu’on me comprenne bien, je ne dis pas que la réponse sécuritaire est inutile, elle l’est dans une certaine mesure, en particulier si elle est considérée comme une solution défensive temporaire avant le déploiement de solutions plus construites, durables et efficaces qui lutteront non pas contre les effets du problème, mais contre ses causes.

Or, cette réaction tarde cruellement à venir.

En attendant, nous sommes, comme une équipe sportive tétanisée dans une position défensive coûteuse et peu efficace à long terme, sans parvenir à penser nos actions et notre occupation du terrain à plus long terme et sans être capables d’imaginer des solutions en amont, des solutions plus complexes certes, mais qui nous sortiraient peut-être des vieux schémas défensifs dans lesquels nous nous enfermons.

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5 commentaires

  • slf6 4 février 2016   Répondre →

    Article passionnant comme toujours. Merci du partage de ton expertise et de ton discernement.
    Pourrais tu dans un prochain article ou interview en dire davantage sur ce que tu considérerais comme des solutions ou des pistes productives pour s’attaquer aux causes du problème?

    • Stéphane Berthomet 5 février 2016   Répondre →

      Merci. J’essaye de consacrer du temps et de la recherche dans mes livres pour proposer des solutions, car il est bien difficile de résumer cela dans des articles.

  • Arnaud Palisson 4 février 2016   Répondre →

    Absolument d’accord, Stéphane.

    Pour ce qui est du Super Bowl spécifiquement, il est même paradoxal, après les attentats de Paris, de constater que les autorités américaines vont focaliser à outrance sur les abords du stade.
    On l’a vu à Saint-Denis, où le match de football (soccer) était sous haute surveillance en raison de la présence du Président de la République :
    1. trois personnes se sont fait exploser à l’extérieur du stade. Les trois explosions ont fait au total… un mort (hormis les trois kamikazes).
    2. Dans un temps très voisin, à des kilomètres de là, au centre ville de Paris, loin du dispositif policier en place à Saint-Denis, un commando armé de mitraillettes a fait près de 130 morts à la terrasse des restaurants et dans une salle de concert…

    Convoquer le ban et l’arrière-ban de la sécurité nationale autour du Levi’s Stadium de Santa Clara pour la journée du 7 février n’empêcherait pas un « grassroot jihadist » de se rendre dans un Papa John’s Pizza (sponsor officiel) à Atlanta et de faucher des clients attablés, les yeux rivés sur le grand écran qui diffuse le match en direct.
    En termes de terreur engendrée, un tel attentat marquerait certainement davantage les esprits qu’une attaque spectaculaire mais ratée sur le stade du Super Bowl – comme dans le film Black Sunday de John Frankenheimer (1977).

  • Garneau Diane 4 février 2016   Répondre →

    Merci Monsieur Berthomet pour toutes ces informations votre blogue est très inspirant Diane Garneau

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