Où est Charlie (deux ans après) ?

(Version mise à jour du texte publié en janvier 2016)

Il m’a été demandé, un an après Charlie-Hebdo, de réfléchir à ce qu’était pour moi le slogan Je suis Charlie.

J’avoue avoir eu beaucoup mal à mettre des mots sur la réaction populaire qui s’est cristallisée autour de cette phrase, tant elle emporte une bonne dose de contradictions puisque les uns et les autres l’ont adoptée pour des raisons et des motivations souvent bien différentes.

Je crois que, Je suis Charlie a surtout été une catharsis de masse qui a pris de l’ampleur parce que la formule « fonctionnait » et qu’elle « sonnait bien » sans que ceux et celles qui se disaient « être Charlie » ne sachent vraiment quoi faire au delà de cette déclaration de soutien empreinte de belles et bonnes intentions.

La rédaction de Charlie Hebdo correspondait alors tout à fait à l’idée que l’on voulait se faire de cette liberté de penser et ce droit de rire de tout, si particuliers à la culture française, au point que l’on a souvent dit que c’était à la liberté d’expression que s’étaient attaqués les terroristes alors que ce sont des hommes et des femmes de tous milieux, origines, cultures et religions qui ont été visés par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

On réalise d’autant plus combien le concept « d’attaque contre la liberté d’expression » que traduisait le slogan Je suis Charlie a pris le dessus en constatant deux ans après combien la mort de la policière municipale de Montrouge et l’attaque de l’Hyper-Cacher sont passés au second rang dans les médias qui reviennent sur les attaques menées par les frères Kouachi et Coulibaly.

Certes, le nombre de morts dans l’attaque de Charlie-Hebdo et le fait que les victimes soient pour la plupart des artistes connus a joué un rôle important dans l’imaginaire populaire et la mécanique médiatique qui s’est mise en place après les évènements.

C’est pourquoi, aujourd’hui, deux ans après, je cherche toujours où est Charlie.

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Twitter modère modérément.

J’ai déjà eu l’occasion, à de nombreuses reprises, de dire tout le mal que je pensais de l’attitude laxiste des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter face aux nombreux délits qui y sont commis (apologie du terrorisme, harcèlement, diffamation… entre autres) ou de leur incapacité à différencier les comptes nuisibles des autres.

J’ai aussi rédigé ici un article sur le sujet des faux comptes sur ces mêmes réseaux et donné plusieurs entrevues pour expliquer comment ils facilitaient, par leur négligence, la radicalisation et le recrutement terroriste.

Nous avons eu droit, ces derniers mois, à plusieurs articles qui nous expliquaient que Twitter avait supprimé des centaines de milliers de comptes qui se livraient de la propagande terroriste…

Tout cela ressemble évidemment à une belle opération de communication à l’occasion de laquelle on nous explique combien il est difficile de détecter ces comptes puisqu’il n’existe pas « d’algorithme magique pour identifier les contenus terroristes sur Internet »…

D’après ce que m’ont expliqué ceux pour qui les algorithmes sont le pain quotidien, il ne serait pourtant pas difficile d’identifier selon des procédés automatisés ceux qui utilisent le matériel visuel de Daesh, ne serait-ce que pour faire un premier tri entre les militants de Daesh et ceux qui reproduisent son iconographie à des fins d’information…

Ma conviction est que les compagnies qui se sont positionnées sur le créneau du réseau social considèrent les processus de contrôle et de gestion des dérives qui s’y produisent comme des coûts qu’ils rechignent à assumer.

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Daesh et la liste des 8319 noms

Une liste de Daesh dans les médias

En début de semaine, il me parvenait une information à l’effet que quatre policiers Canadiens auraient été avisés en fin de semaine passée ou début de cette semaine qu’il existait des risques spécifiques pour leur sécurité à cause de leur participation à des enquêtes particulières ou la médiatisation de leur travail.

D’après ma source, cette menace spécifique était liée à l’existence d’une liste émise par Daesh, qui circulait entre les membres de l’organisation terroriste.

En effet, aux alentours du 9 juin, plusieurs médias et observateurs des groupes terroristes annonçaient l’existence d’un fichier de plus de 8000 noms qui constituaient d’après eux une liste de cibles à éliminer désignées aux candidats terroristes occidentaux.

Curieusement, l’existence de cette liste rebondissait dans les médias cette semaine, plusieurs d’entre-eux faisant les manchettes avec la « Daesh Kill list ».

Les médias Canadiens annonçaient ainsi que cette liste comprenait environ 150 noms de gens domiciliés au pays.

L’examen de la liste

J’ai pu me procurer cette liste de noms et l’examiner de plus près et ce que j’en ai vu m’a plutôt laissé dubitatif.

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Daesh : un fossé entre le mythe et la réalité

Ceux et celles qui suivent ce blogue le savent je me suis donné pour règle de ne pas diffuser d’images ou de contenu produit par les terroristes de #Daesh.

Exception faite pour cette vidéo qui est loin d’entrer dans la catégorie des images habituellement mises sur Internet par cette organisation pour être ensuite rediffusées dans les médias .

On est en effet ici bien loin de la mythologie propagandiste de Daesh et plutôt en fait au coeur de la réalité que les terroristes tentent de nous cacher par la diffusion de leurs productions fictionnées et mises en scène afin de valider leur pseudo image de « soldats d’Allah ».

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Alors que depuis des années les médias nous plongent dans l’allégorie guerrière avec des couvertures mettant en scène les « têtes d’affiche » du terrorisme mondial, nous n’avons pas assez souvent l’occasion de voir ces mêmes terroristes dans la réalité de leur quotidien.

C’est ainsi que, lentement mais sûrement, s’installe dans l’esprit des gens qui ne connaissent pas de près ce phénomène une vision déformée et manipulée par les terroristes eux-mêmes de ce qu’est réellement cette réalité.

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Quand Daesh fait du neuf avec du vieux

On parle beaucoup ces derniers jours de la possibilité en Europe d’un attentat de grande ampleur et en particulier en France où les réseaux djihadistes sévissent depuis suffisamment longtemps et bénéficient de liens assez forts avec la criminalité organisée pour se fournir en armes et en faux papiers en Europe sans avoir désormais besoin d’autre soutien.

La dernière vidéo en date de l’organisation terroriste Daesh – qui, grâce à ses récents attentats et la couverture médiatique qui en résulte, est désormais le groupe qui représente la voie à suivre pour quiconque désire rejoindre le chemin du terrorisme djihadiste – atteste de cette intention de frapper encore plus durement la France que ce ne fut le cas avec les attentats précédents.

Cette vidéo du groupe terroriste, outre les habituelles menaces de nouveaux attentats, met d’ailleurs en scène la chute de la tour Eiffel, vieux fantasme du djihadisme terroriste, et pas seulement celui venu d’irak ou de Syrie.

J’expliquais dans un article sur les stratégies du terrorisme, que les organisations terroristes djihadistes tentent régulièrement de rejouer les scénarios non réalisés dans les tentatives précédentes tout en maintenant au quotidien un niveau de menace aussi élevé que possible.

Comme le disait le sociologue et philosophe Raymond Aron :

« Le terroriste ne veut pas que beaucoup de gens meurent, il veut que beaucoup de gens écoutent. »

Ainsi, en maintenant dans les médias une présence quasi quotidienne par une multitude d’actes de « bas niveau » à réaliser et en cherchant à frapper un « grand coup » par une action qui assurera la visibilité du mouvement pour une décennie comme ce fut le cas avec le 11/9 pour Al qaida, le terrorisme assure pleinement l’objectif qui est le sien.

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Gouverner c’est prévoir

« Nous croyons que lorsque nous coupons vos têtes, déchiquetons vos corps et vous dispersons, nous faisons œuvre de dévotion qui nous rapproche de dieu et nous obtempérons à ses paroles. »
[Antar Zouabri, chef du GIA au moment des attentats de 1995/96 en France]

Quiconque était présent à Paris ces années là se souvient de la vague d’attentats qui secoua la capitale entre juillet et octobre 1995 et du dernier attentat commis en décembre 1996, le tout faisant 12 morts et plus de 250 blessés.

À part une série de braquages et une  tentative d’attentat par un groupe djihadiste terroriste dit « Gang de Roubaix » en mars 1996, la France ne connaitra plus aucun attentat provenant du terrorisme islamiste pendant de nombreuses années.

Ce sera ensuite l’avènement d’une nouvelle menace terroriste qui ira d’actions isolées à des actes organisés et préparés par plusieurs individus, dont certains s’étaient d’ailleurs rapprochés des participants à la vague d’attentat de 1995, reliant ainsi – comme dans un étrange retour aux racines du mal – les émules d’Al-Qaïda et de daesh aux mentors des groupes islamiques armés algériens.

Successivement les services policiers assisterons aux départs et aux retours de certains jeunes, dès les années 90, de la Bosnie à l’Afghanistan, puis de l’Irak à la Syrie, qui iront successivement sur ces terrains d’entrainement pour les futurs recruteurs djihadistes, modèles et inspirateurs de leurs compatriotes qui s’auto radicalisent dans le même temps sur le territoire français.

Le danger n’est donc pas nouveau, il a muté et s’est transformé au fil des années sans que jamais vraiment la France ne sorte de l’objectif des différents réseaux djihadistes terroristes jusqu’à l’arrivée en force de Daesh.

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