Le mythe des « supers flics »

LA LONGUE LISTE DES CAS ISOLÉS

Ce sont des « supers-flics », « les big shot », les stars de la police.
Ils gèrent les gros dossiers ou les affaires ultra sensibles, ils connaissent tout du milieu criminel et même jusqu’aux prénoms des enfants des voyous.
Ils sont en haut de l’affiche, leurs noms sont des modèles, les collègues les admirent ou les jalousent.
Ils ont la confiance des boss, les honneurs de la presse et la reconnaissance du public.
Et un jour ils plongent.

Ils s’appellent Ian Davidson, Benoît Roberge ou encore Serge Lefebvre (et j’en oublie).

Serge Lefebvre, le policier décoré pour avoir tiré sur un preneur d’otage.
Le pro de la gestion des fichiers archi-confidentiels, Ian Davidson.
Et la bête noire des Hells, Benoît Roberge… qui s’avérera travailler quasiment plus pour eux que pour la police.

LES SUPER-HÉROS DE LA POLICE

Ils sont tellement « bons » qu’ils travaillent en solo, dans leur coin, presque plus de comptes à rendre.
Les boss surveillent d’un œil leur travail et de l’autre les premières pages des journaux.
Ils sont tellement « forts » qu’ils font des jaloux bien entendu, mais le patron écoute ça d’une oreille distraite tandis que dans l’autre les compliments de la haute hiérarchie pleuvent.
On leur passe leurs petites manies, les caprices, les plaintes des voyous et on repousse gentiment les rumeurs de compromission ou de pots-de-vins.
Ce sont les super-héros de la police, les intouchables, les Eliot Ness du SPVM, de la GRC ou de la SQ.

Mais comment est-ce qu’on en arrive là ?

Tout simplement parce qu’ils sont utiles à la « maison police » en faisant la grosse part du boulot, avant de devenir eux-mêmes les monstres qu’ils sont censés combattre.

LES MARCHES DE L’ESCALIER DE LA GLOIRE

Pour les grands patrons, ces gars là sont les marches de l’escalier de la gloire, du pouvoir et de la réussite.
Ils deviennent même parfois l’image du service. Du pain béni que ces shérifs des temps modernes.
Et les journalistes ? Les journalistes aiment les belles formules, les héros et les belles actions, ça fait vendre de la copie ma brave dame !
Tout le monde y trouve son compte, notre super-flic aussi bien entendu, puisqu’il a désormais carte blanche.
Mais l’escalier de la gloire est vachement glissant et à force de regarder au fond de l’abîme, on oublie que l’abîme aussi regarde au fond de nous (merci Nietzsche).

BOMBES A RETARDEMENT

Souvent, quand on se rend compte en interne que certaines choses ne tournent pas rond – plusieurs signaux d’alerte n’ont manifestement pas été vus dans la plupart de ces cas – il est trop tard pour revenir en arrière.
Les policiers en questions sont devenus de véritables bombes à retardement qui en savent tellement sur leurs propres turpitudes et les errements du système que la seule chose que la hiérarchie soit capable de faire avec eux, c’est de les écarter tranquillement en leur offrant un beau poste dans un placard.
Tu veux aller à Interpol ? C’est prestigieux et bien payé. C’est plus du boulot de flic, mais justement, on voudrait que tu prennes tes distances avec tout ça et surtout,. surtout… que tu fermes ta gueule.
Mais parfois il est trop tard. Trop d’égo, trop de compromission, trop de laisser aller de la part des patrons qui ne savent plus où mettre les médailles sur leurs beaux vestons au bal de la police.

Et boum, un Lefebvre. Boum un Davidson. Boum, un Roberge.

AVEUGLEMENT VOLONTAIRE

Quand j’étais officier de police à la direction centrale de la police judiciaire en France, il y a eu un cas d’un policier de l’office de lutte contre le grand banditisme qui a été arrêté et emprisonné.
Un jeune gars à qui les patrons avaient donné carte blanche parce qu’il se débrouillait bien et avait des « contacts » chez les voyous.
Moralité, il balançait des infos aux braqueurs… Si vous saviez la haine que les policiers avaient contre ce type… et contre ses boss qui l’avaient laissé aller ainsi.
Rassurez-vous, le gars a été en prison. Les boss eux ? Rien, ils n’étaient au courant de rien.
À l’époque, l’affaire avait fait toute une commotion dans le milieu policier.
Récemment, un autre cas a défrayé la chronique. Un commissaire de police cette fois.
Deux cas de ce niveau en quinze ans, c’est beaucoup. Ça a fait grand bruit dans la police française. De gros dégâts médiatiques pour l’image d’intégrité de ce métier.
Et que personne ne vienne dire à leurs collègues que c’est le syndrome de Stockholm.
C’est juste de la trahison. Encouragée par la lâcheté de leur hiérarchie.
Je suis certain qu’en ce moment beaucoup de policiers Québécois souffrent en silence de ce qu’ils lisent et entendent dans les médias.
Certains savaient ce qui se tramait et n’ont rien dit. D’autres ont peut-être fait part de leurs doutes.
Mais la machine policière aime encore moins ceux qui ne vont pas dans le sens du système que ceux qui en transgressent les règles.

ABSENCE DE REMISE EN QUESTION

Serge Lefebvre, était un policier exemplaire.
C’est du moins ce que disaient ses patrons, n’oublions pas qu’il avait été décoré pour action méritoire (un de ses collègues dira plus tard qu’on avait alors décoré « un malade »).
La commission de la police du Québec et la sûreté du Québec avaient pourtant mené des investigations, mais les deux enquêtes avaient été avortées.
Il avait seulement commis 300 vols sur le territoire de Sainte-Foy où il travaillait.
Et puis un jour il a tué deux autres autres policiers, Yves Tétu et Jacques Giguère.

Au delà des intérêts personnels des uns et des autres, dont je suis convaincu qu’ils existent pour les avoir de nombreuses fois rencontrés au sein de différents services de police dans plusieurs pays, il y a cette culture du secret, cette absence de remise en question qui sont toujours les toiles de fond de ces drames.

Car, on aurait du se montrer attentif aux signaux qui s’étaient mis au rouge sur la route de ces policiers.

Le fils de Davidson sortait avec la fille du caïd Steven « Bull » Bertrand, Benoît Roberge s’est trouvé de près ou de loin au cœur de plusieurs affaires pour le moins surprenantes, et Serge Lefebvre était enquêté et avait commis 300 vols.

On n’a pas voulu, on n’a pas pu… Peu importe après tout.

Il est grand temps de changer cette culture de la gloriole et du super-flic pour celle de la transparence et de l’imputabilité.

ADDENDA : le sergent-détective Philippe Paul, qui a été suspendu en avril 2014 suite à des allégations de collusion avec des sources, a été blanchi par l’enquête menée à son sujet.
L’information a fait l’objet d’un entrefilet alors que les allégations avaient fait les gros titres de plusieurs médias. Il a depuis pris sa retraite et écrit un livre.

 

– Paru au JdM le 30 janvier 2014

Les mystères de l’affaire Benoît Roberge

« Vendre » un informateur

On ne cesse d’en apprendre chaque semaine sur les trahisons de l’ex-policier du SPVM, Benoît Roberge. Chacune de ses révélations épaissit un peu plus le mystère sur la nature exacte de ses actions criminelles et de leur étendue au sein des unités spécialisées de la police. Cette fois, on apprenait que Roberge aurait essayé de « vendre » au Hell’s Angels René « Balloune » Charlebois le délateur clef du procès SharQc, Sylvain Boulanger. Une information qui rappelle bien étrangement l’affaire Claude de Serre, un informateur de la SQ et du SPVM qui avait été assassiné en février 2000 par nul autre que René Charlebois et un autre homme dont l’identité n’a jamais été révélée. Rappelons que, à l’époque, Benoît Roberge avait pour informateur René Charlebois,  avec lequel il entretenait de bien curieuses relations, juste avant que ce dernier ne s’évade et se suicide en octobre dernier.

À quand remontent les actes criminels de Benoît Roberge ?

On nous a dit que Roberge aurait débuté ses actes criminels en 2010. Or, à cette date, le méga coup de filet du dossier SharQc avait eu lieu et Sylvain Boulanger avait déjà donné la plus grande part des informations cruciales du dossier. La logique voudrait donc que ce soit bien avant 2010, au moment où les relations entre les policiers et Sylvain Boulanger étaient au plus haut, que Benoît Roberge se serait risqué à monnayer la vie de l’informateur. Quel intérêt sinon, à part la vengeance et l’exemple, auraient pu avoir les Hell’s Angels à payer le gros prix et à prendre des risques énormes pour éliminer cet homme une fois le dossier bouclé ? Pour l’empêcher de se rendre au procès certes, mais ses déclarations assermentées auraient alors fait foi…

L’informateur Claude de Serre a-t-il été vendu ?

Et revenons à Claude de Serre, dont les circonstances de la mort restent encore très mystérieuses et qui a été tué lors d’un scénario correspondant à celui de Sylvain Boulanger. Est-il stupide de penser que cet informateur, auquel est lié le nom de Roberge, et tué alors qu’il était sous surveillance policière, aurait pu, lui aussi, être vendu par un policier ? Il y a assez de liens objectifs entre ces affaires pour que n’importe quel enquêteur digne de ce nom cherche à vérifier cette piste et que l’on s’intéresse de plus près aux actes de Benoît Roberge bien avant la période actuellement citée.

Que cherche à négocier Roberge avec une entente ?

Roberge, qui semble avoir choisi le camp des voyous, campe actuellement sur ses positions et propose une entente pour régler son affaire. Cela signifie qu’il détient des informations importantes qui pourraient avoir de lourdes conséquences pour les policiers et la justice. Benoît Roberge est donc loin d’avoir livré tous ses secrets. Il semble d’ailleurs que ce dossier ne serait pas un cas isolé, en plus de l’affaire Ian Davidson, de policier corrompu ces dernières années au sein des unités spécialisées telles que Carcajou (ainsi que l’on nommait auparavant ce qui est maintenant l’Équipe Régionale Mixte).

Des unités spécialisées auxquelles sont reliés, de près ou de loin, des faits plutôt inquiétants.

– Paru au JdM 8 novembre 2013

Quelque chose de pourri au royaume de la police

Faisons simple aujourd’hui, puisque les informations filtrent de toute part.

Benoît Roberge, le policier arrêté cette semaine, a travaillé 15 ans sur les motards et fait partie de l’Équipe Régionale Mixte.

1) Claude de Serre, un informateur lié aux motards a été tué par le Hell’s René « Balloune » Charlebois.

Claude de Serre travaillait comme informateur appointé de l’Équipe Régionale Mixte à laquelle appartenait le policier Benoît Roberge.

2) René « Balloune » Charlebois, l’assassin de Claude de Serre, était l’informateur du policier Benoît Roberge, lequel est aussi suspecté d’avoir vendu des informations aux Hell’s.

Plusieurs sources m’indiquent que René « Balloune » Charlebois s’est évadé pour régler ses comptes avec le policier Roberge (info qui sort aussi à TVA en ce moment) dont il avait enregistré leurs conversations alors qu’il était en prison.

René « Balloune » Charlebois se serait suicidé au moment de son arrestation et ce sont ses enregistrements qui ont poussé la GRC à piéger Roberge.

3) Dany Kane est un informateur de la police qui s’est suicidé dans des circonstances très controversées à la veille de recevoir 1,7 millions de dollars  de la police en paiement de ses services.

Il a travaillé pour la GRC puis pour l’Équipe régionale mixte et commet d’ailleurs plusieurs crimes durant cette période, ce que savaient les policiers !

Benoît Roberge
a supervisé cet informateur et entretenu des contacts réguliers avec lui.

4) Le Hell’s « Dédé » Désormeaux participe à la tentative de meurtre du Hell’s « Bull » Bertrand.
Les faits les plus ahurissants marquent cette affaire, sur laquelle l’ex policier du SPVM, Claude Aubin, prépare un livre qui s’annonce dévastateur quant au rôle joué par les policiers.

Benoît Roberge participe alors à la surveillance policière qui laisse mystérieusement se commettre cette tentative de meurtre pratiquement sous leurs yeux.
Roberge aurait été celui qui procédait aux écoutes « en direct » depuis les locaux de la police au moment des faits.

5) Pendant six ans, la fille du policier responsable de la liste des infiltrateurs du SPVM, Ian Davidson – lui aussi suicidé – a fréquenté le fils de « Bull » Bertrand, le dauphin du chef des Hell’s « Mom » Boucher…

Ian Davidson travaillait dans le même service, dans les mêmes locaux et sur des dossiers identiques à ceux de Benoît Roberge.

Claude de Serre, Dany Kane et René « Balloune » Charlebois, tous les trois informateurs de police et tous les trois en lien avec Benoît Roberge sont décédés.

Deux d’entre-eux se seraient suicidés.

René « Balloune » Charlebois, avec qui Benoît Roberge est accusé d’entretenir des liens criminels est le tueur d’un informateur officiel de la police, Claude de Serre !

Mes sources m’indiquent que Ian Davidson aurait pu partager sa liste des informateurs avec un complice, malgré ce qu’indiquait le SPVM en début d’année.

D’autres arrestations vont venir, d’autres meurtres liés à la corruption vont être commis.

Quand le ministre va-t-il ordonner une enquête indépendante ?

– Paru dans le JdM le 10 octobre 2013