Justice spectacle pour Lac-Mégantic ? & Show de boucane à Mégantic

Que les choses soient dites : il existe à n’en pas douter toutes les raisons et certainement les preuves pour que des mises en accusation soient faites dans le dossier de Lac-Mégantic.

Je ne conteste ni ces faits ni le besoin des victimes et de la justice d’avancer dans ce dossier et de rechercher des coupables éventuels de cette terrible catastrophe.

Par contre, je m’interroge sérieusement sur la mise en scène qui entoure ce premier acte judiciaire d’un spectacle qui promet d’être long.

Quarante-sept chefs d’accusation, avouez que cela impressionne.

En réalité on parle de quarante-sept fois le même chef d’accusation, un par victime, ce qui finalement revient à dire qu’il y a un chef d’accusation pour des faits qui ont conduits à la mort de quarante-sept personnes.

Désolé, mais médiatiquement – quand on connait le goût des médias pour ce genre de chiffres – ce n’est pas la même chose.

Toujours pour la mise en scène, arrestation la veille pour une comparution cet après-midi à 14h avec passage devant les flashs des journalistes, menottes aux poignets.

Entre hier et cet après-midi, on est certain que la nouvelle aura assez fait le tour des médias.

Mais au cas où, on aura arrêté le chauffeur du train avec sirènes hurlantes et SWAT à l’appui !

On me dit que l’homme aurait des armes chez lui, ce qui explique le SWAT.

Pourtant la question n’est pas celle de la méthode au moment de l’arrestation, mais plutôt du choix d’aller arrêter ces gens à leurs domiciles comme des pilleurs de banque.

Thomas Harding, Jean Demaître, Richard Labrie – les employés de la MMA arrêtés – savaient tous que des charges allaient venir un moment ou un autre, ils s’y attendaient.

Alors pourquoi ne pas les avoir convoqués pour leur signifier leurs mises en accusations ?

Pas assez spectaculaire ?

Le DPCP pensait que des gars qui attendent bien sagement que la foudre judiciaire leur tombe sur la tête depuis près d’un an, se seraient soudainement enfuis au Mexique ?

Bref, voilà un coup d’éclat bien inutile dans un dossier dont la nature terriblement sensible aurait certainement justifié de la mesure et le calme qui sied, normalement si bien à la justice.

Attendons la suite donc, pour voir si le spectacle va continuer ou si il ne s’agissait juste que d’un petit « sons et lumières » pour épater la foule…

Voyons si cette justice, si pressée de faire dormir les ouvriers en prison, ira avec tous les renforts de police nécessaires arrêter le patron de la MMA et les responsables politiques de cette catastrophe.

À suivre donc.
– Paru au JdM le 13 mai 2014

———————————————————-

Show de boucane à Mégantic

– Paru au JdM le 14 mai 2014

Je me suis interrogé, hier, sur les arrestations lourdement médiatisées des trois employés de la MMA.

Le soir même de son arrestation, des informations « sortent » à point nommé pour venir justifier l’arrestation en force de Tom Harding qui possédait des armes. Des informations d’une source proche du dossier – qui d’autre que les policiers ou la poursuite – qui laissent aussi entendre qu’il serait suicidaire et qu’un « pacte de suicide » aurait été conclu entre Harding et son fils.
Autant d’informations que l’avocat de Tom Harding a démenti ce matin expliquant que si le chauffeur avait bien été en possession d’armes, ce n’étais plus le cas depuis un moment, ce que les policiers ne pouvaient ignorer.
Évidemment, la possession d’armes par le conducteur de train est un point essentiel dans la nature de l’intervention avec le maximum de précaution en faisant appel au SWAT.

Là où le bât blesse, ou là où le jupon dépasse comme vous voulez, c’est que si l’homme était fragile, il existait certainement d’autres façons de faire que de venir le chercher au petit matin à son domicile. La plupart des policiers savent en effet qu’une arrestation au domicile d’un suspect est toujours plus risquée que de le cueillir tranquillement quand il va chercher son pain au boulanger du coin.

Pourquoi la méthode douce n’a t-elle pas été retenue pour un homme considéré comme étant déjà en état de stress ?

D’autre part, l’avocat de Harding expliquait ce matin sur les ondes du 98.5 qu’il avait lui même écrit à la Couronne pour informer les procureurs que son client se rendrait de son plein gré à toute future convocation, ce qu’il avait déjà fait de lui-même juste après les faits…

Qui ment dans cette histoire ?

Mais sortons un peu du show de boucane de ce mardi pour nous poser quelques questions plus « stratégiques ».

Je précise, plusieurs d’entre vous le savent, que je ne suis pas avocat ni juriste spécialisé et que c’est en tant que participant et observateur de la scène judiciaire depuis de nombreuses années que je m’exprime sur ce sujet pointu du point de vue procédural.

Outre la mise en scène des arrestations, avec présentation des «accusés» menottes aux poings sur les lieux mêmes de leur présumé forfait, on est en droit de s’interroger sur la stratégie du directeur des poursuites criminelles et des peines (DPCP) dans la conduite de ce dossier…

On apprenait en effet aujourd’hui, alors que de nombreux observateurs s’étonnaient du fait que le patron de la MMA ne fasse pas partie de la charrette des accusés, que le procureur a demandé aux enquêteurs un complément d’information, tout en nous martelant qu’à ce stade il y avait assez de preuves pour procéder aux mises en accusations réalisées cet après-midi.

Je ne sais pas vous, mais moi je crois comprendre entre les lignes que l’on est en train de nous dire que la Couronne ne désespère pas de réunir des charges suffisantes contre Edward Burkhardt, le patron de la MMA.

Si une telle option reste ouverte, ce dont doutent plusieurs juristes, pourquoi alors s’être précipité pour jeter en pâture les noms des trois employés dans l’arène médiatique ?

Fallait-il à ce point nourrir la bête médiatique ? À moins qu’un agenda médiatico-judiciaire nous soit encore inconnu…

J’y reviens donc : si des investigations restent à faire, pourquoi avoir précipité les choses pour des hommes dont on nous dit qu’ils n’ont fait qu’appliquer des règles en place depuis au moins une décennie ?

D’autant que, dans le même souffle, le représentant du DPCP nous dit que ces hommes seront peut-être acquittés et la MMA condamnée…

Je repense à ces trois employés de la MMA, face à une poursuite qui, après les avoir fait défiler comme des bêtes de foire avec le poids de la peine à perpétuité sur les épaules, nous laisse entendre qu’ils ne seront peut-être pas condamnés !

Excusez-moi, c’est du poker ou de la Justice ?

Décidément, il y a quelque chose que je ne comprends pas dans ce dossier…

Fallait-il «coincer» les exécutants pour remonter plus haut, ou le temps était-il simplement venu de s’agiter un peu pour donner signe de vie ?

Il faudra bien en effet que nous sachions si ces hommes ont réellement – de leur propre initiative – enfreint les règles évidentes de prudence ou si ils n’ont fait qu’appliquer celles convenues et acceptées par les autorités et la direction de la MMA.

Dans cette seconde hypothèse, il serait totalement illogique que ces trois ouvriers soient les seuls à payer pour un système laxiste et dangereux pour la sécurité de tous.

Et là je ne parle pas du code criminel ou de la procédure criminelle, mais de la Justice, celle que ces outils devraient normalement servir et non l’inverse…