Otages français : les dessous d’une libération

Une libération qui tombe bien

Les quatre otages français Édouard Élias, Didier François, Nicolas Hénin et Pierre Torres ont été libérés après 10 mois de détention par les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (ISIS). Une bonne nouvelle qui tombe à point pour le gouvernement français en pleine débandade et son président, en chute libre dans les sondages.

En fait, cette libération ne doit rien au hasard mais plutôt à l’acharnement des agents secrets français et du fameux Service Action de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure.

Travail des services secrets français

Les journalistes n’ont pas été retrouvés par des militaires Turques comme cela a été annoncé, mais plutôt remis aux agents du Service Action et conduits en sécurité sous la protection des militaires Turques.
C’est le résultat d’un long et discret travail des services secrets français qui ont œuvré jour et nuit à la libération des quatre journalistes en coopération avec plusieurs autres agences de renseignement sur le terrain.
D’après mes informations, dans les derniers mois le travail des agents français était du 24h/24h.

Un « honorable correspondant » parmi les journalistes otages ?

Depuis l’enlèvement des journalistes, les services français n’ont jamais perdu leur trace par des contacts indirects qui permettaient de s’assurer que les français étaient en vie.
Il se murmure d’ailleurs que l’un d’eux serait un « correspondant » de la DGSE, ce qui n’est pas rare dans le cas des journalistes de guerre qui sont amenés à se trouver dans des zones où le renseignement est particulièrement utile aux services secrets.
Il arrive parfois qu’au fil des rencontres sur le terrain des contacts se nouent et les échanges de services entre un journaliste qui veut entrer dans une zone de djihad et un service de renseignement sont plutôt simples à envisager.
Ce qui ne veut pas dire évidemment qu’ils soient systématiques…

Une nouvelle donne djihadiste en 2014

Selon plusieurs de mes sources, c’est au tout début de 2014 que les choses se seraient présentées sous un jour favorable pour les otages.
En effet, l’Etat islamique en Irak et au Levant (ISIS), est un mouvement d’une telle cruauté et d’une telle violence qu’il se serait aliéné la plupart des autres organisations djihadistes et en janvier 2014, l’ISIS a du replier ses forces dans le gouvernorat d’al Raqqa qu’il contrôle.
Plusieurs rumeurs circulent dans les agences de renseignement sur le fait que l’ISIS aurait éliminé un envoyé d’Al Qaida, Abu Khalid al-Suri, spécialement mandaté par Ayman al-Zawahiri, l’actuel leader d’Al-Qaïda, pour résoudre les conflits entre les différentes factions djihadistes.
Ce qui est certain c’est qu’au début du mois de janvier, l’ISIS aurait affronté un autre mouvement djihadiste, Jabhat al Nusra, et ce dernier aurait pris un net avantage sur l’ISIS, les obligeant à se replier dans leurs fiefs.

Des otages de plus en plus encombrants

L’expansion de l’ISIS, sa cruauté et sa volonté hégémonique ont conduit ce mouvement à devoir faire face sur plusieurs fronts en même temps.
Non seulement les autres factions souhaitent la détruire, mais l’ensemble des forces opérationnelles occidentales présentes sur le terrain (services britanniques, français et Étasuniens) concentraient leurs efforts à lutter contre ce mouvement.
Ainsi, la détention des otages amenait une pression supplémentaire sur le mouvement et il y a fort à parier que ce rapport de force n’a pas été négligeable dans la décision de la libération.

Une rançon ?

Comme à chaque fois, la question du versement d’une rançon se pose.
Dans ce cas précis, il semble que cela ne se soit pas le cas, bien que l’on ne puisse jamais vraiment écarter cette possibilité.
On parle plutôt de l’hypothèse d’un « arrangement » par l’intermédiaire du Qatar – qui joue un double jeu savamment orchestré -, pour la remise d’armes et de matériel.

À n’en pas douter, c’est  aussi un ensemble de facteurs positifs qui ont conduits à cette libération et même si nous en savons maintenant un peu plus sur les dessous de cette affaire, il reste, comme dans la plupart des opérations des services secrets, encore beaucoup à découvrir !

– Paru en ligne au JdM le 20 avril 2014