Pourquoi Patrick Saulnier est il mort?

BRAQUAGE À DOMICILE

Le 6 février 2011, aux petites heures du matin, Patrick Saulnier, âgé de 28 ans, a été mortellement blessé d’une balle par des policiers qui intervenaient dans le cadre d’un braquage à domicile par trois hommes supposément armés.
L’affaire : Trois hommes – de véritables pieds nickelés – se trompent de domicile, perdent leur arme dans la rue et finissent par avoir un accident qui les oblige à abandonner leur véhicule et prendre la fuite à pied. Un d’entre eux sera d’ailleurs rapidement arrêté.

Dans un quartier industriel désert, deux policiers tomberont ensuite sur Patrick Saulnier qui était blessé à la jambe.

FACE À FACE MORTEL

Contrairement aux usages, les policiers ne préviennent pas leurs collègues qu’ils ont trouvé l’homme et sortent tous les deux de leur voiture en pointant leurs armes sur Saulnier. Dans son rapport l’un des deux policiers mentionnera avoir vu entre les mains de Saulnier « un petit objet noir inconnu » que Saulnier lâchera à la demande des policiers. Il n’en sera plus fait mention après mais il ne s’agissait pas d’une arme.

Toujours dans leur rapport les policiers expliquent que Saulnier « descendra une ses mains près de sa taille dans son dos » déclenchant ainsi la première séquence de tir. Le second policier fera feu ensuite à deux reprises lui aussi, ratant sa cible.
Il refera à nouveau feu après un nouveau mouvement de la main du suspect « comme si il tentait de chercher une arme à feu dissimulée dans son dos » et loupera encore sa cible avant de l’ajuster dans un dernier tir qui sera, lui, mortel.

Quand les yeux de l’individu se sont fixés sur moi, ma décision était prise et j’ai tiré plus d’une fois dans sa direction pour ma sécurité sans pouvoir préciser le nombre de coups de feu. Je voulais mettre fin à la menace.

EXTRÊME NERVOSITÉ

Les déclaration des policiers sont truffées d’éléments qui démontrent que ceux-ci sont très nerveux, au point que le coroner croira bon de le dire dans son rapport. Au point même, d’appeler du renfort à la radio sans se rendre compte que celle-ci est éteinte.
D’ailleurs, est-ce pour cela qu’ils précisent ne pas avoir appelé du renfort au début de l’intervention ? Le rapport du coroner ne dira rien à ce sujet.
Mais il est clair que les policiers sont nerveux, au point qu’il leur faudra tirer sept fois sur l’homme, qui ne bougeait pas, à 20 mètres, avant de l’atteindre.
Dans son rapport, l’un des policiers est incapable de dire combien de munitions il a tirées, ce qui est souvent le cas dans une situation de grand stress.

OÙ EST LE DANGER ?

Tout au long de leurs déclarations, les policiers mettront en avant le regard « fou » de Patrick Saulnier et surtout le fait qu’un mouvement de sa main leur laissait penser qu’il pouvait aller chercher une arme cachée dans son dos.
Pourtant, Saulnier n’était pas armé.
Mais, admettons qu’il le soit, combien faut-il de secondes pour aller chercher une arme dans son dos ?

Plus ou moins une seconde, en agissant très lentement deux…

Combien faut-il de temps à deux policiers pour tirer sept munitions lors de deux séquences de tir successives et appeler du renfort à la radio entre deux tirs ?

Largement assez pour se rendre compte que Patrick Saulnier n’avait pas d’arme et, dans tous les cas, beaucoup plus de temps que les deux petites secondes (pour compter large) qui lui aurait fallu pour sortir une arme… Si il en avait eu une.
Comment, durant tout ce temps passé, les policiers n’ont pas pu faire l’analyse de la situation qui aurait dû les conduire à se rendre compte que Saulnier n’avait pas d’arme ?

MORT PAR SUICIDE

Ainsi, à 20 mètres, deux policiers qui font face à un homme entre les mains duquel ils ne voient pas réellement une arme, mais supposent – dans leur rapport – sa présence, se sentent suffisamment en danger pour tirer sur lui. Rappelons que lorsque les policiers lui ont demandé de répondre aux injonctions, l’homme a levé les mains en l’air tel que demandé.

Quatre mois seulement après les faits, la Sûreté du Québec rendra un rapport sur la base duquel aucune accusation ne sera portée contre les policiers.

La coroner, écrira dans son rapport : « L’attitude du suspect, telle que décrite par les deux policiers, seuls témoins des événements, était suicidaire. »

Tout s’est donc joué sur la base du témoignage de ceux qui ont tiré.

Je laisse à chacun le soin de se faire une idée de ce qu’il aurait fait en pareille situation et je ne doute pas que beaucoup penseront que les policiers sont parfaitement bien intervenus.

Pour ma part, je pense que tout délinquant qu’il était, Patrick Saulnier n’aurait pas du mourir ce soir là et qu’il ne s’est certainement pas livré à un simulacre afin de se faire tirer, comme on le fera dire ensuite à certains de ses complices.

DERNIER DÉTAIL

Un dernier point, selon le rapport du coroner, Saulnier a été touché par une balle qui est entrée au niveau de l’aisselle droite, dans le 4ème espace intercostal et sortie au même niveau du côté gauche.
Cela signifie que la balle mortelle l’a frappé alors qu’il était de côté et non face aux policiers.

Cela signifie aussi le bras devait droit de Patrick Saulnier être levée…

Ce qui est en totale contradiction avec ce que dit le rapport du policier qui a tiré :

[…] porte sa main droite dans l’arrière de son dos […] ses deux mains replongent dans son dos […] garde sa main droite dans son dos

Comment peut-on baisser la main droite dans son dos et recevoir une balle dans l’aisselle ? La coroner ne s’interrogera pas sur ce point.

Affaire classée.

– Paru au JdM le 29 novembre 2013