« Colosse » Plamondon condamné à tort ?

LE COLOSSE ET LA POLICE

Trafiquant de drogue, voyou peu fréquentable, Yves « Colosse » Plamondon n’a rien d’un enfant de coeur.
Ainsi, quand il a été reconnu coupable des meurtres de Denis Ouellet, Claude Simard et Armand Sanschagrin et condamné en 1986 à  la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant d’avoir purgé 25 ans de sa peine, personne n’a du être vraiment surpris.
Cette condamnation, c’est au délateur André « Bull » Desbiens qu’il la doit, un délateur qui était lui-même tombé entre les griffes de la police et qui avait alors conclu un marché avec les policiers.

DÉLATEUR PEU FIABLE ET PROCÈS INÉGAL

27 ans plus tard, le « Colosse » continue de clamer son innocence, tandis que les procédures sont allées d’appel en appel jusqu’à la cour Suprême, qui a refusé d’entendre la cause il y a 12 ans.
Pourtant, durant tout ce temps, plusieurs évènements sont venus, sinon renforcer son point de vue, au moins semer quelques interrogations sur la réalité des accusations portées contre lui.

Et d’abord Desbiens qui, à l’article de la mort, était revenu sur ses propos en disant avoir menti en échange de faveurs de la part des policiers, ajoutant qu’il n’avait pas purgé une peine à laquelle il avait été pourtant condamné. Desbiens, qui avait aussi formulé à l’époque un autre témoignage qui avait été largement mis en doute alors qu’il mettait en cause une avocate qu’il accusait d’avoir commandité un vol qui s’était terminé en meurtre. L’affaire avait fait d’ailleurs l’objet d’un arrêt des procédures.

Mais là ne sont pas les seuls doutes dans cette affaire, puisqu’il est maintenant établi que des témoignages n’auraient pas été porté à la connaissance de la défense.
Des témoins auraient fait deux déclarations tandis qu’une seule aurait été produite au procès…

De quoi introduire, selon son avocat Daniel Rock, un doute suffisant sur la culpabilité de Palmondon.

LA HAINE DE LA SQ

Une chose est certaine en tout cas, c’était la haine entre « Colosse » et la SQ.
Un incident qui m’a été raconté par Gaétan Rivest, un ancien de la SQ, en dit long sur les rapports entre Plamondon et la police à l’époque des faits.
Rivest (sur qui je reviendrais dans un autre article prochainement mais dont il faut dire qu’il a eu des ennuis avec la justice après son départ de la police) me raconte que la SQ cherchait très activement « Colosse » et que le jour où il est arrêté, il est trouvé en possession d’un papier sur lequel figure le numéro de plaque de l’automobile personnelle d’un policier de la SQ à Québec.
C’est le branle-bas de combat et Rivest explique :

Tout le monde a été rappelé au QG de la SQ et je me souviens qu’il a été demandé aux secrétaires de quitter les bureaux, ainsi qu’à un capitaine nommé Scott.
Nous nous sommes mis en rang dans le couloir et nous l’avons battu à coups de pieds et coups de poings.

Une mésaventure que Plamondon lui-même aurait passée sous silence. Pour plusieurs raisons certainement, la première étant qu’il n’était pas si rare que cela que les voyous se fassent brasser un peu… parfois beaucoup. Aussi, parce qu’il n’est jamais valorisant pour un criminel endurci de devoir admettre qu’on a pris une raclée par des policiers.
Surtout quand on se surnomme « Colosse »…

Je l’ai dit, je reviendrais sur Gaétan Rivest dans un autre article, mais pour l’instant admettons qu’il soit possible de ne pas être « tout blanc » et dire quand même la vérité…
Admettons que cette scène de violence, qui peut sembler totalement surréaliste à ceux et celles qui ne connaissent pas bien la police, se soit réellement déroulée.

Car de telles scènes existent, même elles se sont déroulées souvent il y a bien longtemps.

VENGEANCE DE LA SQ ?

Selon le propre aveu d’André « Bull » Desbiens, les policiers voulaient coincer Plamondon.
Avec la découverte de ce numéro de plaque entre les mains de ce criminel endurci, jusqu’où les policiers étaient-ils prêts à aller pour envoyer le « Colosse » à l’ombre ?

De son côté, cela semblait bien faire l’affaire de Desbiens qui se sortait ainsi d’une situation difficile.

INFORMATEURS, DÉLATEURS, DÉNONCIATEURS

On dit, à tort que les délateurs « donnent » des informations. C’est faux, ils vendent des informations contre une entente qui va souvent jusqu’à l’absence de poursuites pour leurs propres crimes et une somme d’argent qui peut aller jusqu’à plusieurs millions de dollars.
Pour certains, c’est devenu un véritable métier dont ils vivent bien mieux que vous et moi.

Pour d’autres, le seul moyen de se tirer d’affaire. Pensez-y, que seriez vous prêts à « donner » pour sauver 7 ans de votre vie en prison ?

Et si, justement, les intérêts convergents du moment entre la SQ et « Bull » Desbiens avaient conduit à envoyer Plamondon en prison pour des crimes qu’il n’a pas commis ?

Pour qui cherche la justice, l’hypothèse se doit au moins d’être vérifiée.

– Paru au JdM le 3 décembre 2013