Quatre heures à la commission Ménard

À LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ ?

Et si la commission Ménard nous surprenait finalement ?
C’est bel et bien la question que je me suis posée en sortant de cette rencontre de quatre heures, qui devait initialement n’en durer que deux.
Tout d’abord parce que j’ai été agréablement surpris par la pertinence et la justesse des questions qui m’ont été posées, mais aussi parce qu’au lieu de l’entretien mou et sans substance auquel je m’attendais, je me suis retrouvé face à trois interlocuteurs qui semblaient réellement à la recherche de la vérité.

À L’ASSAUT DES VRAIS PROBLÈMES ?

Je sais, j’en entends déjà dire « ça y, encore un qui s’est fait manipuler », puisque je semble passe d’une vision très critique à des interrogations plutôt positives sur cette commission. Qu’on ne s’y méprenne pas toutefois, je ne mélange pas des discussions qui me semblent aller dans le bon sens avec les conclusions qui en seront tirées.
Il n’en reste pas moins que ce que j’ai entendu me laisse plutôt penser que la commission va soulever de vrais problèmes… si elle va au bout des questionnements auxquels elle semble vouloir chercher des réponses.
Dans ces conditions, il n’est donc pas interdit de revoir quelque peu son jugement et d’accorder le bénéfice du doute.

AU FOND DES CHOSES ?

Tout d’abord parce que ce ne sont pas à des questions de diversion que j’ai eu droit durant ces quatre heures mais bien à une suite logique de questions qui donnaient un réelle impression de recherche de la vérité.
Ensuite parce que les sujets difficiles n’ont pas été éludés et qu’au contraire, l’ensemble des points que j’avais développés dans le livre au sujet des manifestations (la seconde partie du livre sur la police au quotidien touche des sujets hors du mandat) ont été abordés sans détours.

UN POINT DE VUE CRITIQUE ?

Le point le plus surprenant finalement, a été pour moi de constater que, de l’avis même de M. Ménard, la commission semblait rejoindre plusieurs des raisonnements que je tiens dans l’ouvrage au sujet des méthodes policières durant ces événements.
Ceux qui ont lu le livre savent à quel point les critiques – que je veux objectives – ne manquent pas quant aux méthodes et aux choix stratégiques des policiers.
Se peut-il finalement que la commission émette un rapport qui soit critique vis-à-vis du travail mené par les forces de l’ordre ?
Si, à la vue des audiences publiques, j’aurais juré le contraire, je n’en suis pas si sûr aujourd’hui et je suis porté à croire que l’image qui a été donné de ces audiences ne reflétait peut-être pas l’état d’esprit de la commission.

STRATÉGIE MÉDIATIQUE ?

Est-il possible que Serge Ménard, menant – comme je le disais dans un précédent billet – une barque à la rame ait fait le choix de faire le « dos rond » devant les caméras tandis que lui et ses commissaires collectaient de l’information pertinente hors des séances d’audiences filmées ? Après tout pourquoi pas, les audiences publiques sont là avant tout pour donner un spectacle.

Et puis, j’ai pu constater que M. Ménard est un fin politicien et qu’il sait fort bien mener sa barque.

QUELLES RECOMMANDATIONS ?

Alors la véritable question au fond est de savoir si lui et ses commissaires rédigeront des conclusions critiques, qui sont attendues par une partie des québécois mais qui déplairont alors à une grande partie de autres, à commencer par les amateurs du tout répressif.
Le point fort de monsieur Ménard sera peut-être aussi son talon d’Achille au moment de rédiger ce document, car comme tout fin stratège, il sait que pour être appliquées des recommandations doivent aussi être considérées comme acceptables par une grande partie des décideurs politiques.

Car, il ne suffit pas de voir la vérité, il faut encore avoir le courage de la dire et de l’écrire.

À suivre donc…

– Paru au JdM le 7 décembre 2013