Où est Charlie (deux ans après) ?

(Version mise à jour du texte publié en janvier 2016)

Il m’a été demandé, un an après Charlie-Hebdo, de réfléchir à ce qu’était pour moi le slogan Je suis Charlie.

J’avoue avoir eu beaucoup mal à mettre des mots sur la réaction populaire qui s’est cristallisée autour de cette phrase, tant elle emporte une bonne dose de contradictions puisque les uns et les autres l’ont adoptée pour des raisons et des motivations souvent bien différentes.

Je crois que, Je suis Charlie a surtout été une catharsis de masse qui a pris de l’ampleur parce que la formule « fonctionnait » et qu’elle « sonnait bien » sans que ceux et celles qui se disaient « être Charlie » ne sachent vraiment quoi faire au delà de cette déclaration de soutien empreinte de belles et bonnes intentions.

La rédaction de Charlie Hebdo correspondait alors tout à fait à l’idée que l’on voulait se faire de cette liberté de penser et ce droit de rire de tout, si particuliers à la culture française, au point que l’on a souvent dit que c’était à la liberté d’expression que s’étaient attaqués les terroristes alors que ce sont des hommes et des femmes de tous milieux, origines, cultures et religions qui ont été visés par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

On réalise d’autant plus combien le concept « d’attaque contre la liberté d’expression » que traduisait le slogan Je suis Charlie a pris le dessus en constatant deux ans après combien la mort de la policière municipale de Montrouge et l’attaque de l’Hyper-Cacher sont passés au second rang dans les médias qui reviennent sur les attaques menées par les frères Kouachi et Coulibaly.

Certes, le nombre de morts dans l’attaque de Charlie-Hebdo et le fait que les victimes soient pour la plupart des artistes connus a joué un rôle important dans l’imaginaire populaire et la mécanique médiatique qui s’est mise en place après les évènements.

C’est pourquoi, aujourd’hui, deux ans après, je cherche toujours où est Charlie.

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Plus le vote approche, plus la menace est grande

Je ne sais pas si vous avez remarqué cet étrange parallélisme entre la montée de la menace terroriste, annoncée dans les médias par les responsables politiques, et l’approche du vote de certains textes législatifs justement destinés à lutter contre le terrorisme.

Vous me direz que j’ai l’esprit mal placé et que, quand monte la menace il est normal de prendre les mesures adéquates, et c’est vrai.

Cependant, pour avoir assisté à quelques mises en scènes médiatiques de responsables policiers et ministres de l’intérieur quand je travaillais dans l’antiterrorisme, j’ai développé une fâcheuse tendance à penser que certains n’hésitent pas à surfer sur ladite menace pour sauver leurs carrières et préparer le passage de textes répressifs qui nécessitent une bonne préparation de l’opinion publique.

Quand l’heure est grave et que la menace n’est plus à nos portes mais sur notre sol, qui oserait en effet contester la nécessité de telles mesures, même si elles sont privatives de libertés et que leur efficacité s’avère plus que relative ?

Le bilan plus que mitigé de l’état d’urgence (plus de 3000 perquisitions pour 4 affaires de terrorisme dont une seule traitée par le parquet antiterroriste de Paris) et ses lourdes conséquences sur les libertés individuelles en France n’empêchent pas 79% des français de se déclarer « très favorables » à sa prolongation.

Comment le leur reprocher, puisque le gouvernement berne les français en leur vendant l’image d’un état d’urgence qui protège mieux contre la menace terroriste.

Mais si tel n’est pas le cas ?

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Gouverner c’est prévoir

« Nous croyons que lorsque nous coupons vos têtes, déchiquetons vos corps et vous dispersons, nous faisons œuvre de dévotion qui nous rapproche de dieu et nous obtempérons à ses paroles. »
[Antar Zouabri, chef du GIA au moment des attentats de 1995/96 en France]

Quiconque était présent à Paris ces années là se souvient de la vague d’attentats qui secoua la capitale entre juillet et octobre 1995 et du dernier attentat commis en décembre 1996, le tout faisant 12 morts et plus de 250 blessés.

À part une série de braquages et une  tentative d’attentat par un groupe djihadiste terroriste dit « Gang de Roubaix » en mars 1996, la France ne connaitra plus aucun attentat provenant du terrorisme islamiste pendant de nombreuses années.

Ce sera ensuite l’avènement d’une nouvelle menace terroriste qui ira d’actions isolées à des actes organisés et préparés par plusieurs individus, dont certains s’étaient d’ailleurs rapprochés des participants à la vague d’attentat de 1995, reliant ainsi – comme dans un étrange retour aux racines du mal – les émules d’Al-Qaïda et de daesh aux mentors des groupes islamiques armés algériens.

Successivement les services policiers assisterons aux départs et aux retours de certains jeunes, dès les années 90, de la Bosnie à l’Afghanistan, puis de l’Irak à la Syrie, qui iront successivement sur ces terrains d’entrainement pour les futurs recruteurs djihadistes, modèles et inspirateurs de leurs compatriotes qui s’auto radicalisent dans le même temps sur le territoire français.

Le danger n’est donc pas nouveau, il a muté et s’est transformé au fil des années sans que jamais vraiment la France ne sorte de l’objectif des différents réseaux djihadistes terroristes jusqu’à l’arrivée en force de Daesh.

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Radicalisation & terrorisme, le sens des mots

Puisque l’on parle beaucoup de radicalisation, d’intégrisme, de fondamentalisme et de terrorisme, il me semblait important de revenir un peu sur le sens de ces différents termes pour, sinon les définir, au moins en préciser la portée. Ce texte n’a évidemment pas vocation à adresser un sens définitif à chacun de ces termes, mais j’espère qu’il pourra éclairer celui ou celle qui souhaite en savoir plus sur le sujet.

Pour Micheline Milot, professeure titulaire au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) :

« Les individus puisent dans les répertoires religieux traditionnels des symboliques qu’ils agencent librement afin de donner un sens à leur existence, ce qui peut prêter à divers types de remploi ou bricolage des signes confessionnels […] C’est dire que fondamentalisme et intégrisme servent à décrire une large variété de mouvements politico-religieux dans des contextes nationaux très différents. Les catégories d’analyse reflètent également les frontières parfois floues ou poreuses entre le fondamentalisme, le traditionalisme et l’intégrisme. »

Micheline Milot considère ainsi que:

« L’intégrisme est la radicalisation du fondamentalisme, quand celui-ci s’exprime en tant que volonté politique de réforme globale de la société[1] ».

Dans un article intitulé «Intégrisme, fondamentalisme et fanatisme : la guerre des mots[2]», le journaliste Xavier Ternisien dresse un tour d’horizon assez complet de l’usage de ces notions. Il explique que le fondamentalisme est né aux États-Unis au tournant des années 1920 de pasteurs presbytériens, baptistes et méthodistes qui défendaient une interprétation littérale de la Bible, rejetant le darwinisme.

L’intégrisme, pour sa part, fait son apparition dans le monde catholique et désigne le courant se réclamant de «la tradition», c’est-à-dire des textes originaux et de leurs interprétations par «les pères et les docteurs de l’Église, les conciles et les papes ».

Autrement dit, l’intégrisme « fige, à un moment déterminé, l’interprétation de la Révélation », tandis que le fondamentalisme recèle « une volonté de retour aux sources, à une pureté originelle de la foi qui se trouverait dans les Écritures, débarrassées des repeints de la tradition. D’une certaine façon, le fondamentalisme nie la médiation d’une autorité religieuse – clergé, Église, docteurs de la loi – qui interpose habituellement une clé d’interprétation entre le croyant et le texte révélé ».

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La GRC réécrit l’attentat d’Ottawa

Dans un article en date du 10 novembre, Radio-Canada expose les récriminations du président de l’Association des employés du Service de protection de la Chambre des communes (AESS) à l’encontre d’un communiqué de la GRC rendu publique la veille et qui annonçait la décoration prochaine de plusieurs de ses agents.

Les « loupés » de la GRC

Rappelons tout d’abord que ce sont les agents du service de protection de la chambre des communes qui ont été en première ligne pour affronter Michael Zehaf-Bibeau qui avait traversé l’immense cour du bâtiment sans être stoppé ni même ralenti par les policiers de la GRC qui patrouillaient pourtant à l’extérieur.

Le rapport du commissaire de la Police provinciale de l’Ontario (OPP), Vince HAWKES, en date du mois de mars 2015 dira d’ailleurs :

« Des membres de la GRC ont vu l’homme armé se diriger vers l’édifice du Centre mais ne l’ont pas intercepté avant qu’il entre dans l’édifice. »

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La France à l’heure du Vel’ d’hiv’

Éric Ciotti, député du Parti Les Républicains et président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, vient de s’illustrer après l’attentat commis en France contre le train Thalys en disant : « Je propose qu’il y ait une surveillance plus fine et que les individus fichés, qui représentent une menace réelle, soient placés en centre de rétention avant le passage à l’acte. »

Bienvenus à Guantanamo

Il fallait évidemment s’attendre à ce genre de dérapage dans un pays où les politiciens ont abandonné depuis bien longtemps leurs responsabilités pour le cumul des mandats, les comptes en Suisse et la Légion d’honneur pour l’ami chanteur.
Il ne reste pour la droite comme la gauche – que la plupart des français tiennent conjointement responsables de la situation actuelle – que les rodomontades et les solutions répressives à l’emporte-pièce, décidées sur un coin de table entre la poire et le fromage.
Au final, pour nos Don Quichotte du terrorisme, ce qui a conduit les américains à bafouer les conventions internationales en internant des individus des années durant dans une prison dont ils ne savent plus comment se dépêtrer aujourd’hui serait donc une solution pour l’Hexagone.

La France en est là.

Cette faillite politique, celle des valeurs de la société française, il n’existe pratiquement plus aucun moyen de la dissimuler aux yeux des Français qui n’en peuvent plus de vivre dans un pays qui n’en fini pas de toucher le fond dans tous les domaines.

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