Un public de 285 millions de francophones ?

Hier, Alain Dufresnes du Journal de Québec, a jeté un pavé dans la mare du milieu Québécois du balado en écrivant :

 

Est-il possible que la diffusion d’émissions originales en podcasts tarde à se développer parce que le contenu est tout simplement plate ?

Que les émissions soient beaucoup plus intéressantes pour ceux qui les font que pour ceux qui les écoutent ?

Et d’ajouter que 285 millions de francophones attendaient, l’oreille tendue, de la bonne production pour se mettre à écouter, via Internet, des émissions de toutes sortes à travers le monde entier.

Il n’en fallait pas moins pour justifier un certains de nombre de réactions indignées des acteurs du milieu Québécois, qu’Alain Dufresnes aurait été bien avisé de consulter avant de se lancer dans ce que certains ont pris comme une attaque frontale du milieu du balado québécois.

On regrettera tout d’abord qu’il ne soit pas en mesure de citer au moins une bonne production originale francophone issue du podcast que ce soit au Québec ou France, car pourtant les contenus de qualité sont nombreux, variés, et touchent souvent à des sujets universels.

J’en donne d’ailleurs régulièrement l’exemple en citant ces productions dans le groupe « En Balado ».

Règlons tout de suite la question de l’un des deux exemples qu’il évoque puisque Joe Rogan est non seulement mondialement connu, mais en plus son podcast (c’est comme ça que l’on dit hors des territoires couverts par l’OQLF) est en anglais et sa clientèle anglophone est donc de 375 millions en langue première et de près d’un milliard en seconde langue…

Mais revenons à l’idée que le balado francophone ne trouve pas son auditoire parce qu’il est « plate »…

Il faut reconnaître que le balado est un médium dans lequel la production artisanale est très présente et donc où il existe de très nombreux contenus de niche et de productions menées par des amateurs passionnés avec de faibles moyens.

Cela n’est pas sans rappeler l’époque en France des radios libres dans les années 80, où l’ouverture de la bande FM a donnée lieu à un beau bazar radiophonique où se côtoyaient le pire comme le meilleur.

C’est pourtant de ces « radio libres » au contenu souvent ultra-niché à l’époque que sont sorties de grandes radios qui diffusent désormais du contenu dans le monde entier comme Radio-Nova qui est née précisément en 1981.

On pourrait aussi débattre longtemps sur la nature des contenus qui permettent de rejoindre un large public, tant il est connu que ce sont les produits les plus commerciaux et insipides qui rejoignent souvent un plus large auditoire.

Mais alors, est-ce de la prétendue nullité des contenus de balado qui les empêcherait de rejoindre ces fameux 285 millions d’auditeurs qui ne semblent attendre que de recevoir dans leurs petites oreilles la verve francophone des québécois ou la gouaille française des parigots ?

En fait, la première problématique rencontrée par la production de posdcasts et balados, toute artisanale puisse-t-elle être, n’est pas de fidéliser un large public, mais de l’atteindre.

Et ce, d’autant plus à cause des faibles moyens de ceux qui la produise à l’inverse des radios ou groupes de médias qui dépensent une grande part de leurs budgets pour faire voir leur marque et engranger ainsi de la publicité.

De plus, le balado souffre encore, malgré un engouement certain, d’un handicap technologique incontestable.

Si la technologie fait partie du quotidien de la génération Y, ça l’est déjà moins pour la génération X et je ne parle pas des plus âgés d’entre-nous qui ont de plus en plus de mal à se retrouver dans la jungle techno… Ce sont pourtant eux qui ont du temps libre et sont, par exemple, les grands lecteurs de livres…

Car avant de se faire aimer, il faut se faire connaître.

Et c’est bien là le problème encore très actuel du balado.

Lorsque j’ai participé aux journées de la culture en restant une demi-journée dans le stand de Radio-Canada pour parler de mon balado « Disparue(s) » la question qui revenait le plus souvent était : « Mais comment on fait pour écouter ? »

Et à mon sens, le problème principal se trouve là, dans l’accessibilité plus que dans la qualité ou l’universalité du contenu.

Quand la diffusion d’un balado sera aussi simple que de presser le bouton de la radio, alors là nous verrons bien si le créateurs de balado ne sont pas capables de rejoindre le public.

Pour finir, revenons sur l’article en question avec l’exemple de Dany Bernier donné par Alain Dufresnes comme s’il s’agissait du mètre étalon en matière de créativité et d’intérêt du public pour la production francophone…

Ce dernier, largement plus connu après une carrière dans les radios de Québec que l’immense majorité des créateurs de balados, a fondé une radio Internet baptisée Irock247.com qui diffuse uniquement de la musique… en immense majorité anglophone !

Chers ami(e)s du milieu du balado, amateurs ou professionnels et surtout tous et toutes passionnés par ce que vous faites, ne perdez pas trop de temps à lire ce qui ce dit sur le balado car le meilleur moyen de le contredire est de continuer à en produire !

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4 commentaires

  • MCM 6 février 2018   Répondre →

    Parfaitement d’accord! Surtout, M. Berthomet et vos confrères, continuer d’en produire, car nous sommes nombreux à aimer vos balados.

  • Myriam Lagacé 6 février 2018   Répondre →

    Bonjour M. Berthomet,
    J’ai suivi avec bonheur votre merveilleux ballado à la radio en un seul coup puis une autre fois sur FB ; est-ce possible de la réécouter ailleurs que sur un balado ?
    Je n’ai pas de tel. intelligent.
    Merci infiniment pour votre travail admirable.

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