Caméras corporelles, acte 1.

Ce lundi matin, le 84è congrès de l’Acfas a été l’occasion d’assister à plusieurs conférences intéressantes sur la question du port des caméras corporelles pour les policiers et des caméras embarquées dans les autopatrouilles.

De nombreuses limites légales et techniques

Les premières des questions qui sont généralement abordées sur l’utilisation des caméras par les corps policiers sont évidemment celles des limites légales de l’exercice, puisque la question du respect de la vie privée des citoyens, mais aussi le droit à un procès équitable sont – entre autres – au coeur de la question.

Policiers, chercheurs et procureurs se sont donc succédés au tableau pour aborder les limites de l’exercice dans lequel de nombreux corps policiers hésitent à se lancer pour des raisons différentes qui ne tiennent pas uniquement aux enjeux juridiques mais aussi financiers.

Les interventions ont amené des interrogations aussi variées que : doit-on filmer en présence d’un mineur ; le policier peut-il prendre l’initiative d’allumer, mettre sur pause ou couper la caméra sans risquer de porter atteinte aux droits des citoyens concernés ; la vidéo peut-elle être vue par le patrouilleur avant la rédaction de son rapport, un rapport de visionnement doit-il être fait ; qui pourra avoir accès aux images ; les images peuvent-elles servir d’outil de contrôle de formation pour les policiers, comment conserver les images et quels supports techniques utiliser ?

L’émergence d’un phénomène social ?

Pour Samuel Tanner, Directeur adjoint du Centre International de Criminologie Comparée de l’université de Montréal, le phénomène des citoyens qui filment les policiers a un impact important sur la façon dont les policiers disent agir lors des interventions.

Selon les résultats d’une étude de terrain, qui a été menée auprès d’un corps de police Nord-Américain non identifié durant 4 mois (sur la base d’entretiens semi-directifs), on constate une « modulation des gestes professionnels en fonction de la présence des caméras ».

Autrement dit, les policiers ressentent une pression face au nombre des images et surtout la surmédiatisation des interventions et les phénomènes viraux que deviennent certaines de ces images dans les réseaux sociaux.

Ainsi, selon Samuel Tanner, les policiers ont parfois tendance à se limiter dans leur façon d’intervenir, voire renoncer à agir par crainte du risque réputationnel qui fait suite aux emballements des réseaux sociaux sur certaines vidéos prétendant dénoncer des abus policiers.

Un élément que le chercheur présente comme une sorte de phénomène « vedette sur youtube » qui serait toutefois moins important lorsque l’expérience de terrain des policiers est plus grande.

À mon sens, ce qui semble problématique pour les policiers du point de vue de cette recherche, ou en tout cas apparaître comme une limitation de l’action policière par la crainte de « représailles médiatiques », ne l’est peut-être pas tant que cela si l’on se dit qu’il vaut mieux un coup de matraque inutile retenu par crainte de vidéos vengeresses plutôt qu’une raclée administrée à l’abri des regards indiscrets.

Ceci est d’autant plus à relativiser si l’on se souvient que les policiers ont adapté leurs méthodes à d’autres évolutions comme celle de l’augmentation des plaintes à différents niveaux (criminel et civil) en même temps que se mettaient en place de nouveaux organismes pour contrôler leurs activités.

Bref, le travail policier trouve sa place dans un mouvement perpétuel qui finit souvent par se stabiliser au fil du temps et redescendre d’un cran au fil de la pratique entre action policière et réaction citoyenne.

(La suite bientôt : acte 2, sur la subjectivité des images et l’emploi de la force)

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Un commentaire

  • Garneau Diane 25 mai 2016   Répondre →

    Je pense que c’est une excellent idée d’installer des caméras ceci protégera les policiers.

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